CHAPITRE XXIV
La sœur de Charles XII, Ulrique-Élëonore, fut désignée pai' les états pour lui succéder (31 janvier 1719), mais à la condition de signer une capitulation qui restreignait singulièrement l’autorité royale. Elle s’associa, le 4 avril 1720, son époiix, Frédéric de Hesse-Cassel, et par des traités onéreux rétablit la paix parmi les Etats du Nor^La Suède reconnut Auguste II pour roi de Pologne, conserva Wismar dans le Mecklembourg, mais ne garda de la Poméranie que ce qui est au nord de la Peene (Stralsund), céda à la Prusse, avec les îles d'üsedom et de Wollin, la partie de cette province comprise entre la Peene et l’Oder (Stettin), et reconnut au Danemark la possession du Sleswig. Le traité de Nystadt avec la Russie (1721) lui coûta tous les pays que baignent le golfe de Riga et celui de Finlande, depuis la Duna jusqu’au Kymene, c’est-à-dire la Livonie, l’Esthonie, l’Ingrie, une partie de la Carélie, du pays de Viborg et de la Finlande. Quand l’ambassadeur de France sollicitait pour la Suède des conditions moins dures, Pierre répondait: « Je ne veux pas' voir de mes fenêtres les terres de mon voisin. »
Secood voyage de Pierre en Europe (fl fl flO); Halnt-Péterabourg: le cxar cher de l'Egliae ruacie.
La Suède descend, la Russie monte. Pierre avait, en 1716, profité des négociations ouvertes par le baron de Goertz pour faire im nouveau voyage en Europe. Il pensait déjà à prendre pied en Allemagne, ce qui effarouchait l’électeur de Hanovre devenu roi 'd’Angleterre. Pour réussir dans ce dessein il avait besoin de l’amitié de la France et il disait avec beaucoup de justesse à nos agents : « Vous vous êtes servis de la Suède pour contenir l’Autriche. Cette puissance est ruinée ; je m’offre à la remplacer dans ce rôle, si vous me garantissez mes conquêtes et me payez les subsides que vous donniez à la Suède; de plus je vous apporte l’alliance de la Pologne et de la Prusse, j» Dubois, le confident du régent de France et partisan exclusif de l’alliance anglaise, fit tous lÉSs efforts pour entraver cette négociation, qui pourtant aboutit au traité d’Amsterdam, par lequel la France, le czar et la Prusse ga-
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rantissaient les traités d’ütrecht et de Bade, aussi bien que ceux qui seraient conclus pour la paix du Nord par le czar et la Prusse. Cette convention était l’abandon de la Suède, notre vieille alliée. Le czar consacra six mois h visiter la France et ses merveilles. Il y reçut la plus magnifique hospitalité : on lui fit accepter tout ce qu’il admira en fait d’art ; il visita la Monnaie : une des médailles qu’on frappa en sa présence tomba ; il la ramassa et vit son portrait avec cette légende ; Vires acquirit eundo.
De retour dans ses États, il acheva sa nouvelle capitale pour remplacer l’ancienne Moscou, qu’il trouvait trop éloignée de l’Europe et trop asiatique. Il en avait jeté les fondements en 1703, sur les débris de quelques bastions de la ville de Nieuschantz, prise cette même année aux Suédois, et il l’appela de son nom, Saint-Pétersbourg. La situation était bien choisie : à 30 verstes de l’embouchure de la Néva, près ,du golfe de Finlande, en face de la Suède. L’endroit était malsain: plus de 100000 ouvriers y périrent, mais le czar ne comptait pas les morts. Il s’établit lui-même au milieu des travailleurs, fit rapporter des terres pour combler les marais, creuser des canaux pour faire écouler les eaux stagnantes , et une des plus belles capitales de l’Europe s’éleva, par l’indomptable volonté de son fondateur, là où la nature n’aurait pas voulu un village. Dès l’année 1704, la ville était mise à l’abri d’un coup de main du côté de la mer, par la construction du fort de Kronslott, dans une île, à l’embouchure de la Néva, et le port de Kronstadt, creusé en 1710, sur un banc de sable du golfe de Finlande, reçut la marine naissante du czar’.
< . KroDSladl est sur l’Ile Kotline , qui a 8 verstes de long sur une de large (t verslc = tO07 mètres). Pierre avait songé un moment i placer sa capitale à l’embouchure du Don, ce qui l’eùt rapprochée de Constantinople, mais ne l’eût pas mise en rapport direct avec l’Europe, l’Euzin étant une mer fermée dont les clefs sont aux Dardanelles, et la mer d’Azuf n'étant, à vrai dire, qu’un lac marécageux dont la profondeur moyenne est de 2 mètres. Chose plus étrange et quj montre la vaste étendue de son regard, il fit rédiger un mémoire, qu’on a retrouvé aux archives de l’empire, pour examiner s’il ne conviendrait pas de mettre Pétersbourg sur ce fleuve Amour oû la Russie vient de s’attribuer un territoire grand comme la France , et où elle a élevé sans que le bruit même en arrivât en Europe des ports, des arsenaux, des forteresses qui lui donnent une position formidable sur l’océan Pacifique.