CHAPITRE XXVI
Édouard, petit-fils de Jacques II, porta le péril au cœur même de la Grande-Bretagne.
Ce prince avait enfin obtenu de la France, après quatre ans d’attente, une flotte et 15 000 soldats pour renverser la maison de Hanovre. Débarqué en Écosse en 1745, il réunit autour de lui beaucoup de chefs des Highlanders ou montagnards écossais des hautes terres, entra dans Édimbourg, battit à Preston le général Gope et pénétra jusqu’à Derby, à 178 kilomètres de Londres. Forcé de rétrograd,er par l’indiscipline de ses soldats, et l’abandon où le laissèrent les Jacobites anglais, il fut encore vainqueur, le 28 janvier, à Falkirk, mais fut complètement battu par le duc de Cumberland à Giilloden (27 avril). Les représailles furent sanglantes. Cinq lords et plus de 200 personnes furent d’abord exécutés. Gharles- Édouard , dont la tête avait été mise à prix (30 000 livres sterling), erra pendant cinq mois, de retraite en retraite, au milieu des plus grands périls. Il revint en France treize mois après son départ (1746). L’Écosse paya des derniers restes de sa nationalité cette malheureuse expédition : le système des clans ou tribus fut aboli, ainsi que l’usage de porter le costume montagnard ou plaid dont les carreaux variaient selon les clans, et la juridiction héréditaire, dernier vestige du régime féodal.
Pendant que ce drame s’accomplissait, les victoires du maréchal de Saxe aux Pays-Bas rendaient inutiles les succès des Anglais en Amérique. Quand le traité d’Aix-la-Chapelle fut signé (1748), ils se trouvèrent n’avoif gagné à cette guerre qu’une augmentation de la dette nationale, qui fut portée de 50 à 80 millions de livres sterling.
Walpole était mort en 1745, trois ans après sa disgrâce. L’année suivante (1746), lors Newcastle remplaça lord Garteret. Sous ce ministre, le commerce fut favorisé, la pêche maritime encouragée par des primes, l’exportation des machines et métiers défendue, l’intérêt de la dette publique ramené de 4 à 3 et demi pour 100, l’armée diminuée, la ville d’Halifax fondée par des vétérans dans l'Acadie ou Nouvelle-Écosse, province de l’Amérique du Nord cédée par la France en 1713, et un autre établissement formé sur la côte
des Mosquitos dans le golfe du Mexique. Mais en 1754, un membre du ministère, désapprouvant la politique de lord Newcastle, qui risquait de jeter l’Angleterre dans une guerre dispendieuse par suite des alliances contractées avec les princes d’Allemagne pour la défense du Hanovre que menaçait le roi de Prusse, donna sa démission. C’était le fds d’un simple squire, jouissant à peine d’un revenu de 200 livres sterling, que le bourg pourri d’Old-Sarum avait envoyé au parlement, à l’âge de vingt-sept ans, et que ses contemporains bntnommé le grand député des Communes, William Pitt. Tant que Walpole fut ministre, Pitt siégea sur les bancs de l’opposition. Nommé, en 1746, vice-trésorier d’Irlande, conseiller privé et payeur général des troupes anglaises, il se distingua dans ces fonctions par sa sagesse réformatrice, son intégrité et son désintéressement. En 1756, à la chute du duc de Newcastle, Pitt rentra aux affaires; mais ce ne fut qu’en 1757 qu’il les dirigea comme premier ministre. A la première audience qu’il eut du roi : « Sire, dit-il à George, accordez-moi votre confiance ; je la mériterai. — Méritez-la, répondit George, et vous l’obtiendrez. » Pitt tint parole; seulement il fut le ministre national de l’Angleterre et non le courtisan du prince de Hanovre. La France n’éprouva que’ trop ses talents et sa haine pendant la guerre de Sept ans h laquelle il imprima, de 1757 à 1761, une énergie qui fut fatale à notre marine militaire et marchande et à nos colonies. Aussi les Communes, fières de ces succès utiles, accordaient tout et sans peine à l’heureux ministre. Sur sa demande, l’armée fut portée à 175 000 hommes, et il obtint tous les subsides qu’il sollicita.
La mort de George II en 1760 fit arriver au trône son petit-fils George III. Ce jeune prince de vingt-deux ans, pieux, économe, de mœurs irréprochables, mais d’une raison faible, qui fut troublée à plusieurs reprises depuis 1769, cependant de longues années, montra, contrairement à ses deux prédécesseurs, une prédilection marquée et constante pour les tories. Pitt voulait h la fois la grandeur et la liberté de l’Angleterre ; il ne put céder aux préférences du roi et sortit du ministère, en 1761, k la suite d’un échec parlementaire que