CHAPITRE XXIX
du roi de Prusse), où il traite de la physique, de la métaphysique et de la logique. Clairaut (1714-1765), géomètre et astronome, présenta, à 12 ans, d’intéressants mémoires à l’Académie des sciences, et fut reçu, à 18 ans, dans cette compagnie. Il alla en Laponie (1736) pour mesurer, près du pôle, un degré du méri^en que Bouguer et la Gondamine mesurèrent sous l’équateur*. Quelque temps après, Lacaille s’établissait au cap de Bonne-Espérance, afin de dbresser la carte du ciel austral. Il a déjà été parlé de d’Alembert (1717- 1783), qui se fit aussi connaître dès l’âge de 22 ans par de savants mémoires. H fut à la fois grand géomètre et habile écrivain ; et à cette double gloire il en ajouta une autre, celle de résister aux offres les plus sédmsantes des monarques pour rester à la tête de l’Académie des sciences. {Traités de dynamique; Traité des fluides; Réflexions sur les vents; Recherches sur différents points du système du monde; Discours préliminaire de V Encyclopédie, etc.) Bailly (1736-1793) est plus célèbre par son rôle dans la Révolution que par son Histoire de l’astronomie, qui lui fit pourtant beaucoup d’honneur. Monge (1746-1818) créa la géométrie descriptive. L’Anglais Bradley (1692-1762)découvritraberration de la lumière et la nutation de l’axe terrestre. William Herschell (1738-1822), simple organiste, devenu à force de volonté grand astronome, fabriqua, en les perfectionnant, les instruments qu’il ne pouvait acheter; il découvrit Uranus, deux satellites de Saturne et le mouvement de notre système solaire vers la constellation d’Hercule; il créa presque en entier l’astronomie stellaire par une étude attentive des nébuleuses.
Ramenée à l’expérience par Bacon , la physique était retombée avec Descartes dans les régions de l’hypothèse. Le dix-huitième siècle l’en fit sortir, et dès lors elle marcha vite. Deux hommes surtout ont, pendant cette époque, contribué au progrès de cette science. Franklin et Volta, qui ont étudié, reconnu et approfondi les effets si divers de cet agent
-l. La Gondamine, qui resta dix ans dans l'Amérique du Sud, y décourrit le caoutchouc, suc laiteux de l’heré {Jtcus elastica) dont les Indiens se servaient depuis longtemps. Il a fallu un siècle pour le populariser en Europe.
mystérieux qu’on nomme l’électricité. Né à Boston en 1706, Franklin s’était formé seul, sans le secours d’aucun maître. Aimant les hommes quoiqu’il les connût à fond, il cultiva la science, non pour son plaisir ou sa vanité, mais pour accroître le bien-être de ses semblables. C’est ainsi qu’ayant démontré, au péril de sa vie, que l’électricité des nuages était la même que celle des machines, et remarqué la propriété des pointes, il appliqua immédiatement ce principe à la conservation des édiJBces publics ou privés, et Philadelphie, sa patrie adoptive, se couvrit de paratoimerres. Il excella Surtout dans l’art difficile de vulgariser la science : son Almanach et sa Science du bonhomme Richard ont fait pour les • États-Unis ce que toutes les ordonnances imaginables n’auraient pu faire. « A quoi bon les ballons? lui demandait-on. — A quoi bon l’enfant qui vient de naître ! » répondit-il.
L’Italien Volta, de Côme, avait de bonne heure montré une sagacité extraordinaire dans la conduite des expériences. La physique lui doit une foule d’appareils ingénieux, l’électrophore, le condensateur électrique, l’électroscope. Mais sa grande découverte est celle du principe si fécond que le contact mutuel des corps est une source d’électricité. Galvani, de Bologne, avait trouvé en 1791 les singuliers phénomènes d’électricité auxquels on a donné son nom. Volta inventa, trois ans après, la pile, qui, perfectionnée, a opéré dans la chimie, dans le commerce et dans l’industrie une profonde révolution. Comblé de richesses et d’honneurs par Napoléon, ce grand physicien n’est mort qu’en 1826, à l’%e de 81 ans.
Nous citerons encore Réaumur (1683-1757) qui construisit le thermomètre auquel il a donné son nom, et qui est plus célèbre peut-être comme naturaliste {Mémoires pour servir à V histoire des insectes, etc.,) que comme physicien; Coulomb (1736-1806), l’inventeur de la balance de torsion qui porte aussi son nom, et par laquelle il découvrit les lois des attractions et des répulsions électriques et magnétiques ; le marquis . de Jouffroy, qui fit remonter la Saône en 1783 au premier bateau à vapeur, découverte restée malheureusement alors inutile ; Montgolfier, qui faisait la même année la première ascension en aérostat. En Angleterre, Stales (1677-1761) in-
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venta les ventilateurs; Watt (1736-1819) trouva le condensateur, donna une précision mathématique aux mouvements de la machine à vapeur, et économisa les | du combustible (1764), de sorte qu’une invention, restée à peu près stérile, devint un des plus puissants instruments de l’industrie moderne. En Italie, Fontana (1730-1805) fit de savantes recherches sur la phy^que et sur la diimie, et représenta un des premiers, par des préparations en cire coloriée, les parties du coips humain.
