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CHAPITRE XXV

Ciuerre de Sept mus VAS).

Les huit années qui suivirent cette paix furent la plus belle époque du commerce français au dix-huitième siècle. Lorient qui, en 1726, n’était qu’une bourgade, avait reçu, en 1736, pour 18 millions de marchandises. Si la Bourdonnais n’était plus à l’île de France , son souvenir, ses leçons y vivaient : Bourbon devenait une grande colonie agricole. Dupleix cherchait à élever dans l’Inde, en s’appuyant sur les puissances indigènes, un vaste empire colonial. Aux Antilles, la Guadeloupe , la Martinique , surtout Saint-Domingue , arrivaient à une prospérité qui rejaillissait sur les villes marchandes de la métropole : sur Nantes, sur Bordeaux, qui se rappellent encore avec regret ces jours de richesse ; sur Marseille, qui avait de plus pour elle tout le commerce du Levant, dans la Méditerranée, où nul ne lui faisait alors concurrence. Le sucre, le café des Antilles françaises chassaient du marché européen les produits similaires des colonies anglaises, et la Louisiane, si longtemps languissante, trouvait, dans la liberté du commerce qui lui avait été rendue en 1731, une fortune que le monopole ne lui avait pu donner.

La dernière guerre maritime n’avait fait que suspendre ce mouvement ; dès qu’elle cessa , il reprit son cours avec une énergie que le gouvernement lui-même seconda ; car, malgré l’inertie de Louis XV et la misérable influence de Mme de Pompadour, la force croissante de l’opinion publique imposait au gouvernement certains hommes et une certaine direction. C’est ainsi que le marquis d’Argenson avait été appelé, en 1744, au ministère des affaires étrangères, et que celui de la marine fut donné à Rouillé et à de Machault , qui firent de louables efforts pour rétablir la flotte. En 1754, on compta dans les ports 60 vaisseaux, 31 frégates et 21 autres bâtiments. L’Angleterre, avec ses 243 bâtiments de guerre, dont 131 vaisseaux de ligne, eût pu ne pas être jalouse de cette marine, imposante encore par le chiffre des bâtiments, mais à qui tout manquait. Elle s’effraya néanmoins de cette renaissance de notre puissance navale, surtout des progrès de notre com-

merce, à qui le doublement du droit de 50 sous par tonneau, décrété par Machaulten 1740, donnait une énergique impulsion, et elle trouva aisément une cause de rupture.

Quand on veut faire la paix à tout prix, on la fait mal. Or Mme de Pompadour avait dit aux plénipotentiaires envoyés en 1748 à Aix-la-Chapelle : « Souvenez- vous de ne pas revenir sans la paix ; le roi la veut. » De là il était résulté qu'on avait rendu ce qu’on eût pu garder, et qu’on n’avait pas pris soin de vider tous les différends. La France avait, en Amérique , deux magnifiques possessions : le Canada et la Louisiane, c’est-à-dire le Saint-Laurent et le MisSissipi, les deux plus grands fleuves de l’Amérique du Nord, qu’elle tenait ainsi par les deux bouts. On nomma des commissaires pour Oxer la frontière. Ils ne purent s’entendre, et les colons, mêlant les Indiens à leurs querelles, commencèrent les hostilités. Washington, alors bien jeune, se distingua dans ces rencontres, mais d’abord d’une manière malheureuse. Le détachement qu’il commandait surprit et tua, avec toute son escorte, un officier français, Jumonville, qui portait aux Anglais une sommation d’évacuer la vallée de l’Ohio et de se retirer derrière les Alleghanys. Ce fut le premier sang versé dans cette guerre (28 mai 1754). En 1755, sans déclaration de guerre , l’amiral anglais Boscawen captura 2 vaisseaux de ligne français ; le ministère protesta , mais resta six mois sans joindre les actes aux paroles; et pendant ces six mois, les Anglais nous enlevèrent plus de 300 navires marchands, chargés d’une cargaison de 30 millions de livres et montés par 10 000 matelots qu’ils enrôlèrent pour la plupart dans leurs équipages. Il fallut bien pourtant reconnaître que c’était la guerre et s’y résigner.

L’intérêt de la France était de conserver à cette guerre son caractère exclusivement maritime, et de garder toutes ses forces réunies pour son duel avec l’Angleterre ; mais ce n’était pas le compte de cette puissance. Le ministère anglais, grâce à son or, déchaîna de nouveau la guerre continentale. Il offrit des subsides à qui voudrait être notre ennemi. La Prusse en accepta, se sentant menacée de quelque péril par un rapprochement inattendu de l’Autriche et de la France. Nul prince

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