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CHAPITRE XXV

français, Maureville, ayant un bras emporté, criait de l’entrepont à ses marins : « Courage, mes amis, grand feu! je défends d’amener. » Il y eut beaucoup d’exploits semblables. Mais, tandis que l’Angleterre prodiguait toute sa sollicitude à sa marine, le gouvernement français laissait nos colonies manquer de navires, de soldats, d’argent; et de malheureuses divisions énervaient la discipline : les officiers gentilshommes; appelés officiers rouges, pleins de dédain pour les officiers bleus ou roturiers, qu’on laissait en temps de paix dans les garnisons, refusaient de leur obéir. De là des tiraillements, de la défiance, et pour résultat un mauvais service. Les Anglais bloquaient nos ports, et il n’en sortait pas un bâtiment qui ne tombât entre leurs mains : 37 vaisseaux de ligne, 56 frégates furent ainsi pris, brûlés ou périrent sur les écueils. Des descentes opérées par les Anglais sur les côtes de Normandie et de Bretagne, à Cherbourg et à Saint-Malo, n’eurent pas de conséquences durables, mais montraient que notre territoire pouvait être impunément violé, depuis que notre flotte n’en protégeait plus les rivages. Dans une de ses tentatives sur t Saint-Malo , l’ennemi perdit pourtant à Saint -Gast, 5000 hommes que le duc d’ Aiguillon et la noblesse de Bretagne, accourue en masse, lui tuèrent ou lui prirent (1758). Mais l’année suivante, l’amiral La Clue, qui n’avait que 7 vaisseaux contre 14, fut battu au cap Sainte-Marie, et l’impéritie de Gonflans amena la destruction de la flotte de Brest. En 1763, les Anglais s’emparèrent de Belle-Isle : ils eurent alors dans le golfe de Gascogne, en vue de Nantes, entre Brest et Rochefort, l’avantageuse position que Jersey leur donnait de l’autre.côté de la Bretagne, en vue de Saint-Malo, entre Cherbourg et Brest. Tout notre littoral de l’Océan, depuis Dunkerque jusqu’à Bayonne, se trouva comme assiégé.

Dupleix avait été rappelé en 1754 ; si la France lui eût envoyé de l’argent et de bons soldats au lieu de ne lui expédier, comme il s’en plaignait, que la plus vile canaille, l’Inde serait peut-être à nous et non aux Anglais ; il mourut à Paris dans la misère en 1763. Un Irlandais au service de la France, Lally, sans avoir ses grandes vues, avait au moins un courage indomptable. Mais obligé, pour trouver de l’argent, d’aller

faire la guerre aux rajahs indiens, à cinquante lieues dans les’ terres, il ne put empêcher les Anglais, commandés par l’habile lord Clive, de reprendre l’avantage. Pourtant il faillit ressaisir Madras : la brèche était ouverte, il commande l’assaut, ses soldats refusent de marcher parce qu’on ne les a pas payés. A son tour il est assiégé dans Pondichéry, où avec 700 hommes, il se défend neuf mois contre 22 000. Les Anglais, maîtres enfin de la ville, en chassèrent les habitants et la rasèrent ; ce fut le coup de mort pour la domination française dans l’Inde. Elle ne s’y est pas relevée.

De même au Canada, le drapeau français fut d’abord porté très-haut, puis renversé. Les marquis de Vaudreuil et de Montcalm enlevèrent les forts Oswégo et de Saint-George, sur les lacs Ontario et du Saint-Sacrement, boulevards des possessions anglaises (1756). Mais, en 1759, ils n’avaient que 5000 soldats à opposer à 40 000 hommes, et la colonie manquait de vivres, de plomb et de poudre. Mme de Pompadour coûtait par an à la France 3 à 4 millions ; faute d’une pareille somme, on ne put faire passer au Canada 4000 soldats qui s’offraient à y demeurer après la guerre comme colons ^ qui eussent changé l’issue de la lutte. L’ennemi assiégea Québec; Montcalm livra bataille pour sauver cette ville, et, blessé à mort, il criait encore à ses soldats dont il s’était rendu l’idole par son courage chevaleresque : « En avant , et gardons le champ de bataille. > Le général anglais Wolf, atteint aussi de trois coups de feu, entendit dans l’agonie de la mort crier par les siens : « Ils fuient !» 11 se releva un instant et dit : « Je meurs content. » Vaudreuil lutta encore quelque temps, mais enfin le Canada fut perdu. La Guadeloupe, la Dominique, la Martinique, la Grenade, Saint-Vincent, Sainte-Lucie, Tabago, Saint-Louis du Sénégal, l’île de Gorée, l’étaient aussi.

Un habile ministre prit alors la principale influence dans les affaires de la France, le duc de Ghoiseul. Mme de Pompadour l’avait rappelé de l’ambassade de Vienne, pour lui donner, en 1758, le portefeuille des affaires étrangères, qu’il échangea, en 1761, contre celui de la guerre. Deux ans plus tard, il eut encore la marine et fit donner les affaires étran-

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