Jusqu’au dix-huitième siècle, la chimie, faute d’une bonne méthode, n’avait pu faire de progrès sérieux. Un grand nombre de phénomènes avaient été observés; mais on ne savait en conclure aucune loi générale. La théorie du médecin allemand Stahl (1660-1734) sur le phlogistique ou principe particulier existant dans les corps combustibles et s’en échappant pendant la combustion, égarait les intelligences les plus sagaces. C’est Lavoisier qui fit réellement de la chimie une science. En 1775, il démontra que la combustion des corps et la calcination des métaux sont le résultat de la réunion de l’oxygène avec ces corps, et que le dégagement de chaleur qui se produit alors a pour cause le changement d’état de l’oxygène. En 1 784, il décomposa l’eau, qu’il trouva formée d’oxygène et d’hydrog^e. La théorie du phlogistique était déjà renversée, ainsi que celle d^ quatre éléments. Restait à fonder la nomenclature chimique. Ce fut l’œuvre de Guy ton de Morveau ; mais Lavoisier, Berthollet et Fourcroy s’associèrent à cette grande réforme. Us signèrent tous le fameux mémoire de 1787. « La chimie est aisée maintenant, disait Lagrange, elle s’apprend comme l’algèbre. » Berthollet (1748-1822) découvrit les propriétés d^lorantes du chlore et celles du charbon pour purifier l’eau; Fourcroy (1765- 1809) trouva plusieurs composés détonant par percussion, et perfectionna l’analyse des eaux minérales et des substances animales; l’Éc(»sais Black (1728-1797) soupçonna le premier l’existence de l'acide carbonique, qu’il appela <Ur fixe, et fit connaître la chaleur latente; Cavendish (1731-1810) analysa les propriétés du gaz hydrogène et disputa à Lavoisier l’honneur d’avoir découvert la composition de l’eau;
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Priestley (1733-1804) isola le premier l’oxygène, ce qui ouvrit la route à Lavoisier ; Scheele de Stralsund (1742-1786) découvrit le chlore et plusieurs autres principes chimiques. —
Ce que Lavoisier avait été pour la chimie, Buffon et Linné le furent, l’un pour la zoologie, l’autre pour la botanique. Tous deux naquirent en 1707, B^fFon à Montbard, en Bourgogne, Linné à Raeshult en Suède. Nommé intendant du Jardin du roi, BuflFon ne consacra pas moins de 50 années à l’étude de la nature. Les 36 volumes de l’Histoire naturelle se succédèrent sans interruption de 1749 à 1788, univereellement admirés par la majesté du style et la beauté des descriptions. On lui reproche d’avoir prodigué les hypothèses dans ses Époques de la nature. Il ne lui en reste pas moins la gloire d’avoir fondé la géologie. En posant ce grand principe que l’état actuel de notre globe rfeulte de changements dont il est possible de faire l’histoire, il a montré la voie à Cuvier et à Élie de Beaumont. Le réformateur de la botanique, Linné, fut d’abord apprenti cordonnier, et il ne put donner un libre essor k son génie qu’à l’âge de 23 ans. Il fallait d’abord trouver une méthode. Les savants ne classaient les végétaux que d’après leur volume ou leurs apparences les plus extérieures. Linné sut pénétrer les mystères intimes de la reproduction des plantes, et créa la méthode sexuelle. Sa classification, abandonnée aujourd’hui pour la méthode naturelle que de Jussieu fonda sur la subordination des caractères des plantes, n’en était pas moins im grand progrès. Il y a d’ailleurs dans son œuvre quelque chose qui ne périra point : ce sont ses descriptions si originales et si précises, c’est surtout sa nomenclature {Systema naturae^ Phiimophica botanica, etc.). Il faut rendre leur place, à côté de Buffon, k ses deux collaborateurs, Daubenton (1716-1799) pour riüstoire des animaux, et Gueneau de Montbeillard (1720-1785) pour l’histoire des oiseaux. Adanson (1727-1806) mérite aussi comme botaniste une mention particulière : il resta cinq années au Sénégal pour en étudier Thistoire naturelle.
La minéralogie fut créée par l’abbé Haüy (1743-1822), après, toutefois, les beaux travaux du Saxon Werner, et développée par Dolomieu (1750-1801) qui parcourut à pied la