CHAPITRE XXV
voir fût vacant pour s’y glisser. Le gouvernement du duc de Bourbon était devenu odieux par ses persécutions contre les protestants et par les impôts vexatoires qu’il décrétait. Le dernier des quatre frères Pâris-Duverney, qui avait la direction des finances, venait même d’irriter les ordres privilégiés par un impôt du cinquantième sur le revenu que tous devaient payer. Malgré l’opposition de la noblesse et du clerçé, Duverney en força l’enregistrement au moyen d’un lit de justice. La haine publique contre le duc de Bourbon fut encore accrue par une disette qu’on imputa moins à la saison pluvieuse qu’à l’incurie du gouvernement. Le duc précipita sa ruine en attaquant l’évêque de Fréjus. Il réussit un jour à l’écarter de la personne du roi à l’heure du conseil; mais, dès le soir, Louis redemanda son précepteur. Fleury, qui s’était retiré à Issy, revint ; le duc de Bourbon fut exilé dans ses terres et Pâris-Duverney mis à la Bastille (1 726).
Fleury prit le pouvoir à l’âge de 73 ans, et le conserva jusqu’à sa mort, en 1743. Avec des dehors modestes, et sans prendre d’autre titre que celui de ministre d’État, il fut aussi absolu en réalité que Richelieu. Son administration sage, mais dépourvue de grandeur, releva le. pays de la détresse où l’avaient réduit, pendant les dernières années du règne de Louis XIV, tant de guerres désastreuses, et, pendant la régence , l’empirisme de Law. Économe jusqu’à l’avarice, Fleury remit de l’ordre dans les finances. Il réduisit et supprima le cinquantième, déchargea les contribuables de 10 millions, porta de 100 à 140 millions le bail annuel des fermes et des recettes générales, mit un terme aux abus nés de la variation des monnaies, en donnant au numéraire une valeur équitable et fixe. L’habile financier Orry, qu’il créa contrôleur général, eut recours avec prudence à l’emprunt, et releva un peu le crédit public, entièrement détruit après la chute de Law. L’agriculture, l’industrie et le commerce reçurent quelques encouragements. Mais ce que le cardinal devait le plus au commerce et ce qu’il ne lui donna point, c’était une marine importante. Fleury, comme le régent, sacrifia nos intérêts maritimes à l’alliance anglaise. Pacifique par nature et par système, il s’efforça, de concert avec son
ami Horace Walpole, frère du célèbre ministre anglais, de maintenir la bonne harmonie entre les puissances de l’Europe.
La mort d’Auguste II, roi de Pologne, rendit un conflit inévitable. L’immense majorité des Polonais élut Stanislas Leczinski : l’électeur de Saxe fut nommé sous la protection des baïonnettes russes (1733). Le roi de France ne pouvait sans honte refuser d’appuyer son beau-père. Fleury fut entraîné par le cri public. Mais au lieu d’envoyer une flotte dans la Baltique, il y dépêcha un vaisseau et 1 500 hommes pour débloquer Stanislas, as.siégé dans Dantzig; notre ambassadeur à Copenhague , le comte de Plélo , en rougit pour la France, se mit à la tête du détachement et se fit tuer. La Peyroxise, commandant des troupes, résista un mois entier avec une poignée d’hommes. Stanislas échappa à travers mille dangers, et revint en France (1734).
Il fallait faire quelque chose pour effacer cette honte : Fleury conclut avec la Savoie un traité qui promettait au roi de Sardaigne le Milanais, et aux Bourbons d’Espagne Is royaume de Naples pour l’infant don Carlos. En s’interdisant toute attaque contre les Pays-Bas, il obtint la neutralité de l’Angleterre et de la Hollaqde. Alors il envoya deux armées, l’une sur le Rhin, qui enleva Kehl, l’autre en Italie, qui gagna les victoires de Parme (juin) et de Guastalla (septembre). Le Milanais était conquis par les Français; Naples le fut par les Espagnols à la victoire de Bitonto. C’était im beau réveil de la France ; mais la timidité du cardinal empêcha de recueillir les fruits de ces succès. •
L’Angletërre et la Hollande offraient leur médiation à l’Autriche : elle les accusa presque de trahison pour ne l’avoir pas suivie sur les champs de bataille , et traita directement avec la France. On pouvait, ainsi que le voulait le garde des sceaux Chauvehn, la meilleure tête du conseil, exiger de l’empereur une complète renonciation à l’Italie, comme la France de son côté s’était interdit d’y faire aucune acquisition ; on se borna à le faire renoncer au royaume des Deux-Siciles ; encore prit-on soin de le dédommager par la cession de Parme et de Plaisance pour lui-même, par celle de la Toscane donnée à son gendre en échange de la Lorraine. Le roi de