CHAPITRE XXV
gères à son cousin, le duc de Praslin. Ghoiseul conserva l’ailiaace autrichienne; mais il en noua une autre. Il voulut réunir comme en un faisceau toutes les branches de la maison de Bourbon, établies en France, en Espagne, dans les Beux- Siciles, à Parme et Plaisance. C’était réaliser le vœu de Louis XIV ; c’était aussi donner à la France l’utile appui de la marine espagnole. Ce traité, fameux sous le nom de pacte de famille, fut signé le 15 août 1761 : les puissances contractantes se garantissaient mutuellement leurs États. L’Angleterre déclara aussitôt la guerre à l’Espagne et entraîna le Portugal dans son parti. La marine de France était tombée si bas, celle d’Espagne était si languissante, qu’il n’y avait pour le moment rien à attendre de leur union. L’Espagne, entrée trop tard dans la lice, n’y essuya que des pertes : elle se vit enlever Manille, les Philippines, la Havane, 12 vaisseaux de ligne et 100 millions de prises. Une invasion en Portugal fut sans résultat.
Cependant en 1762, victorieuses ou vaincues, les puissances européennes étaient lasses d’une guerre qui les ruinait toutes, et qui avait fait périr un million d’hommes. La France y avait pour ‘son compte dépensé 1350 millions. L’Angleterre avait atteint son but, la destruction de notre marine marchande et militaire. Mais ses conquêtes même épuisaient son trésor, sa dette publique grossissait, les recrutements devenaient difficiles ; car, pour conseiTer cet empire de l’océan dont elle s’était emparé, il fallait des armements toujours plus nombreux. La Prusse, sans commerce, sans industrie, dévastée, dépeuplée, ne se tenait debout que par l’énergie de son roi. L’Autriche, qui avait voulu lui arracher la Silésie , désespérait d’y réussir. La France et l’Angleterre signèrent, des préliminaires qui aboutirent, le 10 février 1763, au traité de Paris.
A l’Angleterre étaient acqnis le Canada avec les 60000 Français qui l’habitaient, l’Acadie, l’île du Cap-Breton, la Grenade et les Grenadilles, Saint-Vincent, la Dominique, Tabago, le Sénégal, et en Europe, Minorque. La France conservait le droit de pêche sur les côtes de Terre-Neuve et dans le golfe du Saint-Laurent, avec les îlots de Saint-Pierre et Miquelon ; mais sans qu’eUe pût les fortifier ; elle recouvrait
la Guadeloupe, Marie-Galande, la Désirade, la Martiuique, et obtenait Sainte-Lucie ; l’ile de Gorée lui était rendue au Sénégal, celle de Belle-Isle sur la côte de Bretagne. Mais elle-' démolissait encore les fortifications de Dunkerque du côté de la mer, et acceptait l’insutte de la présence permanente d’un commissaire anglais dans cette ville pour empêcher qu’on ne remuât une pierre sur les quais où s’était embarqué JeanBart. Aux Indes orientales, Pondichéry, Mahé et trois petits comptoirs au Bengale lui restaient, à condition qu’elle n’y enverrait point de troupes. Gomme l’Espagne, tout en rècouvrant Cuba et Manille, perdait, au profit de l’Angleterre, la Floride et la baie de Pensacola, la France l’en dédommagea, quelques temps après, par la cession de la Louisiane. « La guerre avait commencé pour deux ou trois chétives habitations; les Anglais y gagnèrent 2000 lieues de terrain, » et l’humanité y perdit un million d’hommes. Le traité d’Hubertsbourg entre Marie-Thérèse et Frédéric II confirma à celui-ci la possession de la Silésie.
Frédéric II s’était montré presque aussi grand dans le conseil que sur le champ de bataille. Après avoir sauvé son pays du démembrement, après avoir constitué, pat; la gloire, un peuple nouveau en Europe, et mis ce peuple au rang des grandes nations, il le sauva de la misère par une adminislr». tion habile et vigilante. Il conquit toute une province svr les eaux en desséchant les marais qui bordaient l’üd:r au-dessous de Custrin, et lui donna des habitants es y attiiaut des étrar-rers. Il planta quantité de mûners; ii’ établit des manufactures de soieries, de draps, de velours, une raffineiie à Berlin qui fournit le sucre à toutes les fjrovinces; il creu.sa le grand canal de Plauen entre l’Elbe et l’Oder; celui de Bromberg, qui relia la navigation de l’Elbe à celle de la Vistule ; enfin celui de la Swine, et il bâtit Swinemunde, le port de Stettin, un hôtel des Invalides à Berlin, le château de Sans-Souci, qui fut sa résidence favorite. La guerre de Sept ans diminua la population de la Prusse de 500 000 âmes; 14 500 maisons avaient été brûlées; dans la Silésie, la Poméranie et la Nouvelle-Marche, les paysans s’attelaient euxmêmes à la charrue; car il manquait 60 000 chevaux pour le