‹ Histoire des temps modernesChapitre 260 sur 311 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

droits, les hommes ont établi parmi eux des gouvernements dont la juste autorité émane du consentement des gouvernés ; toutes les fois qu'une forme de gouvernement quelconque devient destructive des fins pour lesquelles elle a été établie , le peuple a le droit de la changer et de l’abolir. »

Le ministère anglais avait acheté aux princes allemands 17 000 mercenaires. Les volontaires américains, sans magasins, sans ressources, ne purent d’abord tenir tête aux vieux régiments, bien munis et bien payés, qu’on dirigeait contre eux. Howe prit New-York, Rhode-Island , et fit essuyer à Washington, près de la rivière Brandywine, un échec qui découvrit Philadelphie. Le découragement se mit dans l’armée de Washington ; on vit les rares partisans que conservait l’Angleterre, les royalistes, s’agiter, et quelques États chanceler dans leur fidélité nouvelle pour l’Amérique. Le Congrès abandonna même Philadelphie, où Howe entra le 11 septembre, et se retira à Baltimore, dans le Maryland. Mais le général américain savait conserver, au milieu des plus rudes épreuves, l’audace tempérée qu’exigeait une pareille guerre. Dès le 30 octobre, il reprit l’offensive à German-Town, et s’il ne fut pas vainqueur, il n’éprouva pas non plus de défaite. Cette constance sauva son pays; car en retenant ainsi Howe autour de la baie de la Chesapeak, il l’empêcha de tendre la main à Burgoyne, qui descendait avec une belle armée du Canada. Les milices de l’ouest auxquelles Washington avait joint quelques-unes de ses meilleures troupes, arrêtèrent Burgoyne à Saratoga, le 19 septembre, l’enveloppèrent, et l’obligèrent, le 17 octobre, à mettre bas les armes.

La France avait accueilli avec enthousiasme une révolution où elle se reconnaissait. Elle recevait dans ses ports les corsaires américains , et la Hollande leur vendait des munitions. Pour déterminer la France à changer cette assistance indirecte en alliance, les États-Unis lui envoyèrent tme députation à la tête de laquelle était l’illustre Franklin, et qui, pendant son séjour à Paris, fut l’objet d’une ovation perpétuelle. La jeune noblesse, exaltée par les idées philosophiques et tout ardente du désir d’effacer la honte de la guerre de Sept ans ,

Diqiti^cc hy CiOOglf

de combattre l’odieuse rivale, demandait à partir en foule pour l’Amérique. Le marquis de La Fayette, à peine âgé de vingt ans, quitta sa jeune femme enceinte, et fréta lui-même un vaisseau qu’il chargea d’armes. Mais le gouvernement redoutait une rupture avec l’Angleterre. Turgot avait demandé qu’on restât neutre , prévoyant bien que l’Angleterre gagnerait plus â reconnaître l’indépendance de ses colonies qu’à les tenir frémissantes sous le joug. De Vergenues, d’accord avec le cabinet de Madrid, se contenta d’envoyer d’abord des secours indirects : il avança secrètement à Beaumarchais l’argent nécessaire pour qu’il expédiât aux colons les armes et les munitions qui leur manquaient.

La défaite de Saratoga décida Louis XVI à céder aux instances de Franklin et de ses ministres. Le 6 février 1778, il signa avec les États-Unis un traité de commerce, corroboré d’une alliance offensive et défensive , si l’Angleterre déclarait la guerre à la France. L’ambassadeur anglais fut aussitôt rappelé.

Lord North, pour conjurer le péril, offrit aux colonies, par le bill conciliatoire, plus qu’ elles n’avaient demandé au début de la guerre; il était trop tard. Les Américains rejetèrent toute concession qui n’allait pas jusqu’à la reconnaissance de leur indépendance, et la guerre continua.

La France, heureusement, avait passé par les mains de Ghoiseul, qui avait relevé sa marine. Une flotte de 12 vaisseaux et de 4 frégates partit de Toulon pour l’Amérique (1778) sous le comte d’Estaing; une autre se forma à Brest pour combattre dans les mers d’Europe; enfin une armée se prépara à faire une descente en Angleterre. Le combat de la frégate la Belle-Poule, qui démâta une frégate anglaise, ouvrit glorieusement les hostilités; et le comte d’OrvilIicrs, sorti de Brest avec 32 vaisseaux, tint la fortune indécise, dans la bataille d’Ouessant, contre l’amiral Keppel (27 juillet). L’Angleterre fut effrayée de voir la France reparaître sur mer à armes égales, et traduisit son amiral devant un conseil de guerre. N’avoir pas saisi la victoire, c’était pour elle avoir été vaincu.

En Amérique, Clinton, menacé d’être enveloppé dans Phi-

Page 1