‹ Histoire des temps modernesChapitre 268 sur 311 · CHAPITRE XXVm · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVm

rine eurent partout l’avantage : à Ghoczim et k Âzof, en 1769; près d’Ismaïl, à Bender, en 1770 ; la Moldavie, la Valachie furent occupées, et une flotte russe, conduite par des officiers anglais, incendia la flotte ottomane dans la baie de Tchesmé, au sud-ouest de Smyme(1770). Toute l’EJurope applaudit à ce coup. Il fallait, disait-on, chasser les barbares de l’Europe, et on voyait avec joie les Russes se charger de l’exécution. Un seul homme, Montesquieu, jugeait l’empire des Ottomans nécessaire à l’équilibre européen. Mais l’Autriche, inquiète des progrès de Catherine II sur le bas Danube, signa un traité secret avec la Porte. Frédéric aussi s’effrayait. Il ramena, malgré elle, Catherine II aux affaires de Pologne, en laissant entrevoir Tunion menaçante de la Prusse et de l’Autriche. Son frère Henri alla à Moscou décider l’impératrice.

La spoliation ne s’accomplit pas sans lutte. Mais les défenseurs de la Pologne, Paulawski,le Français Dumouriez, que le duc de Choiseul y avait envoyé, Oginski, grand général de Lithuanie, ne purent par leur courage suppléer au nombre. Les Turcs mêmes les abandonnèrent en signant un armistice avec la Russie (1772). Une poignée d’officiers et de soldats français, sous le brave Choisy, résista héroïquement dans Cracovie, et y soutint un long siège. Le roi Stanislas-Auguste, comme s’il ne se fût agi ni de lui ni de son pays, laissait faire, et restait à Varsovie au milieu des Russes. Pour en finir, les trois cours déclarèrent que ceux qui prendraient les armes en Pologne seraient traités comme brigands et incendiaires ; et, le 5 août, fut conclu, entre elles, à Pétersbourg, . le traité de partage que le 26 septembre, leurs ambassadeurs notifièrent au roi et à la république de Pologne. L’impératrice-reine Marie-Thérèse, l’impératrice de toutes les Russies Catherine II et le roi de Prusse Frédéric H, voulant,

' disaient-ils, arrêter l’effusion du sang en Pologne et y rétablir la tranquillité, ont résolu de faire valoir leurs droits sur plusieurs provinces polonaises. En conséquence, les trois puissances demandaient la convocation de la diète afin de régler avec elle les nouvelles limites de la république. La diète fut tenue, en effet, à Varsovie, le 19 avril 1773, et le

DESTRUCTION DE LA POLOGNE

traité y fut accepté : la Russie obtint tout le pays situé à l’est de la Dwina, c’est-à-dire la Livonie polonaise, tout le palatinat de Mycislam, les extrémités de celui de Minsk et une partie de ceux de Witepsk et de Polotsk; l’Autriche se réserva la Gallicie et la Lodomérie, avec les riches salines de Wielicza et de Sambar; la Prusse acquit la Pologne prussienne, sauf Dantzig et Thorn, avec la Grande Pologne jusau’à la Netz, ce qui réunissait la province de Prusse à ses Etats allemands, et mettait dans sa dépendance la plus grande partie du commerce de la Pologne. Ces provinces avaient été occupées même avant la fin de l’année 1772. Les trois paissances garantirent d’ailleurs solennellement à la Pologne le reste de ses possessions.

La même année 1773, où s’accomplissait cette grande iniquité, un aventurier nommé Pugatscheff, d’abord soldat, puis déserteur, enfin bandit, se fit passer chez les Cosaques, ses compatriotes, pour Pierre III, échappé à ses assassins. Il rassembla une armée nombreuse, fit de rapides progrès, grâce à une guerre contre les Turcs qui avait dégarni de troupes le sud-est de la Russie, jeta la terreur dans Moscou, qu’il aurait dû attaquer, au lieu de perdre son temps au siège d’Orenbourg, et, repoussé par le prince Galitzin, alla prendre et saccager Kasan. Mais il s’était aliéné l’esprit des populations en ravageant tout sur son passage; aussi son parti diminua-t-il peu à peu ; il fut enfin livré, par un de ses complices, moyennant 100 000 roubles, amené à Moscou dans une cage de fer et décapité, avec cinq de ses partisans, en 1775.

Traités de HjilnardJt (€994) et de (€999).

Les hostilités, momentanément interrompues avec la Turquie en 1772, avaient recommencé en 1773. La guerre, d’abord favoraWe aux Turcs qui firent deux fois lever le siège de Silistrie, tourna encore à l’avantage de laRussie. Le général Romanzoff battit le grand vizir près Kainardji, en Bulgarie, à 70 kilomètres dans le sud de Silistrie, et obtint, le 10 juillet 1774, le traité du même nom, par lequel la Tur-

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