CHAPITRE XXV
Richelieu, qui sucëda à d’Estrées dans le couimandeineut de l’armée de Hanovre, enferma le duc de Cumberland dans une impasse, au milieu d’un pays marécageux; mais, au lieu de le faire prisonnier, il lui accorda la capitulation de Glosterseven, que le gouvernement anglais, dirigé par le fameux William Pitt, désavoua. Richelieu avait commis la faute de ne point dissoudre cette armée qui se retrouvera tout entière, quand elle reprendra les armes, et le résultat de deux campagnes heureuses sera perdu. Il en commit une autre lorsqu’il donna à ses officiers et à ses soldats l’exemple d’une scandaleuse avidité. De retour à Paris, il se fit bâtir, du fruit de ses déprédations, un élégant pavillon que le pubbc nomma satiriquement pavillon de Hanovre. Les soldats, dont il autorisait le pillage, l’appelaient le bon père la Maraude. La discipline était ainsi ébranlée, au moment même où on arrivait en présence de ces armées prussiennes, les mieux disciplinées de l’Europe.
C’était à Soubise, le favori de Mme de Pompadour, qu’était échu le rôle difficile de leur tenir tête. Il s’était réuni à Varmée d'exécution que l’Empire avait levée pour soutenir Marie-Thérèse, et marchait sur la Saxe. Frédéric II accourut de la Silésie, sur la Saale; il n’avait que 20000 hommes contre 50000. H s’établit non loin des champs fameux d’Iéna et d’Awerstaedt, au village de Ros^ch, sur des hauteurs, cachant sa cavalerie dans un repli du terrain, et une artillerie formidable derrière les tentes de son camp. Les alliés s’avancèrent témérairement, sans ordre, au bruit des fanfares, trompés par les apparentes hésitations du roi, et le croyant prêt à fuir. Tout à coup l’artillerie prussienne se démasque et tonne, la cavalerie se précipite sur le flanc droit de Soubise que ce général ne croyait point menacé; l’infanterie la suit ; les Franco-Allemands sont dispersés en quelques instants. Les Prussiens ne tuèrent que 3000 hommes, car on se battit peu; mais ils firent ,7000 prisonniers, enlevèrent 63 pièces de canon et ne perdirent que 400 soldats.
Frédéric laissant fuir Soubise se retourne contre les Autrichiens, les chasse de la Saxe où ils étaient rentrés, et les suit en Silésie, qu’il leur reprend à la journée de Lissa, où
il renouvelle la naanœuvre de Rosbach, menaçant une aile, écrasant l’autre (1757). Pitt, plus tard lord Ghatam, devenait à ce moment premier ministre et déterminait l’Angleterre k de plus grands efforts en faveur de son allié. Le roi, en échange de nombreux subsides que Pitt lui fit voter, envoya un de ses lieutenants, Ferdinand de Brunswick, prendre le commandement de l’armée hanovrienne, qui, violant sa parole, rentra en campagne. Devant cet habile général, les Français reculèrent, repassant le Wéser, l’Ems, le Rhin; après quoi ils furent encore battus à Grevelt (1 758).
Napoléon a dit de ces courtisans qu’un caprice de Mme de Pompadour plaçait k la tête de nos armées, que tous, généraux en chef, généraux particulier.»!, étaient de la plus parfaite incapacité. A quoi il faut ajouter que les querelles de cour se continuaient au camp, et que plusieurs ont pu, non sans apparence de vérité, être accusés d’avoir, pour ruiner un rival, fait manquer des plans et perdre des batailles. Ce n’étaient pas seulement de très-mauvais tacticiens, mais de détestables administrateurs. Les armées, fort mal composées, étaient encore plus mal tenues. Quand le comte de Clermont succéda k Richelieu, il dut casser 80 officiers. On vît une fois, à. l’armée de Soubise, 12 000 chariots de marchands et de vivandiers; le jour de la bataille, 6000 maraudeurs étaient hors des rangs. Le mal n’était pas que Ik. Depuis que les femmes gouvernaient, l’administration supérieure était livrée aux caprices les plus désordonnés. De 1756 à 1763, vingtcinq ministres furent appelés ou renvoyés, « dégringolant, l’un après l’autre, écrit Voltaire (3 déc. 1759), comme les personnages de la lanterne magique. » Les plans changeaient comme les hommes, ou plutôt rien ne se faisait et tout allait à l’aventure.
Cependant, après les honteuses défaites de Rosbach et de Grevelt, si l’on ne changea pas les générau.x, on leur donna des forces tellement supérieures k celles de l’ennemi, que ce même Soubise, ce même comte de Clermont, le duc de Broglie, le maréchal de Gontades, halancèrent k peu près la fortune les années suivantes avec les Prussiens, les Hessois et les Hanovriens.
TEMPS MOOERMBS. 3T