‹ Histoire des temps modernesChapitre 238 sur 311 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

bua à la prise de Stralsund en 1 7 1 5, et, à la paix de Stockholm, en 1720, acquit, pour six millions, Stettin et presque toute la Poméranie cilérièure. Il avait fait un essai avantageux de sa force; néanmoins, par amour de la patrie commune, il respecta toujours la maison d’Autriche, et resta son allié contre l’Angleterre et surtout contre la France, dont il voulait détruire l’influence dans l’Empire.

Une autre pensée le préoccupait : la Pologne , se prolon- \ f géant jusqu’à la Baltique par l’occupation de la Prussë royale / sur les deux rives de la basse Vistule, séparait la Prusse du- / cale de l’électorat de Brandebourg. Dès 1656, le Grand Électeur avait songé à cette langue de terre : première idée du partage de la Pologne. Il était dangereux pour la Prusse que l’électeur de Saxe s’établit à demeure dans ce pays et en fit un royaume héréditaire ; elle en proposa le partage à Auguste U, qui fut roi de Pologne jusqu’en 1733 : nouvelle idée du démembrement. Il ne fallait pas non plus que l’influence française y prévalût avec Stanislas Leczinski : Frédéric-Cruillaume fit alliance, en 1 733, avec la Russie et l’Autriche pour exclure le candidat de la France ; il espérait imposer ses conditions à celui de l’Autriche et de la Russie, ou du moins reprendre le projet de partage. Mais ce dessein tomba par l’élection d’Auguste III. Dans la guerre qui suivit, Guillaume prit parti contre la France, et envoya son fils sur le Rhin avec 10000 hommes. Là, le jeune Frédéric vit, à la tête d’une armée, le vieil Eugène, qui n’éiait plus que l’ombre de lui-même; il comprit la faiblesse de rAutriche. La Prusse , au contraire , était l’État le mieux réglé de l’Europe. L’armée était sur un bon pied, le trésor bien rempli, l’agriculture et l’industrie florissantes; la population augnientait par son développement naturel et par les nouveaux venus que le roi attirait, en affectant de protéger les réformés qu’il voulait réunir en un seul grand parti religieux. Personne n’osait soutenir les protestants du pays de Salzboorg, qui réclamaient près de la diète contre leur archevêque. Frédéric-Guillaume leur offrit un asile qui fut accepté par 18 000 d’entre eux. Ainsi la Prusse prenait le rôle que la Suède avait joué sous Gustave-Adolphe.

En 1740, Frédéric II, le Grand, monta sur le trône. U

continua ses relations avec les principaux écrimns de la France ; mais la suite le montra peu disposé à appliquer les maximes de Voltaire et des philosophes qu’il admirait tant. On put voir que dans sa retraite de Bheinsberg il avait étudié aussi l'art du gouvernement. Avec le Grand Électeur, la Prusse s’était élevée au premier rang des États allemands ; avec Frédéric II, elle prit place parmi les grands États européens.

En face de cette puissance qui grandit, l’Autriche s’abaisse. Le traité de Westphalie lui avait enlevé l’Alsace ; elle avait compensé cette perte au traité de Carlowitz, en 1699,

, après la victoire de Zenta sur les Turcs, par l’acquisition de la Transylvanie et de l’Esclavonie ;| au traité de Rastadt, sa part dans l’héritage de Charles II d’Espagne avait été les Pays-Bas, le Milanais, Naples et l’île de Sardaigne; cette dernière possession fut échangée bientôt contre la Sicile. C’était Léopold I" ( 1658 - 1705 ) qui avait lutté contre Louis XIV, puis Joseph I" ( 1705-1711 ), enfin Charles VI, son frère, que Berwick et Vendôme avaient chassé d’Espagne. Le nouvel empereur, sous qui fut signée la paix de Rastadt, eut deux gueires à soutenir contre les Turcs. Il les vainquit la première fois, grâce à Eugène (victoires de Peter- . waxadin, 1716, et de Belgrade, 1717 ; traité de Passarowitz, 1718, qui donne à l’Autriche le bannat de Temeswar, Belgrade et le nord-ouest de la Servie). Mais la seconde, ils lui reprirent ce qu’ils lui avaient d’abord cédé, moins le bannat (traité de Belgrade, 1739). On a vu précédemment la lutte excitée par Albéroni et la guerre pour la succession de Pologne, qui coûta à l’Autriche le royaume des Deux-Siciles, et lui donna Parme et Plaisance en dédommagement, ce qui fortifiait sa position dans le nord de la Péninsule. ^

La grande affaire de Charles VI fut le règlement de sa succession. Il n’avait pas de fils, et avec lui allait s’éteindre la race mâle des Habsbourg, qui avait donné quinze empereurs à l’Allemagne. Dans le but d’assurer son héritage à sa fille Marie-Thérèse, il n’avait reculé devant aucun sacrifice. Il avait supprimé la compagnie d’Ostende pour com^daire aux puissauces maritimes, cédé la Lorraine pour gagner la

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