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CHAPITRE XXVIII

Second et troloième partage de la Pologne (1V9S).

Ce fut la Pologne qui paya pour la Turquie. Le premier démembrement avait ouvert les yeux, et tout le monde dans le royaume comprenait que le seul moyen de sauver le pays était de changer sa constitution anarchique. Le successeur ^ Frédéric II encourageait les réformateurs par crainte de la Russie, et promettait son alliance si l’on portait l’artnée à 60 000 hommes bien organisés. La diète décréta que le liberum veto et la loi d’unanimité seraient abolis ; le pouvoir législatif partagé entre le roi, le sénat et les nonces; le peuvoir exécutif confié à un roi héréditaire. Le plus vif enthousiasme éclata dans la nation (1791). Mais on perdit du temps à décréter ces réformes ; quand on voulut les exécuter, les dispositions de la Prusse étaient encore changées. Elle était rentrée dans l’alliance de l’Autriche, à cause des affaires de France, et comptant aller avec elle étouffer la révolution dans Paris, elle ne pouvait plus en favoriser ime autre à Varsovie. La Pologne, abandonnée à elle-même, envoya vainement 8000 soldats, commandés par Kosciusko, lutter contre 20 000 Russes ; elle fut de nouveau démembrée, sous prétexte que les patriotes polonais étaient des jacobins. Par deux traités signés le 13 juillet et le 25 septembre 1793, la Russie prit la moitié de la Lithuanie, la Podolie, le reste des palatinats de Polotsk, de Minsk, une portion de celui de Wilna et la moitié de ceux de Novogrodek, de Brzesc et de Volhynie. La Prusse obtint la meilleure partie de la Grande Pologne, avec Thorn et Dantzig, qu’elle convoitait depuis longtemps, plus Czenstokow dans lal^tite Pologne. Urestaitun lambeau de la Pologne : comme en 1773, une clause dérisoire garantit à la république l’intégrité des possessions qui lui étaient laissées.

Cette scandaleuse iniquité amena un soulèvement. A la tête de 4000 Polonais mal armés, et comptant sur l’appui de l’Autriche qui n’avait pas pris part au second démembrement, Kosciusko marcha à l’ennemi et battit 1 2 000 Russes à Raslawice. Varsovie chassa sa garnison, et l’insurrection se pro-

DESTRUCTION DE LA POLOGNE

pa^a rapidement (1794). Mais elle manquait de moyens matériels ; elle était troublée par des divisions intérieures. L’accession de l’Autriche k la coalition de la Prusse et de la Russie fut pour les Polonais im coup mortel. Kosciusko, vaincu k Maciejowice le 10 octobre, par Souwarow, tomba percé de coups en s’écriant : Finis Poloniæ! Il fut pris avec son ami le poète Niemcewicz et emmené en Russie où il fat retenu captif jusqu’k la mort de Catherine. Souwarow marcha aussitôt sur Varsovie, s’en empara après l’assaut de Praga, qui rappela celui d’Ismaïl. Poniatowski abdiqua pour une pension de 200000 ducats, qu’il ne toucha pas longtemps, étant mort k Saint-Pétersbourg le 11 février 1797, et le partage définitif du pays fut conclu entre les trois puissances. L'Autriche eut la plus grande partie du palatinat deCracovie, ceux de Sandomir et de Lublin, et s’étendit jusqu’au cours supérieur du Bog ; la Prusse obtint les districts entre le Niémen jusqu’k Grodno et le Bog avec Bialistok et Piotsk. La Russie garda le reste (1795). Ainsi fut consommée cette honteuse violation du droit des nations qui retrancha de l’Europe la patrie de Sobieski : chose doublement fatale, et par ce qu’elle fit et par ce qu’elle autorisa k faire. Si dans les traités qui suivirent les grandes guerres de la coalition, les peuples furent partagés comme des troupeaux, les pays comme des fermes, k la convenance des vainqueurs du jour, ce fut l’application des exemples donnés par les auteurs de cette grande spoliation.

Catherine la Grande, ou, comme on Ta aussi appelée, la Messaline du Nord, mourut l’année suivante (9 nov. 1796) d’une attaque d’apoplexie foudroyante. Ce fut, en bien comme en mal, une femme remarquable. Elle faisait exécuter par Pallas, Falks et Billings des voyages de découvertes ou d’explorations scientifiques, et elle flattait la civilisation occidentale dans ses principaux représentants, entretenait une correspondance avec Voltaire, avec les encyclopédistes, invitait d'Alembert et Diderot k résider près d’elle, traduisait ellemême le Bélisaire de Marmontel. Elle réunissait solennellement les députés de toutes ses provinces pour leur faire écrire une constitution de l’empire qui ne s'écrivit pas. Elle laissait

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