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CHAPITRE XXIX

doit rester immobile et l’admiration de ceux qui regardent la société comme obligée de travailler sans cesse à son amélioration matérielle et morale.

Le président de Montesquieu (1689-1755), esprit plus calme, plus grave, quoiqu’il eût écrit les Lettres persanes y moquerie profonde et redoutable tout en paraissant légère (1721), passa vingt années à composer un seul livre, V Esprit des lois, mais c’était im monument immortel qu’il élevait. < Le genre humain avait perdu ses titres, dit Voltaire, M. de Montesquieu vient de les retrouver. » Montesquieu cherche et donne la raison des lois civiles et des lois politiques; il expose la nature des gouvernements; et s’il n’en condamne aucun, si les changements l’inquiètent, ses préférences sont bien claires pourtant, c’est la liberté anglaise qu’il offre à l’admiration de la France. Quand il visita la Grande-Bretagne, en 1729, il écrivit : « A Londres, liberté et égalité. » Il se trompait de moitié pour l’Angleterre ; mais soixante ans avant 1789, il donnait la devise de la Révolution.

Rousseau, fils d’un horloger de Genève (1712-1778), ne commença d’écrire qu’au milieu d’une vie déjà longue, toute remplie de fautes, de misères et de contradic^ns. A trentehuit ans, il composa son premier Discours contre les sciences et les arts. C’était ime déclaration de guerre à la civilisation ; son second livre sur l’Origine de l’inégalité parmi les hommes en fut une autre à l’ordre social tout entier. Dans V Émile, il traça un plan chimérique d’éducation; dans le Contrat social, il proclama le principe de la souveraineté nationale et du suffrage universel, plaçant à côté de grandes vérités de grandes erreurs , mais exprimant toujours les imes et les autres avec une singulière éloquence.

Le dix-huitième siècle, à la fois si vieux et si jeune, avait bien des sentiments de convention ; il ne connaissait du cœur humain que les relations de plaisir, de la nature que les décorations d’opéra ou de boudoir et les ifs de Versailles. Rousseau donna à cette société frivole une secousse vigoureuse qui la ramena aux sentiments naturels : dans sa Nouvelle Héloïse, il lui ouvrit les yeux sur la nature réelle et les passions véritables; il créa la poésie dont le dix-neuvième siècle a vécu.

A ne considérer que le point de vue politique, on peut dire que l’influence de ces trois hommes allait se retrouver aux trois grandes époques de la Révolution : celle de Voltaire dans l’élan universel de 1789, celle de Montesquieu dans les efforts des constitutionnels de l’Assemblée nationale, celle de Rousseau dans la pensée , sinon dans les actes , des rêveurs farouches de la Convention.

Près de ces grands écrivains, dans une région moins agitée, mais quel^efois plus haute, se tenait Buffon, sereine et majestueuse intelligence, comme la nature même dont il se fit le peintre inimitable.

Derrière les chefs étaient les soldats : Diderot, écrivain fougueux et inégal ; d’Alembert, grand géomètre, essayaient d'organiser l’armée des philosophes. Ils fondaient V Encyclopédie, dont le premier volume parut en 1751, immense revue de toutes les connaissances humaines, qui y étaient toutes exposées d’une manière nouvelle, souvent menaçante pour l’ordre social, toujours hostile pour la religion. De redoutables déclamateurs allaient plus loin encore : Helvétius, dans son livre de l'Esprit, le baron d’Holbach, dans son Système de la nature, Lamétrie, dant son Homme-Machine, l’abbé Raynal, dans son Histoire philosophique des deux In^s.

Mais il faut une place à part pour le chancelier d’Aguesseau, dont les belles ordonnances de réformation composent le code Louis XV; pour le moraliste Vauvenaipies, qui a écrit cette ligne : « Les grandes pensées viennent du cœur; » pour l’abbé de Gondillac , puissant analyste ; pour son frère , l'abbé de Mably, publiciste hardi ; enfin pour le marquis de Condorcet qui, condamné plus tard avec les girondins, composa , en attendant la mort, une Esquisse des progrès de l'esprit humain.

Les philosophes s’attaquaient à tout; les économistes ne prétendaient toucher qu’aux intérêts matériels. Au dix-septième siècle, on croyait qu’une nation était d’autant plus riche qu’elle achetait moins et vendait davantage. Quesnay montra que les métaux précieux sont le signe de la richesse , non la richesse même , et il mit celle-ci dans l’agriculture. Goumay réclama pour l’industrie. La théorie de l’Écossais Adam

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