CHAPITRE XXIX
plus grande partie de l’Europe, afin d’y poursuivre ses observations.
Pour la médecine et la chirui^e, nous donnerons seulement les noms de Bordeu (1722-1776), adversaire des idées de Boerhaave et qui attribuait à chaque organe une sensibilité qui lui était propre; de Parmentier (1737-1816), qui popularisa en France la culture de la pomme de terre et rendit de nombreux services à l’alimentation publique; de Dessault (1744-1805), un des fondateurs de l’anatomie chirurgicale et le maître de Bichat; de Pinel, qui montra que les fous n’étaient point des êtres dangereux qu’il fallait enchaîner, mais des malades qu’on pouvait guérir; de l’ahbé de l’Épée, qui, dans son Institution des sourds-muets, répara une des erreurs de la nature (1778); de Valentin Haüy, qui en diminuait une autre en fondant V Institut des aveugles; de plusieurs Italiens, Vallisneri, (1661-1730), qui fit de nombreuses expériences d’entomologie et d’organologie humaine, et combattit la doctrine de la génération spontanée; Spallanzani (1729-1799), célèbre par ses belles recherches sur la circulation du sang, sur la digestion et sur les animaux microscopiques; Morgagni (1682-1771), un des maîtres de la science anatomique; enfin des Anglais, Jenner qui, en 1776, découvrit la vaccine, et Gheselden (1688-1752) qui fit la première opération de la cataracte sur un aveugle-né.
Les découvertes géographiques du dix-huitième siècle n’eurent pas le même principe que celles des premiers temps de l’ère moderne. Le mobile de ces dernières avait été ou l’amour du gain ou le sentiment religieux. Les voyages du dix-huitième siècle eurent avant tout un but scientifique. Colomb avait trouvé le nouveau continent, Gama la route des Indes, Magellan fait le tour du monde ; au dix-septième siècle, les Hollandais avaient abordé à la Nouvelle-Hollande (1606), k la terre de Diémen (1642), et l’Allemand Kaempfer au Japon (1683). On ne pouvait plus que glaner après eux. Mais , s’il y avait peu d'espoir de rencontrer de nouveaux continents, encore fallait-il démontrer que , par delà certaines latitudes , notre globe est inhabitable. Tel fut le résultat des trois voyages de Dampier autour du monde (1673-1711), de ceux d’Anson
LES SCIENCES ET LES LETTRES AU XVin* SIÈCLE. 525
(1740), de Byron (1765), de Wallis et de Carteret (1766), surtout de ceux du capitaine Cook. Ce grand marin , qui ne devait sa science qu’à lui-même , avait commencé sa réputation en traçant, dès 1759, une carte du Samt-Laurent qui n’a point été surpassée. Dans son premier voyage autour du monde , il visita Taïti , fit le tour de la Nouvelle-Zélande , et longea les côtes de l’Australie (1768-1771). Moins heureux que le Français Bougainville, son rival de gloire, qui venait de découvrir les îles de la Société , l’archipel Dangereux et l’île de Bougainville (1766-1767), Cook fut, comme Magellan, assassiné par les naturels de l’Océanie (1779). Sa mort a rendu célèbre la baie de Karakakoua, dans les îles Sandwich. Sur les traces de Cook et de Bougainville, la Pérouse (1 785) et d’Entrecasteaux (1791) parcoururent en tous sens le dangereux labyrinthe d’îles et d’archipels qui forme aujourd’hui la cinquième partie du monde. Ils ont rendu le Orand Océan presque aussi accessible que nos mers européennes. Mais ces voyages ont encore moins servi la géographie que la physique générale du globe, l’astronomie et l’histoire naturelle. H serait impossible de dire tout ce qu’ils ont apporté à la science d’observations curieuses, de faits intéressants et d’indications utiles. La Pérouse y périt. On a retrouvé en 1827 les derniers restes de son naufrage près des îles Vanikoro. Bass et Flinders firent, en 1798, le tour de la Tasmanie; Behring avait découvert, en 1728, le détroit qui porte son nom, et le Français Kerguelen parcourut, en 1771, les mers australes.