CHAPITRE XXV
France, Naples et la Sicile pour gagner l’Espagne. Il avait obtenu de tous les États une reconnaissance solennelle de sa Pragmatique, et lorsqu’il mourut, en 1 740, la même année que Frédéric II montait sur le trône de Prusse, il laissa à Marie-Thérèse une ample collection de parchemins. « Mieux eût valu, dit Frédéric Ü, une armée de 200 000 hommes. ^ À peine eut-il expiré que cinq prétendants se présentèrent. L’électeur de Bavière descendant d’une fille de Ferdinand I", le roi d’Espagne descendant par les femmes de Charles - Quint, enfin l’électeur de Saxe, gendre de l’empereur Joseph P'', demandaient la totalité de l’héritage par le droit du sang ; le roi de Sardaigne voulait le duché de Milan ; le roi de Prusse, quatre duchés de Silésie, qu’ü réclamait en vertu d’anciens traités de succession que ses prédécesseurs avaient négligé de faire valoir.
Saerre de la ■neceeelon d'Aatricke (ftV4t-tV4S).
Frédéric U n’avait pas un grand royaume ; mais son père lui avait laissé un riche trésor avec ime belle armée, et la nature lui avait donné les plus rares talents. Il oublia les belles doctrines qu’il avait prônées dans son Anti-Machiavel, et céda à la tentation de mettre la main sur la Silésie, riche prorince qui doublerait la population de ses États. Sans faire part de son projet à personne, il l’envahit avec 40 000 hommes, la conquit en quelques semaines, puis offrit sincèrement la paix et son alliance pour prix de cette cession. Marie-Thérèse, femme d’énergie et de talent, était un roi. Elle ne voulut pas inaugurer son règne par un démembrement, sans avoir du moins envoyé les vétérans d’Eugène contre cette royauté parvenue et ces troupes qui n’avaiSnt encore combattu qu’à la parade. L’essai ne fut pas heureux : les Prussiens remportèrent la victoire de Molwitz (1741).
En commençant cette campagne, Frédéric avait dit à l’ambassadeur de France : c Je vais jouer votre jeu : si les as me viennent, nous partî^erons. » Un petit-fils de Fouquet, le comte de Belle-Isle, homme à projets, hardi et aventureux, proposa, dans le conseil, l’alliance de la Prusse, et im plan
qui réduisait Marie-Thérèse à la Hongrie, à la basse Autriche, à la Belgique, et partageait le reste avec les prétendants; l’électeur de Bavière serait empereur ; la France ne prenait rien pour elle. C’était trop de générosité, mais les grands sentiments, en politique étrangère, étaient fort en honneur à la cour de Louis XV. On voulait faire le magnanime pour avoir à agir le moins possible. Malgré Fleury , ce plan fut adopté , et le traité de Nymphenbourg conclu sur ces bases (18 mai 1741).
La France, au lieu d’agir résolument avec toutes ses forces, comme il faut le faire quand on tire l’épée, ne mit en mouvement qu’une armée de 40 000 hommes ; et, au lieu de se porter du côté des Pays-Bas, où ses destinées l’appelaient, renouvelant en Allemagne les fautes commises tant de fois en Italie, elle envoya cette armée jusqu’au fond de la Bavière..^ Il est juste de dire que les puissances maritimes avaient mis k leur neutralité la même condition que dans la guerre précédente, à savoir, que nous ne ferions pas entrer un soldat en Belgique. Maître de Lintz, la principale barrière de l’Autriche sur le haut du Danube, l’électeur eût pu s’emparer de Vienne, il préféra conquérir la Bohême. Marie-Thérèse, qui écrivait quelques jours auparavant ; « H ne me restera bientôt plus une ville où faire mes couches, » eut le temps de soulever ses fidèles Hongrois. Elle se présente au milieu de la diète, portant son enfant dans ses bras. Les magnats sont touchés de ce spectacle, des larmes de la jeune souveraine, et dans leur attendrissement chevaleresque, ils tirent leurs sabres, criant : Moriamur pro regc nostro Maria Theresa! Quelques semaines après, des nuées de Hongrois, de Croates, de Pandours et de Talpaches inondaient la Bavière ; les convois étaient enlevés, les communications interceptées, et tandis que l’électeur de Bavière se faisait couronner empereur à Francfort, sous le nom de Charles VII, les Autrichiens entraient à Munich (janv. 1742). Frédéric menaça, il est vrai, la Moravie et battit les Autrichiens à Czaslau en Bohême (17 mai); mais Marie-Thérèse sut faire à propos un sacrifice : elle lui laissa la Silésie, et, à cette condition, hVédéric II oublia la parole qu’il avait donnée à la France (juillet). temps modbrnss. 26