CHAPITRE XXV
dait l’armée française. Les Anglais détruisirent une flotte espagnole près de Messine, et prirent Yigo en Galice ; alors, tous les projets du cardinal Aibéroni étant déconcertés, ce ministre, regardé six mois auparavant comme le plus grand homme d’État, ne passa plus que pour un téméraire et un brouillon. Il dut quitter le ministère, et l’Espagne adhéra à la j quadruple alliance que la France, la Grande-Bretagne, la Hollande et l’Autriche avaient conclue. Le duc de Savoie reçut ' la Sardaigne en échange de la Sicile, qui resta à l’empereur.
La reine d’Espagne obtint pour l’ainé de ses enfants l’expectative des duchés de Parme, de Plaisance etde Toscane (1720).
La paix était rétablie, quoique précaire et peu solide : l’Espagne n’avait point renoncé à l’espoir de recouvrer ses anciennes annexes. Elle essaya d’y parvenir par la diplomatie; et adors commencèrent des négociations compliquées, où les différents cabinets de l’Europe montrèrent une incroyable versatilité. Les traités de Prado, de Séville etde Vienng (1 728, 1729, 1731) réconcilièrent enfin tout le monde. Xes duchés italiens promis à l’Espagne lui furent garantis, et l’infant don Carlos prit, en 1731, possession de ceux de Parme et de Plaisance; la pragmatique sanction de l’empereur Charles YI, dont nous parlerons plus loin, fut acceptée ; enfin la compagnie d’Ostende, établie par ce prince pour faire concurrence aux Anglais et aux Hollandais dans les Indes orientales, fut abandonnée à elle-même et tomba.
Le plus triste legs du règne de Louis XIY était la ruine financière. L’État devait 2 milliards 400 millions, dont un tiers immédiatement exigible. On avait dépensé deux années de revenu. Sur 165 millions d’impôts, le trésor en touchait 69 et en dépensait 147 : déficit, 78 millions. Le régent essaya d’abord de remédier au mal par des mesures de détail, telles que suppression d’offices, retranchement d’intérêts des*rentes, chambre de justice contre les traitants; mais ces moyens, tyranniques ou insuffisants, ne firent que ruiner le crédit. Saint-Simon conseillait de réunir les états généraux et de leur faire décréter la banqueroute. Le régent repoussa ce remède, non comme immoral, mais comme dangereux. Il aima mieux adopter les plans de l’Ecossais Law.
Ce hardi financier, obligé de fuir de la Grande-Bretagne pour un duel, avait d’abord proposé son projet au duc de Savoie, qui répondit qu’il n’était pas assez puissant pour se ruiner. Il l’était venu ensuite offrir au contrôleur général Desmarets ; mais c’était dans le temps d’une guerre malheureuse, où toute confiance était perdue, et la base de ce système était la confiance. Il fut plus heureux auprès du régent. Il voulait créer une puissance nouvelle, le crédit, en se fondant sur ce principe qui n’est vrai qu’à moitié, que l’abondance du numéraire fait la prospérité du commerce et de l’industrie ; d’où il tirait cette conséquence tout à fait fausse, qu’il est avantageux de substituer au numéraire-métal, qui ne peut se créer indéfiniment, le numéraire-papier ou papier-monnaie, qui est susceptible d’une multiplication indéfinie. Law dut se borner d’abord à fonder une banque particulière (mai 1716J. La bapque escompta à 6 pour 100 par an, et bientôt tnême à 4, les effets de commerce qui ne trouvaient de preneurs auparavant qu’en payant un droit usuraire de 2 et demi par mois, et elle émit elle-même des billets qu’elle payait à vue, en espèces invariables de poids et de titre. Dès lors tout le monde y courut et se disputa son papier, qui facilitait singulièrement les transactions commerciales.
A sa banque, devenue en 1718 banque royale, Law ajouta une compagnie de commerce qui obtint le privilège exclusif de l’exploitation et du commerce de la Louisiane et de toute la vallée du Mississipi, puis du Sénégal et des Indes. Le premier succès de Law fit croire au second. Telles furent les folles espérances placées sur cette entreprise, que des actions de 500 livres furent achetées dix, vingt, trente et quarante fois leur valeur.
La rue Quincampoix, devenue le siège de la banque royale, regorgea d’une foule qui s’y étouffait. Paris, la France entière, les étrangers même accoururent, altérés de gain. Toutes les classes se livrèrent à un agiotage effréné. Des gains énormes se faisaient en un instant. Tel était valet le matin qui, le soir, se trouvait maître.
Cependant la banque atteignait son but : elle prêtait à l’État 1 200 millions de papier-monnaie, avec lequel il remboursait