‹ Histoire des temps modernesChapitre 23 sur 311 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

rite se réfugia en Écosse et de là en France, où Louis XI lui prêta 2000 soldats, en lui faisant promettre de restituer Calais à la France. Mais la bataille d’Hexham sur la Tyne, dans le Northumberland, renversa de nouveau ses espérances (1463). Elle n’échappa avec son fils qu’après avoir couru mille dangers, et retourna en France, tandis que Henri VI, prisonnier pour la troisième fois, était enfermé à la Tour de Londres, où il resta sept ans.

La couronne d’Édouard IV était affermie sur sa tête. Mais, par son mariage avec Élisabeth Wod ville (1465), fille d’un simple gentilhomme, il mécontenta le duc de Glarence , son frère, que la naissance d’un^rince de Galles dépouilla bientôt du rang d’héritier présomptif, la puissante et fière maison des Nevil, qui s’irritèrent de l’élévation rapide des parents d’Élisabeth, surtout Warwick, qu’il avait envoyé comme ambassadeur en France pour demander la main d’une bellesœur de Louis XI. Warwick et Glarence associèrent leurs rancunes ; ce fut d’abord sans succès , et ils furent réduits à s’enfuir en France. La reine Marguerite et son plus redoutable adversaire se trouvaient réunis dans le même asile (1469). •'

Le malheur les réconcilia et, par l’entremise de Louis XI, qui était bien aise de susciter des embarras à l’allié du duc de Bourgogne, ils s’unirent contre l’enijemi commun. Warwick promit de rétablir la maison de Lancastre. A peine eutil débarqué en Angleterre que ses tenanciers , ses vieux compagnons d’armes et les partisans de la Rose rouge accoururent en foule ; en quelques jours il eut 60 000 hommes. Édouard, abandonné • des siens à Notlingham près de la Trent (1470), s’enfuit, sans avoir pu combattre, dans les Pays-Bas, auprès de son beau-frère, Gharles de Bourgogne, pendant que le parlement , docile aux volontés du plus fort , rétablissait Henri VI.

Le triomphe des Lancastriens fut court. Au bout de quelques mois Édouard reparut avec une petite armée que le Téméraire l’avait aidé à former. Warwick succomba à Barnet, à quatre lieues de Londres, grâce à la défection du duc de Glarence, qui retourna auprès de son frère. L’indomptable Marguerite, arrivée de France avec une nouvelle armée, ne

Digilizea oy Vjuugle

fut pas plus heureuse à Tewkesbury , dans le comté de Glocester (mai 1471). Cette dernière victoire eut des résultats décisifs. Le prince de Galles égorgé sous les yeux du roi, Henri VI mort ou assassiné quelques jours après dans la prison , Marguerite enfermée à la Tour, les partisans de la Rose rouge tués ou proscrits , Edouard IV demeura paisible possesseur du trône. Mais il n’usa de cette sécurité que pour s’adonner aux plaisirs.

Cependant il sortit un moment de son voluptueux repos pour commencer, en 1475, contre Louis XI, à la sollicitation de Charles le Téméraire, une expédition que termina le traité de Pecquigny (voy. p. 21). Ses dernières années furent assombries par le procès de son frère Clarence, qu’il fit mettre à mort (1478). Lui-même, victime de ses débauches, succomba en 1483, jeune encore ; il n’avait que quarante-deux ans.

Avant d’expirer, Édouard IV conjura sa famille et ses principaux partisans de rester unis. Il avait comme un pressentiment des tragédies qui allaient suivre. Son fils, Édouard V, ne lui survécut en effet que trois mois. Pepuis longtemps le troisième frère d’Édouard IV, Richard d’York, duc de Glocester, monstre d’hypocrisie et de cruauté, convoitait la couronne. Il profita de la jeunesse de son neveu pour le dépouiller-; il commença par mettre à mort ceux qui pouvaient le défendre, lord Rivers, son oncle, sir Richard Gray, lord Hastings ; puis il contesta la légitimité de sa naissance, et le fit enfin étouffer, ainsi que son plus jeune frère, dans la Tour de Londres, par l’infàme Tyrrel. On cacha les corps des deux malheureuses victimes sous les marches de l’escalier de leur prison, et Richard III fut proclamé roi (1483).

