CHAPITRE XXVm
agiter la question de l’abolition du servage au sujet duquel Montesquieu venait de dire : « Celui qui a des esclaves s’accoutume insensiblement à manquer à toutes les vertus morales et devient fier, prompt, dur, colère, voluptueux et cruel.» Mais pas un serf n’était affranchi. Elle appelait les étrangers en Russie, mais laissait bien peu de Russes visiter les pays étrangers. Enfin, le gouverneur de Moscou se plaignant que les écoles restassent vides, elle lui répondait : « Mon cher prince, ne vous plaignez pas de ce que les Russes n’ont pas le désir de s’instruire; si j’institue des écoles, ce n’est pas pour nous, c’est pour l’Europe où il faut maintenir notre rang dans l’opinion. Mais du jour où nos paysans voudraient s’éclairer, ni vous ni moi nous ne resterions à nos places. » La Suède était menacée du même sort que la Pologne, parce qu’elle était divisée aussi par les factions, le parti français ou des chapeaux, et le parti russe ou des bonnets, et qu’à Stockholm comme à Varsovie, la royauté était sans force. En 1741 les chapeaux firent déclarer la guerre à la Russie pour déchirer le traité de Nystadt; cette guerre tourna mal, et, sans l’assistance de l'Angleterre qui interposa sa médiation, la Suède eût perdu la Finlande ; eUe n’en céda, par le traité d’Aho (1743), que quelques districts. De ce jour l’influence de la Russie devint prépondérante en Suède, et l’argent, les promesses de l’étranger entretinrent les factions qui empêchaient la réorganisation de ce pays. Le roi Adolphe- Frédéric (1751-1771) songea bien à faire la révolution que son fils Gustave III accomplit; mais il recula devant les menaces de ses deux puissants voisins. On se souvient du traité de 1764 qui servit de point de départ au démembrement de la Pologne ; une convention semblable, qui n’a été connue qu’en 1847, fut conclue entre la Prusse et la Russie pour le maintien de la constitution, c’est-à-dire de l’anarchie de la Suède. La décision de Gustave III en prévint les effets. Son coup d’Êtat du 19 août 1772, complété par l’acte constitutionnel de 1 789, réussit. L’aristocratie qui livrait le pays à l’étranger dut restituer au roi ses prérogatives nécessaires, et •la guerre que Gustave III déclara aux Russes en 1788, et dans • laquelle il détruisit leur flotte, à la bataille navale de Swenska-
DESTRUCTION DE LA POLOGNE. 517
Sund (1790), eût peut-être dédommagé la Suède de quelques-unes de ses pertes, si le roi n'avait été trahi par ses officiers nobles, qui deux ans après l’assassinèrent (16 mars 1792). Un roi fou, Gustave IV, un prince faible, Charles XIII, et l’élection comme héritier présomptif du maréchal Bemadotte, qui oublia la France pour se jeter dans les bras de la Russie, firent retomber la Suède, à l’égard des czars, dans une sorte de vassalité d’où la guerre de Grimée vient seulement de la faire sortir.