CHAPITRE XXVI
que douze aus après, elle acheta à Aureng-Zeyb. Pondichéry était le point le plus important qu’elle occupât : elle l’avait acquis du roi de Beidjapour en 1679. Les Hollandais nous voyaient avec peine dans ces parages ; ils s’emparèrent de la place, en 1693, et la fortifièrent, mais pour leurs ennemis : le traité de Ryswick rendit Pondichéry à la France. Ce bel établissement, qui cependant manquait d’un grand port, eût pu devenir le centre d’une vaste domination ; malheusement la Compagnie fut abandonnée : on fit plus, on travailla à sa ruine, en défendant d’importer les produits industriels de l’Inde. La guerre de la succession d’Espagne augmenta sa détresse; la paix d’Utrecht ne s’occupa pas de l’Inde, où les intérêts de l’Angleterre et de la France n’étaient pas encore parvenus à un développement voisin de l’antagonisme. Bientôt parut le fameux Law avec ses projets chimériques à force d’être gigantesques : il réunit les compagnies d’Occident, de la Chine, de l’Afrique et des Indes orientales en un seul et même corps sous le nom de Compagnie perpétuelle des Indes (1719). La société perpétuelle tomba avec le système deux ans après mais elle se releva en 1723, et parvint à une nouvelle prospérité. Pondichéry trouva dans Dumas,' envoyé comme gouverneur général en 1735, im homme habile et actif, qui obtint du Grand-Mogol, Mohamed-Schad, le droit de battre monnaie, et acheta pour une faible somme, h un prétendant indien du royaume de Tanjaour, la ville et le territoire de Karikal (1730).
La Compagnie française s’étendit alors avec rapidité ; elle eut des comptoirs à Calassor dans l’Orissa, à Chandernagor, à Dakka dans le Bengale, à Patna sur le Gange, et de plus, sur la côte de Malabar, à Galicut, à Mahé, à Surate. L’empire du Mogol était divisé en neuf grandes provinces, gouvernées par des soufcaôs (vice-rois); ces provinces, à leur tour, étaient subdivisées en districts administrés par des nababs. Après la mort d’Aureng-Zeyb, tous ces princes se rendirent ou cherchèrent à se rendre indépendants. La Compagnie française profita, comme l’anglaise, de ces rivalités pour consolider ses établissements, et elle chargea du soin de ses intérêts dans ces régions lointaines deux hommes remarqua-
blés : La Bourdonnais, gouverneur général des îles de France et Bourbon, où il créa tout, et Dupleix, qui, nommé en 1742 gouverneur de Pondichéry et directeur général des comptoirs français dans l’Inde, projeta ce [que les Anglais ont depuis réalisé, en essayant de faire une puissance territoriîile de la Compagnie qui n’avait jusqu’alors été que commerçante.
Quand la guerre de la succession d’Autriche éclata, les hostilités, malgré les propositions du cabinet de Versailles, et sur le refus du cabinet de Saint James, eurent aussi les colonies pour théâtre. La Bourdonnais quitta les îles de France et de Bourbon pour opérer sur les côtes du continent indien, de concert avec Dupleix; malheureusement, la jalousie éclata entre ces deux hommes supérieurs, la discorde paralysa leurs forces et rendit leurs exploits inutiles. Ainsi, La Bourdonnais, vainqueur d’une escadre anglaise, met le siège devant Madras, qui se rachète pour 10 millions. Dupleix arrive, casse la capitulation, pille la ville, la livre aux flammes (1746), et fait même destituer son rival de son commandement à l’île de France. La Bourdonnais, de retour en France, trouva les esprits prévenus par les accusations de Dupleix ; il fut enfermé à la Bastille, et y resta plusieurs années sans pouvoir justifier sa conduite. Pendant ce temps, les Anglais rentraient dans Madras et assiégeaient Pondichéry : Dupleix, par une belle défense, les força à la retraite; quelques temps après, la paix d’Aix-la-Chapelle mit fin aux hostilités (1748).
Débarrassé de la guerre avec les Anglais, Dupleix reprit ses projets de conquête. Il fit triompher un prétendant à la soubabie du Décan, et en obtint Mazulipatam, avec un accroissement de territoire pour Pondichéry et Karikal. Il commanda alors de la rivière Kristna jusqu’au cap Comorin et gouverna 30 millions d’hommes avec un pouvoir absolu. Combattu par Lawrence et Clive, officiers anglais, que soutenaient de bonnes troupes, ainsi que les Mahrattes et les princes de Tanjaour et de Mysore, il ne put faire arriver son candidat à la nababie du Carnate. Ces e.xpéditions coûtaient beaucoup, les marchands, dont Dupleix était l’agent, ne de-