Cette usurpation jeta le trouble parmi les Yorkistes, et les Lancastriens reprirent courage. Buckingham, un de ceux qui avaient le plus fait pour mettre la couronne sur la tête de Richard, irrité, non de ses crimes, mais sans doute de quelque avide demande qui avait été repoussée, se souleva contre lui et appela le Gallois Henri Tudor, comte de Richemond, dernier rejeton, par les femmes, de la famille de Lancastre. Henri leva en Bretagne 2000 hommes, et débarqua dans le pays de Galles. Il arriva trop tard pour sauver Buckingham, qui fut

CHAPITHE 111

accablé et tué, mais il vainquit Richard III à Bosworlh (entre Leicester et Coventry). L’usurpateur, malgré des prodiges de

La Tour de Londres ’ .

valeur, périt dans la mêlée (1485). C’était la dernière des dix grandes batailles de cette guerre. Les Lancastriens y avaient été vaincus six fois ; mais l’honneur et le profit de la dernière journée leur restait.

Henri VII se fit alors reconnaître roi d’Angleterre, et réunit

<. La grarure ne représente ici que la Tour Blanche (the ff'ithe lower), le plus vaste des bâtiments dont l'ensemble forme ce qu’on appelle fort improprement la Tour du Londres. Celte construction, assise sur le bord septentrional de la Tamise, à l’extrémité orientale de la Cité, a un circuit de 3656 pieds. Ce n’est plus une forteresse, bien qu’on y voie quelques canons et des soldats , que le service s’y fasse militairement, et que la plupart des treize petites tours qui entouraient la grande, subsistent encore. Celle-ci , ouvrage de Guillaume le Conquérant, est maintenant une sorte de musée d’artillerie. La tour aux Joyaux renferme les bijoux et les insignes de la coiironne. C’est dans la tour Sanglante que fqrent étouffés les enfants d’Édouard, dans celle de Wakefield que Henri VI fut assassiné. Ailleurs on montre la bâche qui décapita Anne Boleyn, celle qui servit pour le comte d’Ëssex, des billots, etc. L’Angleterre est riche' en curiosités de ce genre.

les deux Roses en épousant l’héritière d’York, Élisabeth, fille d’Édouard IV. Avec lui commença la dynastie des Tudors, qui régna 118 ans, jusqu’à l’avénement des Stuarts, en 1603.

Mais, en conservant, malgré ce mariage politique, surlout en témoignant une préférence marquée pour les Lancastriens, Henri' VII provoqua le ressentiment des Yorkistes. Ils suscitèrent contre lui deux imposteurs. L’un, Lambert Simnel, fils d’un boulanger, se fit passer pour le jeune comte deWarwick, fils du duc de Clarence; l’autre, Perkin Warbeck, fils d’un juif converti de Tournay, prétendit être le duc d’York, second fils d’Édouard IV, que Richard avait fait étouffer à la Tour. Henri VII vainquit le premier à Stoke près de Nottingham ( 1 487), et le second à Towton, au nord d’Exeter ( 1 498). H pardonna à Simnel, qui reçut un emploi dans les cuisines ' royales ; mais Warbeck, ayant voulu s’évader de la Tour avec le vrai comte de Warwick, qui y était détenu, fut pendu à Tyburn, et pour se délivrer de toute crainte, le roi fit mettre Wanrick à mort. Avec ce prince s’éteignit la race des Plantagenels, qui avait gouverné l’Angleterre pendant 331 ans, depuis 1154.

Henri VII régna dès lors sans opposition. La sanglante guerre des deux Roses avait décimé et ruiné l’aristocratie anglaise, quatre-vingts personnages tenant par le sang à la famille royale y avaient péri ; combien du reste de la noblesse ! S’il en faut croire un contemporain, sir John Forlescue, sous Édouard IV seulement, un cinquième des terres du royaume serait tombé par confiscation dans le domaine de la couronne. Aussi la royauté anglaise ne rencontra plus devant elle, au sortir de cette guerre, le principal obstacle qui l’avait jusqu’alors arrêtée, une aristocratie puissante et fière.

On a vu dans l’Histoire du moyen âge (p. 449) combien la constitution anglaise était déjà libérale au milieu du quinzième siècle. La royauté conservait cependant un pouvoir immense. « La personne du roi était inviolable. Lui seul avait le droit de convoquer les états du royaume, qu’il pouvait dissoudre selon son bon plaisir, et dont les actes législatifs ne pouvaient se passer de son assentiment. Il était le chef de

TFMPS MODERNES. 3

Page 1