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CHAPITRE XXIV

l’exemple des autres nations de l’Europe, un ordre de chevalerie : celui de Saint- André. Pour faciliter ses rapports avec les peuples de l’Occident, il fixe, par un décret, le commencement de l’année au premier janvier, au lieu du premier septembre (1699). Mais ce n’était qu’une demi-réforme : en n’adoptant pas le calendrier grégorien, l’année russe s’est mise en retard de douze jours sur la nôtre.

Pierre était occupé à ces réformes, et, montrant à ses nainistres, à ses généraux les pays successivement illustrés par les arts et la gloire, leur disait : « Notre tour est venu, si vous voulez seconder mes desseins et joindre l’étude à l’obéissance, » lorsqu’un nouvel horizon s’ouvrit à lui.

Un gentilbonune livonien, Reynold Patkul, arrivait alors à la cour de Moscou. Il avait été condamné à mort en 169Ü, pour' avoir réclamé le rétablissement des privilèges de son pays, détruits par le roi de Suède, au mépris des traités. Réfugié d’abord auprès du roi de Pologne Auguste U, il venait remettre le soin de sa vengeance aux mains du czar. Pierre n’hésita pas à l’accepter ; les réformes n’étaient pour lui qu’un moyen, le but était la grandeur de la Russie, et il ne pouvait l’atteindre que par l’abaissement de la Suède.

Depuis la paix de Westphalie, la Suède avait eu la suprématie dans le nord de l’Europe. Elle tenait les embouchures dé tousles fleuves allemands, du Wéser, de l’Elbe, de l’Oder; et, comme elle possédait la Poméranie, la Livonie, l'Esthonie, ringrie et la Carélie avec la Finlande, la mer Baltique était un lac suédois. Mais cette brillante position était menacée. Tous les peuples voisins avaient ou à se faire jour ou à réparer d’anciennes défaites. La Russie ne pouvait devenir une paissance européenne qu’en occupant le golfe de Finlande, et la maison de Brandebourg désirait rejeter hors de l’Allemagne les intrus qui en occupaient, à sa portée, une si bonne part. Le Danemark avait de semblables désirs, et l’électeur de Saxe, roi élu de Pologne, souhaitait une guerre pour se donner le droit de garder des troupes saxonnes dans ce royaume, qu’il eût voulu rendre héréditaire. ,

Charles XI, le plus grand roi de la Suède depuis Gustave- Adolphe, était mort, laissant le trône à un jeune prince de

dix-hait ans. Aussitôt la coalition se forme (1699) : les Bosses de Pierre le Grand entrent dans l’Ingrie ; les Saxons d’Auguste U dans la Livonie, les Danois de Frédéric III dans le Holstein, dont le duc est beau-frère de Charles XII.

Le nouveau roi de Suède n’était pas un grand prince, mais ime âme héroïque à qui il n’a manqué qu’un peu de sagesse pour faire de grandes choses. Il s’était nourri de la lecture de Quinte Gurce, et ne souhaitait rien tant que de ressembler au héros macédonien. « Il n’était pas Alexandre, mais il aurait été le premier soldat d’Alexandre. »

A la nouvelle de la coalition, loin de s’étonner et de craindre, il s’arme rapidement et part pour défendre ses provinces attaquées par le Darius moscovite. Il commence par le Danemark, débarque dans l’ile de Seeland, et court tout droit à Copenhague, qu’il menace d’un bombardement. Le Danois, effrayé, implore la paix et se hâte de signer le traité de Traventhal (18 août 1700). En six semaines, il avait été mis hors de combat.

Déjà, les Saxons, conduits par Patkul, avaient levé le siège de Riga sur les représentations de la Hollande. Charles XH court aux Russes et arrive sous les murs de Narva avec 8000 hommes, en face d’une armée dix fois plus nombreuse. ' Mais le czar a quitté le camp, les généraux ne s’entendent pas, et n’inspirent aux soldats aucune confiance. R suffit aux Suédois de quelques heures pour culbuter cette cohue de barbares (30 novembre). Charles XII renvoie ses prisonniers qu’il méprise et marche contre les Saxons, qu’il trouve retranchés derrière la Dwina. Ils n’en sont pas moins battus, et perdent Mittau et la Gourlande (juillet 1701).

Jamais la guerre ne s’était faite avec une plus foudroyante rapidité. Malheureusement, Charles XII ne sut pas profiter de l’occasion pour conclure une paix glorieuse, que le chancelier Oxenstiem lui conseillait, ni reconnaître lequel de ses deux ennemis était le plus redoutable : trompé par le facile succès de Nar^ il conçut pour l’empire russe et même pour Pierre le GraW un mépris qui fut la cause de ses revers. Il résolut de détrôner Auguste; et, laissant quelques mille hommes pour surveiller les Russes, il pénétra en Pologne

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