CHAPITRE XX Vn
florissante de toutes, le Massachusetts qui répondait aux ministres de Charles U : c Le roi peut étendre nos libertés , mais n’a pas pouvoir de les restreindre. » Les Stuarts faisaient à ce moment les plus sérieux efforts pour relever en Angleterre le pouvoir absolu ; ils l’établirent aux colonies. Le ' Massachusetts perdit sa charte; la révolution de 1688 la lui rendit.
En 1739, on avait insinué k Walpole l’idée de taxer les colonies : c J’ai déjà contre moi toute la vieille Angleterre, avait-il répondu, voulez-vous que je fasse encore de la jeune mon ennemie? » Mais la guerre de Sept ans, si favorable politiquement à l’Angleterre, avait porté sa dette à deux milliards et demi qui exigeaient un intérêt annuel de 88 millions de francs. Après la guerre de Sept ans, sous le ministère de lord Granville, beau-frère du premier Pitt, le parlement établit pour les colonies d’Amérique l’impôt du timbre ^ qui les forçait k employer dans les actes un papier timbré k Londres et vendu fort cher (1 765); l’opposition que souleva cet impôt obligea le ministère de le révoquer l’année suivante. On le remplaça par un impôt sur le verre, sur le papier, sur le thé (1767).
Les colons , alléguant le grand principe de la constitution anglaise que nul citoyen n’est tenu de se soumettre aux impôts qui n’ont pas été votés par ses représentants , refusèrent de payer ces droits, et quatre-vingt-seize villes formèrent la convention de Boston , dont les membres s’engagèrent à n’acheter aucune marchandise anglaise tant qu’il ne serait pas fait droit k leurs plaintes. Dans la seule année 1769, les exportations anglaises pour l’Amérique diminuèrent de plus de 15 millions. Lord North, ministre d’Angleterre, voyant le commerce baisser, proposa la révocation des nouvelles taxes, excepté de l’impôt sur le thé. Cette demi-concession ne satisfit personne : les habitants de Boston jetèrent k la mer trois cargaisons de tfié venues de Londres, et le ministre frappa la ville d’interdit (1774). Un Congrès général des colonies s’ouvrit alors k Philadelphie; on adressa une requête au roi qui fut inutile ; et, comme l’avait prévu William Pitt, qui voulait k la fois la liberté américaine et l'intégrité de l’empire britannique, la guerre éclata.
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Sur le continent américain, la guerre se fit sur trois points : dans le nord-est aux environs des importantes places de Boston, de New-York et de Philadelphie; dans le nord-ouest, vers le Canada , que les Américains essayèrent d’attirer dans leur mouvement, et d’où les Anglais partirent pour prendre à revers les colonies, qu’ils menaçaient de front du côté de l’Atlantique; enfin dans le sud, autour de 'Charles-Town , dans la Caroline méridionale, où les Anglais, avec leur flotte, avaient toute facilité de porter la guerre, ce qui -obligeait les Américains à diviser leurs forces et à faire parcourir à leurs troupes d’énormes distances. Quand la France prit part à la lutte, elle s’étendit à toutes les mers.
L’ouverture des hostilités fut marquée par un succès qui éleva le cœur des insurgents : les milices américaines battirent, à Lexington, un détachement anglais (1775), et 30 000 hommes assiégèrent le général Gage dans Boston. C’était une multitude, ce n’était point une armée. Pour l’organiser, le Congrès nomma généralissime un riche planteur de la Virginie, qui s’était distingué dans la guerre de Sept ans, contre les Français du Canada, George Washington. Pendant qu’il y mettait de la discipline et qu'il en soutenait l’ardeur, les colons de l’ouest envahissaient le Canada et prenaient Montréal ; mais leur chef, Montgomery, fut tué au siège de Québec. Carleton les repoussa de cette ville et les chassa de la province. La prise de Boston, par Washington (17 mars 1776), n’était pas une compensation suffisante.
Cependant le Congrès de Philadelphie ne craignit point de rompre irrévocablement avec l’Angleterre en proclamant l’indépendance des treize colonies, qui se réunirent en ime confédération, où chaque État conserva toutefois sa liberté religieuse et politique (4 juillet 1776)*. Dans cette déclaration se remarquaient les principes suivants, qui semblaient sortir du sein de la philosophie française : « Tous les hommes ont été créés égaux; ils ont été doués, par le Créateur, de certains droits inahcnables ; pour s’assurer la jouissance de ces