C CHAPITRE XXV
Soubise était sur le Mein pendant la retraite du comte de Clermont; en menaçant la Hesse où de Broglie remporta, à Sandershausen, près de Cassel, un léger avantage, il rappela le duc Ferdinand en arrière et battit une partie de ses troupes à Lutzelberg (1758). L’année suivante, de Broglie eut un autre et plus important succès à Bergen sur la Nidda; mais placé sous les ordres de Gontades, il le servit mal, et la rivalité des deux généraux amena un nouveau désastre à Minden (août 1759). Gontades en porta la peine, il fut destitué; de Broglie eut son commandement avec plus de 100000 hommes. Il ne sut point les employer, et se contenta de l’occupation de quelques villes, Cassel, Minden, et d’une rencontre heureuse que le comte de Saint-Germain eut à Gorbach (1760) avec les Prussiens. Un détachement qu’il fit sur le Rhin réussit mieux encore : 20000 Prussiens venaient de prendre Glèves, de Castries les battit à Clostercamp. C’est là^ que se dévoua le chevalier d’Assas, capitaine au régiment d’Auvergne. Tombant dans une embuscade où l’ennemi comptait surprendre l’armée française, il crie de toute sa force : « A moi, Auvergne I voilà l’ennemi 1 > Il est percé de coups,
mais l’armée est sauvée (1760);
Ainsi, dans l’ouest de l’Allemagne, la guerre n’avait d’autre résultat que la dévastation du pays, où nos armées prenaient toujours leurs quartiers d’hiver. Au sud et à l’est. Frédéric tenait tête aux Russes et aux Autrichiens. H disait des premiers : « Ils sont plus durs à tuer, que difficiles à vaincre. » Cependant ils lui enlevèrent Eœnigsberg, mais il les battit à Zorndorff, près de Gustrin (1758). Une défaite que les Autrichiens lui firent essuyer à Hochkirchen, en Lusace, balança ce succès. Les Russes se vengèrent même l’année suivante (1759), à Zullichau et à Knnnersdorff, où 20 000 hommes restèrent de chaque côté sur le champ de bataille ; et Frédéric se fût trouvé dans une position critique, si ses adversaires avaient su profiter de leur victoire. Le brillant succès du prince Ferdinand à Minden (août 1759), sur le maréchal de Gontades, releva ses espérances. B saisit ce retour de fortune pour demander la paix; ses ennemis, ne voyant dans cette démarche qu’un signe de détresse, la lui refu-
sèrentencore (1760). Il les détrompa, battit Laudon à Liegnitz, délivra sa capitale surprise par les Russes et les Autrichiens, força Daun dans une position formidable près de Torgau, et resta maître des deux tiers de la Saxe, tandis que ses lieutenants faisaient échouer au nord et à l’ouest les projets des Suédois et des Français.
Mais « ces travaux d’Hercule » avaient épuisé les forces du roi et de son peuple. II se tint, durant toute la campagne de 1761, sur la défensive. Elle lui réussit mal ; si de Broglie fut battu à Fillingshausen, parce qu’il comptait sur Soubise qui ne le secourut pas, Frédéric II perdit Schveidnitz et Dresde, et fut privé des subsides de l’Angleterre. Heureusement la czarine Élisabeth mourut au commencement de 1762, et Pierre III déclara aussitôt la neutralité de la Russie ; la Suède se retira en même temps de la lutte. Tranquille à l’est et au nord, Frédéric agit avec vigueur dans la Silésie qu’il recouvra, et en Saxe où le prince Henri remporta la victoire de Freyberg. Il ne gagnait pas seulement des batailles, il gagnait aussi l’opinion publique. Si dans la guerre précédente les vertus et le courage de Marie-Thérèse avaient excité l’enthousiasme, aujourd’hui la persévérance héroïque de Frédéric II, les talents qu’il déployait pour sortir des positions les plus désespérées, augmentaient chaque jour le nombre de ses admirateurs. Sa langue maternelle, qu’il méprisait, s’animait pour chanter ses victoires, et toute l’Europe récitait quelques beaux vers qu’il écrivait à Voltaire.
Si nous avions soutenu la^ guerre sur le continent sans trop de désavantage, mais aussi sans beaucoup d’honneur, puisque nous combattions à trois contre un, France, Autriche et Russie contre le seul Frédéric II, sur mer nous étions aux prises avec un ennemi dont l’écrasante supériorité ne laissait à nos marins que l’espérance de quelques succès isolés. La victoire navale gagnée par La Galissonnière, en 1756, ne se renouvela plus; cependant l’honneur du pavillon fut brillamment soutenu dans nombre de rencontres partielles; ainsi, en cette même année, dans les parages de Rochefort, deux frégates françaises attaquèrent une frégate et un vaisseau anglais et les mirent hors de combat. L’un des capitaines