CHAPITRE XXIV
Ck«rle«.XVI k Beader; traité* de Pmth (dVdC)
^e« de Syatadt («*»«).
Cette victoire renversa la puissance de la Suède, et fit passer à la Russie la suprématie dans le nord de l’Europe. Le czar qui, à Pultawa, s’était battu comme un soldat, sut profiter de sa victoire en habile général : il s’empara de la Carélie, de la Livonie, de l’Estbonie, et appela aux armes tous ceux que Charles avait vaincus. Le roi de Danemark , se jeta sur la Scanie et Auguste II rentra en Pologne. Le Divan s’alarma de voir grandir si vite une puissance née d’hier; il céda aux instances du roi de Suède, déclara la guerre à la Russie, et le grand vizir Méhémet-Baltezy franchit le Danube. Le czar, appelé par les hospodars de Moldavie et de Valachie, accourut au-devant des Turcs, mais ne put défendre le passage du Pruth, et se [trouva, avec ses 40 000 hommes, sans vivres ni munitions, enveloppé par 150000 ennemis. La czarine Catherine, jeune Livonienne, veuve d’- a dragon suédois, prise par les Russes en 1702, dans Marienbourg, et que le czar, séduit par sa beauté et son esprit, avait épousée, le sauva en ouvrafrd’feUe-même des négociations avec le grand vizir, qui se laissa gagner. Le czar rendit Azof; par la destruction du port de Taganrog, il renonça à s’ouvrir la mer Noire ; il s’engagea aussi à faire sortir ses troupes de Pologne, et à ne plus se mêler aux affaires de cette république. Charles, par ce traité, était ime seconde fois vaincu. Il s’obstina, pendant trois ' ans, à rester en Turquie, faisant jouer mille ressorts afin d’armer le sultan contre le czar. H ne put réussir. Fatigué de ses intrigues, le Divan voulut le contraindre à quitter le territoire ottoman. Charles XII s défendit, à Bender, avec ses domestiques et ses officiers contre 15 000 hommes. Quand il se décida à partir, en 1714, il était trop tard.
Il avait inutilement dépensé trois années|à ces héroïques équipées, et, pendant ce temps, la Suède l^t perdu toutes ses provinces extérieures. En vain Steinboch avait, en 1709, détruit l’armée danoise près d’Helsingborg ; il fut, malgré
une nouvelle victoire, contraint de capituler dans Tonningen, à l’embouchure de l’Eyder (1713); Pierre envoya dans la Poméranie Menscbikoff, garçon pâtissier qu’il avait fait général et prince, et qui le méritait; et, avec la flotte qu’il avait créée, il gagna lui-même, près des îles d’Aland, sur les Suédois, vieux maîtres de cette mer, une bataille navale qui lui donna la Finlande. Le roi de Danemark vendit à Geoig;e I*', roi d’Angleterre, Brême et Verden dont il s’était saisi. Le roi de Prusse se fit livrer Stettin et la Poméranie. Les dépouilles de la Suède étaient à l’encan.
C’est à ce moment que Charles XII se décidait enfin à quitter la Turquie : il traversa à cheval l’Allemagne entière sous un déguisement, 'et ne s’arrêta qu’à Stralsund, la dernière ville qu’il possédât hors de Suède. Une armée combinée de Danois, de Saxons, de Prussiens et de Russes l’y assiégea aussitôt ; il la défendit un mois, et fut contraint d’en sortir pour ne pas y être pris; elle capitula le même jour (13 déc. 1715).
L'agriculture et l’industrie ruinées, le commerce anéanti, 250 000 hommes, l’élite de la population, moissonnés par une guerre de quinze ans, et l’ancipn ascendant perdu, voilà dans quelle situation Charles XII avait mis et retrouvait son royaume. D ne donna pourtant aucun signe que le passé lui avait au moins servi de leçon. Il consentit seulement, d’après les conseils du baron de Goertz, à diviser ses ennemis : une trêve tacite fut conclue entre la Suède et le czaç; Goertz s’entendit même avec Albéroni, et Charles XII promit de conduire 20000 hommes en Angleterre pour détrôner George I". Il attaqua d’abord le Danemark et envahit la Norvège ; mais il périt devant Fréderickshall, probablement assassiné (11 décembre 1718). Trois mois après, le baron de Goertz mourait sur l’échafaud. Charles II avait manqué deux fois l’occasion de jouer un grand rôle :*en 1707, celui de Gustave-Adolphe dans les complications de l’Europe occidentale ; plus tard celui de pacifica^ur triomphant dans la Pologne et la Russie domptées. Il s’était cru un autre Alexandre, il n’avait été qu’un aventurier héroïque; il avait renversé la fortune de son peuple et ruiné son pays pour un siècle.