CHAPITRE XXVI
lui fit éprouver lord Bute, au sujet de la déclaration de guerre à l’Espagne. Cette retraite du grand ministre n’arrêta pas les succès de l’Angleterre, et c’est à lui que revint, en réalité, l’honneur d’avoir imposé à la France le traité de Paris, qui porta si haut la puissance coloniale de l’Angleterre, et que pourtant il reprocha aux ministres d’avoir signé, ne trouvant pas que la France fût mise assez bas.
Le moment est venu de tracer le tableau de cette prodigieuse fortune.
lia Compagnie anglalite dea indca oricntalea.
L’Angleterre, malgré sa position insulaire, n’avait pas été dès le principe une puissance maritime et coloniale. Sous Henri VII, le Vénitien Gabotto, au service de ce prince, longea le nord de l’Amérique, sans y fonder aucun établissement. La marine se développa sous Élisabeth, avec Dracke, Hawkins, Forbisher, Gavendish. Mais ce n’est qu’au commencement du dix-septième que l’esprit de colonisation se montra en Angleterre , quand les troubles chassèrent de la métropole un grand nombre de ses enfants ; c’est au milieu que l’Acte de navigation força l’Angleterre à devenir une grande puissance marchande ; c’est à la fin que l’affaiblissement de la Hollande, et la ruine de la marine française, donnèrent aux Anglais l’empire des mers.
Les Anglais avaient songé d'abord aux Indes orientales. En 1600 fut fondée la Compagnie des Indes. Son capital, formé par des actions de 1250 francs, était de 1 800 000 francs. Elle établit quelques comptoirs à Bantam dans l’île de Java, à Surate sur le golfe de Cambaye. Les Hollandais, alors maîtres absolus des mers , chassèrent les Anglais de ces faibles positions, et la Compagnie fut près de se dissoudre. Elle se maintint cependant, obtint, en 1650, du Grand-Mogol , le droit de trafiquer' au Bengale, et acquit en 1688, de la couronne, Bombay, île importante de la côte du Malabar, que Charles II avait reçue comme dot de sa femme Catherine de Portugal. En 1683, nouvelle péripétie : les Hollandais lui enlèvent Bantam; et les brigandages commis par John Ghild
dans rindoustan attirent les représailles du Grand-Mogol, Aureng-Zeyb. La colonie de Bombay fut en péril : heureusement le despote indien pardonna aux Anglais (1689).
Sortie de ce mauvais pas, la Compagnie obtint quelques terres sur les bords de l’Hougly, tm des bras du Gange, et y fonda Calcutta (1690); elle avait acquis quelques années plus tôt Bencoulen dans'l’ile de Sumatra, mais elle essuya des pertes énormes dans la guerre de la ligue d’Augsbourg : on estima que les Français firent perdre alors au commerce de la Grande-Bretagne une valeur de 675 millions de francs. Une nouvelle société qui s’était formée était une autre entrave. Finissant par mieux comprendre leurs intérêts, les deux Compagnies cessèrent de se faire une guerre ruineuse : elles réunirent leurs fonds en 1702; la fusion s’acheva sept i ans après , par l’établissement d’une administration centrale et unique pour la direction des affaires. Ainsi fut définitive- > ment constituée cette association de marchands qui équipa l des flottes, qui entretint des armées, qui posséda un territoire ( immense, qui gouverna des peuples innombrables et eut > des rois pour tributaires.
Mais avant d’en arriver là, elle eut bien des luttes à soutenir. La guerre de la succession d’Espagne fut fatale à son commerce : les corsaires français continuèrent contre elle le système qui leur avait si bien réussi pendant les précédentes hostilités. La mort d’Aureng-Zeyb (1707) arriva à propos pour elle ; l’anarchie qui suivit cette mort et les rivalités des princes indiens lui permirent de s’étendre et de s’enrichir.
Une puissance écbpsait alors l’Angleterre dans les Indes, et cette puissance, c’était la France. Dès le règne de François I"", des négociants de Rouen avaient hasardé une expédition qui n’était pas allée plus loin que le cap de Bonne-Espérance. Après les guerres de religion, sous Henri IV (1601), il s’établit en Bretagne une compagnie des Indes orientales; elle tomba bientôt. Richelieu en fonda une seconde qui, d’abord plus heureuse, ne tarda pas à déchoir. Colbert en institua une troisième en 1664. Elle créa un premier comptoir à Surate en 1675, puis un autre en 1676 à Chandernagor,