CHAPITRE XXV
CRfiATION DE LA MIU8SE; ABAISSEMENT DE LA FRANCE ET DE L’AUTRICHE.
Régence du duc d’Orléans ; ministères de Dubois, du duc de Bourbon et de Fleury (1715-1743). — Formation de la Prusse et situation de l'Autriche. — Guerre de la succession d’Autriche (174l). — Guerre de Sept ans (U56-1763).
Hégenre du due d'Orléanii ; mlnlstèren de Dubois, du duc de Bourbon et de Vleury (tVAS-tVdS).
Le successeur de Louis XIV, en France , n’avait que cinq ans. Le parlement déféra la régence, avec tout le pouvoir, au neveu du roi mort, au duc d’Orléans, prince intelligent et brave, mais bon jusqu’à la faiblesse et honteusement débauché. Pour gagner le parlement, il lui promit une part dans le gouvernement, et, quelque temps après, il l’envoya en exil à Pontoise , parce que les magistrats s’opposaient aux expériences de Law sur la richesse nationale. Il parut d’abord décidé à rétablir la concorde dans les affaires religieuses, en pratiquant une tolérauce générale. Mais bientôt il se déclara en faveur des jésuites, et fit enregistrer la bulle Unigenitus , dirigée contre les j ansénistes , le tout afin que son principal agent, l’abbé Dubois, fait, malgré son indignité, archevêque de Cambrai, pût obtenir le chapeau de cardinal. Pour remédier au despotisme de bureau que les ministres avaient exercé sous Louis XIV, il remplaça les ministères par des conseils spéciaux composés de nobles , et , moins de deux ans après, il supprimait ces conseils.
Deux faits remplissent cette triste période : au dehors, une guerre contre l’Espagne; au dedans, le système de Law.
Si Louis XIV avait combattu quatorze ans contre l’Europe,
C6 n'était pas senlement ponrdonnerun royaume k son petit-fils, c’était pour faire de l’Espagne notre alliée. Le duc d’Orléans sacrifia les liens de famille, l’honneur et les intérêts du pays à l’éfentualité qu’il avait d’être roi de France, en cas que Venfant qui régnait alors vînt à mourir. C’est pour cela qu’il s’unit étroitement avec le roi d’Angleterre, George I*’’. Celui-ci, menacé par les jacobites et les torys, sentait son pouvoir mal affermi. La paix lui était indispensable pour consolider un trône nouveau et chancelant. Heureusement pour la dynastie de Hanovre, les affaires étrangères étaient en France aux mains de Dubois. Cet homme, dont la scandaleuse élévation étonna à peine ses contemporains, reçut ouvertement de George I** une pension annuelle. Grâce à la corruption du drôle (ainsi le régent appelait -il l’abbé Dubois), la France subit, au beu d’imposer, les conditions de l’alliance. Elle promit de renvoyer de son territoire le prétendant Stuart, /ie démobr Mardyck, de combler le port de Dunkerque.
La politique du gouvernement espagnol resserra encore les liens qui unissaient l’Angleterre et la France. Le premier ministre de Philippe V, AJbéroni, voulait rendre à l’Espagne, les domaines que le traité d’Utrecht lui avait enlevés, et ne reculait pas, pour y parvenir, devant un bouleversement général. L’Autriche, la France et l’Angleterre s’étaient unies pour le maintien des traités d’Utrecht. Albéroni entreprit d’occuper l’Autriche au moyen des Turcs, de renverser le r^ent par une conspiration, de rétablir les Stuarts avec bépée de Charles XH. Mais le prince Eugène battit les Turcs à Péterwaradin et à Belgrade (1716-1717); la conspiration de Cellamare et de la duchesse du Maine échoua (1718); Charles Xn périt en Norvège (1718). Alors le régent déclara la guerre à l’Espagne (1719). « C’était une guerre civile, » dit Voltaire; c’était surtout une guerre absurde ; caria France combattait l’Espagne, son alliée, k la plus grande joie d«r l’Angleterre, alors encore son ennemie naturelle. Philippe V avait eu soin de faire peindre les trois fleurs de lis sur tous les drapeaux de son armée. Le même maréchal de Berwick, qui lui avait gagné des batailles pour affermir son trône, comman-