CHAPITRE XXV
russes et 37 000 hommes qui s’acheminèreut vers le Rhin. La France^ seule contre tous, avança encore aux Pays-Bas, la paix dans une main, l’épée dans l’autre. Le maréchal de Saxe gagna la bataille de Lawfeld (1747) et le comte de Lowendal prit l’imprenable Berg-op-Zoom. La Hollande était envahie. Maurice de Saxe fit, par d’habUes manœuvres, en 1748, l’investissement de Maastricht.
La déclaration de guerre de la France à l’Angleterre n’avait été faite qu’en 1 744, après la brillante bataille navale de Toulon, qui fut indécise comme tant d’autres actions de mer. Mais on ne soutint pas ce beau conunencement. Brest, Toulon furent bloqués par les Anglais, Antibes bombarbé, et Lorient ne leur échappa que par une terreur panique qui les fit courir vers leurs vaisseaux, au lieu d’entrer dans la ville mal défendue. Nous ne pouvions pas, avec 35 vaisseaux de ligne, lutter contre 110. Nos chefs d’escadre firent du moins honorer leur défaite par un courage héroïque. Le 3 mai 1747, à la hauteur du cap Finistère, le marquis de la Jonquière, pour sauver un convoi destiné au (!Ianada, fit tête avec 6 navires à 17.11 futprisaprès la plus glorieuse résistance. < Je n’ai jamais vu un pareil courage, • écrivait un des vainqueurs. H nous restait sur l’Atlantique 7 vaisseaux : on les donna à M. de l’Estanduère pour convoyer une flotte marchande de 250 voiles. 11 rencontra près de Belle-Isle l’amiral Hawke avec 15 navires, et pour sauver son convoi, livra bataille. Elle fut acharnée. Deux navires, lo Tonnant et nnlrépide, traversèrent toute la flotte victorieuse et rentièrent à Brest, monceaux flottants de ruines sanglantes. L’amiral anglais passa devant une cour martiale pour les avoir laissés échapper. « Dans celte guerre, dit un historien anglais, l’Angleterre n’a dfi ses victoires qu’au nombre de ses vaisseaux. » En Amérique, ils nous enlevèrent Louisbourg et l’ile importante du Cap-Breton, qui aurait pu rempIacerl’Acadie perdue en 1713. Aux Indes, la France avait deux hommes qui, s’ils avaient pu s’entendre et s’ils avaient été soutenus, nous eussent donné l’Hindoustan : la Bourdonnais et Dupleix. Le premier avait tout créé à, Bourbon et à l’ile de France, dont il était gouverneur pour la Clompagnie des Indes : les cultures, les arsenaux, les
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fortifications. Ingénieur, général, marin, rien ne l’arrêtait : et de l’île de France, devenue avec son excellent port la clef de l’océan Indien, il courut cette mer et en chassa les Anglais. Dupleix, autre homme de génie, se proposait de les chasser du continent de la presqu’île du Gange. Il rêvait de grands projets. Il voulait que la Compagnie, dont il administrait les comptoirs dans l’IIindoustan, n’agrandit pas seulement son commerce, mais son territoire. Pour réussir, ces deux hommes eussent dû agir de concert. A la prise de Madras, ils se brouillèrent mortellement, et la Bourdonnais, rappelé en France, fut à son retour enfermé à la Bastille, sur des accusations parties de l’Inde. Dupleix racheta cette mauvaise action par la belle défense qu’il fit, en 1748, dans Pondichéry; ü sauva cette ville et fit éprouver aux Anglais un échec qui retentit jusqu’en Europe. La paix était donc, pour nous, inopportune dans l’Inde comme elle l’était aux Pays-Bas; mais notre marine était réduite à 2 vaisseaux, notre dette s’était accrue de 1200 millions, et le roi, incapable de se faire plus longtemps violence, demandait qu’on le laissât à ses plaisirs. L’Angleterre, qui redoutait de voir la France s’établir à demeure aux bouches de l’Escaut, se décida enfin à traiter.
La paix d’Aix-la-Chapelle (avril 1748) stipula que les conquêtes seraient restituées de part et d’autre. L’Angleterre recouvra pour quatre années Vasiento (droit d’importer des nègres) et le vaisseau de permission dans les colonies espagnoles ; l’Autriche céda Parme et Plaisance à l’infant don Philippe, la Silésie au roi de Prusse, et plusieurs places du Milanais au roi de Sardaigne. La France rendit Madras et rentra en possession de l’ile Royale (Ca{>-Breton); mais elle ne garda rien aux Pays-Bas qu’elle occupait presque tout entiers, et se laissa imposer la condition de ne fortifier Dunkerque que du côté de la terre. Des commissaires anglais, payés par nous, s’assurèrent que cette condition était exécutée ; et quand le roi George exigea l’expulsion de France du prétendant, ce fut à l’Opéra qu’on l’arrêta, comme si l’on tenait à montrer que les ministres anglais faisaient la police dans Paris même.