‹ Histoire des temps modernesChapitre 227 sur 311 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

(1702). H y perdit cinq ans à remporter de stériles victoires. Pour en finir, il envahit la Saxe. Auguste II, alors, céda, et, par le traité d’Altranstadt, renonça formellement à la couronne de Pologne en faveur de Stanislas Leczinski, le protégé du roi de Suède (1706).

Charles XII se trouve alors l’arbitre de l’Europe. Le moment était solennel : s’il se jetait sur l’Allemagne, et prenait à revers la coalition qui attaquait la France, les conséquences d’une telle diversion étaient incalculables : aussi Malborough vint-il lui-même à Altranstadt négocier avec le roi de Suède. Charles exigea de Joseph P' une multitude de concessions et de réparations ; l’empereur accorda tout. Les alliés respirèrent, quand Charles XII, quittant la Saxe, se dirigea vers l’Orient. U commençait enfin à s’inquiéter des progrès de la Russie. Pendant qu’il guerroyait en Pologne pour le vain honneur de faire un roi, Pierre le Grand avait réorganisé son armée et battu près deDerpt 7000 Suédois (septembre 1701).

L’année suivante, il conquit l’Ingrie, où, pour être maître du lac Ladoga et de la Néva, il augmenta les fortifications de la place suédoise de Noteborg, qu’il appela Schlusselbourg, ou le fort de la Clef, disant que cette clef lui ouvrirait les pays ennemis. Ses troupes s’aguerrissaient, les officiers se formaient, et une suite de succès peu brillants mais solides (prise de Derpt, de Narva et de Mittau), donnait aux uns et aux autres la confiance nécessaire pour affronter les terribles soldats du héros suédois.

Décidé, enfin, après tout ce temps perdu en Pologne et en Saxe, à arrêter les progrès d’un ennemi qu’il avait trop méprisé, Charles traversa rapidement la Saxe et la Pologne, chassant devant lui les Russes aventurés sur le territoire polonais, passa sur la glace la Bérézina (1708), et entra à Mohilew. Il n’avait pas de plan ; d’abord, il sembla résolu à marcher sur Moscou, tandis qu’un de ses généraux, Lubecker, attaquerait la capitale naissante de la Russie, Saint- Pétersbourg. Avec un peu de prudence, cettynarche pouvait réussir, et Pierre eût été contraint d’accept^7 dans Âloscou dompté, la paix qu’il avait plusieurs fois demandée. Mais, arrivé à Smolensk, il abandonne la route de Moscou et se di-

rige vers le sud. Devant lui il voit fuir Schérëmétoff, le plus haJbile général du czar, et il le poursuit. Schérémétoff dévaste tout dans sa retraite, détruit les fourrages, brûle les maga. sins, désole les campagnes pour affamer l’ennemi. Charles 5QI, perdu au milieu des déserts, continue cependant d’avancer : il compte sur un soulèvement des Cosaques de l’IIkraine pour couper la retraite à Schérémétoff.

Il avait conclu xme alliance avec leur hetmann, Mazeppa. Par malheur, l’armée s’égara dans l’inextricable marais de Pinsk, et Charles arriva trop tard au rendez-vous. Le czar avait eu le temps de battre Mazeppa, et l’hetmann n’amena ' au roi qu’une poignée d’hommes (1708). Charles XII comptait au moins sur Lewenhaupt, qui approchait avec 16 000 hommes et d’immenses approvisionnements. Le czar se jeta entre le roi et son lieutenant. Lewenhaupt, attaqué près de la Soja, affluent oriental du Dniéper, par 60 000 hommes, résista héroïquement, et, après cinq engagements meurtriers, fut contraint de mettre le feu aux 7000 chariots qu’il escortait; il ne rejoignit l’armée qu’avec 5000 hommes, laissant aux. mains du czar 44 drapeaux. « Cette victoire, dit Pierre, fut la mère de celle de Pulta^a» > Dans le même temps, Apraxin battait un corps suédois dans l’Ingrie. Survint le terrible hiver de 1709 : en une seule marche 2000 soldats tombèrent morts. L’armée perdit la moitié de son effectif.

Pierre le Grand manœuvrait cependant avec autant d’habileté que de prudence pour enfermer les Suédois en Ukraine, Charles XII essaya vainement de se faire jour par des attaques partielles : ses détachements forent battus. Il prit alors le parti d’assiéger Pultawa, dont le czar avait fait son magasin : la ville n’avait que des murs de terre; mais les Russes y jetèrent des renforts. Pierre le Grand arriva lui-même, à la tête de 70 000 hommes, et se retrancha dans une position formidable. Charles, après avoir perdu plus de deux mois à ce siège, n’avait d’autre ressource que de livrer bataille. Malgré toute la valeuB^e ses soldats , il fut vaincu , son armée prise ou détruite^ui-même s’enfuit en Turquie avec 500 chevaux (1709).

Page 1