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CHAPITRE XXVm

quie reconnut l’indépendance des Tartares de la Grimée et du Kouban, qui ne tardèrent pas à subir l’influence moscovite, accorda aux Russes la libre navigation de la mer Noire, et leur céda Kinbum, à l’embouchure du Dniéper, lénikalé, Kertch, Azof, Taganrog, avec la langue de terre comprise entre le Dniéper et le Bog, plus, une indemnité de guerre de 35 millions; une amnistie fut imposée pour les Grecs qui s’étaient soulevés en faveur des Russes, et un droit de protectorat accordé aux czars sur la Moldo-Valachie. Il ne fut rien stipulé pour la Pologne, cause occasionnelle de la guerre. Ce silence même était une ratification de l’iniquité de 1772.

L’année suivante (1775), Catherine mit fin, en la subjuguant, à la redoutable république des Cosaques Zaporogues qui formaient dans l’empire un État à part, vivaient de brigandages et arrêtaient l’affermissement de la domination russe au nord de l’Euxin.

Le partage de la Pologne n’avait fait que mettre en goût les cours spoliatrices. En 1777, l’Autriche voulut prendre la Bavière. Cette fois, la Russie s’y opposa; et par le traité de Teschen (1779), dont elle fut, avec la France, médiatrice, par le droit qu’elle obtint d’en garantir la stipulation, elle s’ouvrit l’Allemagne; deux ans plus tard, afin d'y mieux nouer ses intrigues, elle établit des ministres résidant auprès des petites cours allemandes. Mais ce qu’elle interdisait à l’Autriche, elle se le promettait sur une plus vaste échelle. Les Turcs étaient en décadence, pourquoi n’auraient-ils pas le sort des Polonais. Dès l’année 1777, Catherine, au mépris du traité de Kaïnardji, fit entrer des troupes en Grimée, dont le khan lui vendit sa souveraineté moyennant une pension qu’on ne lui paya pas. En 1783, elle en prit possession, et Potemkin y commença, en 1786, Sébastopol; elle s’empara aussi du pays du Kouban, et fit accepter son protectorat au roi de Géorgie, Héraclius. La domination russe franchissait le Caucase. La czarine portait ses vues plus loin encore. Elle donna au second de ses petits-fils le nom de Constantin ; elle fit frapper une- médaille avec son buste, et au revers Constantinople et les sept tours écrasées par la foudre, et annonça fastueusement ses projets par im voyage triomphal en Tau-

DESTRUCTION DE LA POLOGNE

ride (1787), durant lequel elle s’entendit avec Joseph II pour le partage de l’empire turc. A Kherson, un arc de triomphe portait une inscription grecque, que le ministre d’Angleterre traduisit un peu librement par ces mots : « Chemin de Byzance. » Le traducteur avait tort, mais l’ambassadeur avait raison. Catherine eut en effet, vers ce temps-là, avec le comte de Ségur, la conversation que son petit-fils Nicolas reprit en 1853, avec sir Hamilton Seymour : « Rien ne serait plus facile, disait-elle, que de rejeter les Turcs en Asie. La France aurait pour son lot Candie ou l’Égypte. »

Le Divan répondit à ces provocations par une déclaration de guerre (1787). Attaqués à la fois par les Russes et les Autrichiens, les Turcs ne furent secourus que par le roi de Suède, Gustave III, qui, après une pointe hardie en Finlande, trahi par |sa noblesse, menacé par le Danemark, signa la paix de Varéla (1790). Cependant les Turcs tinrent d’abord bravement tête aux assaillants : les Autrichiens furent rejetés derrière la Save, Joseph II battu à Témeswar et les Russes vaincus dans une bataille navale en vue de Sébastopol (1788). Mais Choczim et Otchakof furent pris; l’année suivante les Russes étaient vainqueurs à Fockschany, les Autrichiens prenaient Belgrade, Potemkin s’emparait de Bender, et Souwarow entrait dans Ismaïl après un affreux carnage . Heureusement la défiance de la Prusse s’éveilla; elle conclut une alliance avec la Porte. La Hollande, l’Angleterre s’unirent à elle, et aux conférences de Reichenbach obligèrent Léopold, successeur de Joseph H, mort en 1790, à accorder au Divan la paix de Sistowa, qui ne coûtait à la Turquie que Orzowa et un districT'35' la Croatie sur la rive gauche de la haute Unna (1791). En même temps 80000 Prussiens se réunissaient en vue des frontières russes. Catherine H, inquiète de ces dispositions hostiles, accepta les préliminaires de Galatz (179 j). Le traité deJassy donna le Dniester pour frontière aux deux empires. La Russie gardait, avec la forteresse d’Otchakof, la Grimée et le Kouban (1792). Elle avait dépensé, dit-on, à ces conquêtes, 150 000 hommes : mais c’était une mise de fonds que la czarine ne regrettait pas.

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