‹ Histoire des temps modernesChapitre 258 sur 311 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

gouvernement métropolitain en donna bientôt aux terres du nord.

En 1618, des puritains fuyant la vieille Angleterre où Jacques I'' les persécutait, allèrent, par de là les mers, chercher un lieu où ils pussent prier Dieu à leur guise ; ils s’établirent au pied du cap God, non loin de l’endroit où Boston s’éleva quelques années après. En même temps les Bermudes et une partie des Antilles furent occupées; en 1627 la colonie du Massachusetts fut organisée ; puis vinrent celles du New- Hampshire et du Maine (1630) réuni au Massachusetts en 1677, du Maryland, cédé en 1632 à un Irlandais lord Baltimore qui y établit 200 gentilshommes catholiques, du Connecticut (1635), de Rhode-Island (1636). Sous Cromwell, les Anglais enlevèrent aux Espagnols la Jamaïque, et on peu plus tard, aux Hollandais, la Nouvelle Belgique dont ils firent trois provinces : New-York, New- Jersey et Ddaware (1667).

Charles II encouragea par politique le' mouvement d’émigration que son père avait provoqué par ses violences. Il donna la Caroline, qui fut partagée plus tard en deux provinces, à huit lords anglais et fit une pareille donation à William Penn, qui appela Pensylvanie le pays où il s’établit (1682). Par le traité d’Utrecht, l’Angleterre acquit l’Acadie ou Nouvelle Ecosse, Terre-Neuve et la baie d’Hudson (1713). La Géorgie ne fut occupée qu’en 1733.

Toutes ces colonies, fondées aux frais des particuliers, et n’étant pas tenues comme les nôtres à la lisière par le gouvernement métropolitain, se développèrent rapidement. Les colons anglais qui n’étaient que 4 000 en 1630, formaient, en 1660, une population de 200000 âmes. Le Canada, colonisé beaucoup plus tôt , n’avait atteint à la même époque que le chiffre de 11 à 12 000 âmes. C’est qu’au berceau des colonies anglaises s’est trouvée la liberté religieuse, civile et commerciale , tandis que le monopole et la plus étroite dépendance arrêtèrent tout au Canada. Elles s’ouvraient à tous venants, et il n’y avait pas de parti vaincu dans les révolutions de la métropole qui ne trouvât en Amérique un asile tout préparé à le recevoir : la Nouvelle Angleterre, dont le code s’appelait the

bodies of liberties pour les Têtes Rondes et les républicains ; la Virginie pour les Cavaliers , le Maryland pour les catholiques.

R y avait trois sortes de gouvernements, les gouvernements à charte, les gouvernements royaux, les gouvernements de propriétaires. Dans les premiers (Massachusetts, Connecticut et Rhode-Island) , les colons exerçaient par leurs agents ou leurs représentants les pouvoirs législatif, exécutifet judiciaire. Dans les seconds (Virginie, New-York, les Carohnes, la Géorgie, le New-Hampshire et New-Jersey), le gouverneur et tous les fonctionnaires étaient nommés par le roi, mais les assemblées législatives étaient électives. Dans les troisièmes (Maryland, Delaware, Pensylvanie), les propriétaires avaient le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif. Là aussi , cependant, existaient des assemblées législatives, nommées partie par les propriétaires, partie par le peuple ; de sorte que, développé ou restreint , le système représentatif existait partout dans les colonies anglaises, tandis que les Français du Canada n’avaient pu même obtenir de nommer à Québec un syndic ou maire, « n’étant pas bon, écrivait Colbert, que personne parle pour tous. » L’imprimerie, qui ne fut introduite dans notre colonie qu’en 1764 après que nous l’eûmes perdue, existait en 1638 dans le Massachusetts ; unç loi de cette province exigeait, sous peine d’amende , qu’il y eût une école primaire par chaque réunion de 50 feux et une école de grammaire dans chaque bourg de 100. Un collège pour les hautes études fut fondé en 1638 < afin, disaient-ils, que les lumières de nos pères ne soient pas ensevelies avec eux dans leurs tombeaux*. »

Les colonies avaient eu d’abord pleine liberté commerciale. Cromwell la leur retira, mais elles ne se conformèrent jamais que très-imparfaitement à ces lois restrictives, surtout la plus

t . Les autres provinces suivirent l’exemple du Massacliusetls . excepté lu Virginie dont le gouverneur disait aux ministres de Charles II : a Dieu merci, il n’f a dans la colonie, ni écoles libres , ni imprimerie, et j'espère bien que nous n’en aurons d'ici à trois siècles, car les connaissances ont légué au inonde la rébellion, l’hérésie avec toutes les sectes, et l’imprimerie les a répandues l »

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