CHAPITRE XXIII
dominerait si la France n’avait Descartes et l’Allemagne Leib- ' nitz. François Bacon (1561-1626), qui fut ministre sous Jac- [ ques I", fonda, dans le Novum Organum, la méthode d’observation et d’expérience qui mène à la découverte des faits, et la méthode d’induction qui mène à la découverte des lois de la nature. C’est en marchant dans cette voie que la science moderne a fait tant de progrès. Un autre Anglais , Thomas Hobbes (1588-1680), voulut prouver, dans son Léviathan, que l’état naturel des hommes était la guerre, et qu’il leur fallait un bon despote pour les empêcher de s’égorger. Gudworth (1617-1688), philosophe spiritualiste, expliqua par l’hypothèse d’un médiateur plastique l’union de l’âme et du corps, ce qui était reculer la difficulté, non la résoudre; Clarke, autre philosophe spiritualiste, ami de Newton, discuta longtemps par lettres contre Leibnitz et laissa un Traité de l’existence de Dieu et de la religion naturelle révélée.
Trois hommes illustres ont une place à part : le juif Spinosa, d’Amsterdam (1632-1677), philosophe panthéiste; l’Anglais Locke (1632-1704), qui, dans son Essai sur l’entendement, ne donna d’autre origine à nos idées que la sensation et la réflexion; enfin l’universel Leibnitz, né à Leipzig en 1646, mort en 1716 , qui imagina, pour rendre compte de l’origine des idées, le système des monades, substances simples, capables d’action et de perception, expliqua par une harmonie préétablie, l’union de l’âme et du corps, repoussa, dans sa Théodicée, les attaques de Bayle contre la Providence, et conçut le projet d’une écriture universelle.
L’art ne se maintient pas à la hauteur où le seizième siècle l’avait porté; mais si les artistes sont moins grands, il sont plus nombreux et plusieurs écoles se disputent la prééminence. Le premier rang n’appartient pas à la France, mais aux deux écoles hollandaise et flamande, représentées par Rubens, VanDyck, Rembrandt, le vieux et le jeune Téniers *.
Rubeni, de Cologne (<677-4 640), appelé par Marie de Médicis i Paris, orna le palais du Luxembourg de ses peintures; Autoine Van D;ck, d’Anvers (t699-<64<), fil plus de soixante-dix tableaux d’histoire et un nombre infini de portraits {saint Sébastien, au musée du Louvre, saint Augustin en extase, le Couronnement d'épines, Jésus élevé en croix)-, Paul Rembrandt, de Leyde
La seconde suit les errements habituels, elle fait de la grande peinture historique ou sacrée, mais la première inaugure un genre nouveau, la peinture de chevalet, ces petits tableaux que les prix des enchères font aujourd’hui si grands. D’où vient ce phénomène ? C’est que le culte calviniste , foncièrement iconoclaste, interdisait la représentation des scènes de la Bible , et l’austérité protestante les fictions de la fable ; de même que les mœurs républicaines, l’exiguïté des fortunes et des habitations, détournaient des représentations fastueuses qu’on aime dans les palais des grands. Il n’existe , pour l’âge d’or de la peinture hollandaise, le dix-septième siècle, que sept grandes toiles, dont cinq sont au musée d’Amsterdam et deux au musée de la Haye. Un ciel sombre et brumeux, une vie passée au foyer domestique , retenaient l’imagination comme captive sur la terre, et ils n’eurent d’autre désir, d’autre besoin que de peintre ce sol à demi noyé qui avait sauvé leur indépendance, ces vastes prairies, ces magnifiques troupeaux qui en étaient la richesse et la joie, et les fêtes de la famille ou de la cité. C’est en Hollande que, pour la première fois, on peignit la nature telle qu’elle est, et non pas en se servant d’elle pour faire du style ou lui emprunter des motifs de décoration. L’école italienne, inférieure aux trois précédentes par l’idée et le style, ou la puissance d’imitation, cite néanmoins avec honneur *, maintenant que les trois Carrache de
(46U6-4674), excella dans le portrait, les intérieurs, et fut aussi un habile graveur {Tobie et sa Jamille, etc.); David Téniers, le vieux, d’Anvers (4 582- 4 649), peintre de scènes villageoises et d’intérieurs; David Téniers, le jeune, son fils, né aussi à Anvers ((64 0-4 694), qui continua son père : le musée du Louvre a de lui l'Enfant prodigue^ la Tentatian de saint Antoine, la Noce du village, etc.; Jordaens, d’Anvers (4594-4678), Jésus-Christ au milieu des docteurs; Gérard Dow (4 64 3-4 674) , qui peint admirablement les scènes de la vie commune et de la nature morte; Wouwermans, d’Harlem (4820-4688), peintre de genre; Ruysdaél, d’Harlem (1636-1684), célèbre paysagiste; Adrien Van Ostade, de Lubeck (4640-4685), peintre d'intérieurs; Paul Potter (4625-4654), peintre d’animaux.
4. Guido Rcni (le Guide), de Bologne (4575-4642), dont on cite le Crucifiement de saint Pierre, un saint Michel et le Martyre de saint André; Jean Lanfranc, de Parme (4 584-4 647), qui excella à peindre des coupoles et grava à l’eau-forte la Bible de Rapluièl; François Aibano (l’Albane), de Bologne (4678-4660), Bumommé le Peintre des Grâces, l'Anaeréon de la future [les Amours de Fénus et d' Adonis, la Toilette et le Triomphe de Vénus, les Quatre éléments) ; Domenico Zampieri, dit le Dominiquin, do Bologne
TEMPS MODERNES. 2't