CHAPITRE XXIX
Smith, qui vécut longtemps eu France, fut plus générale ; pour lui, la richesse était dans le travail, et le travail avait trois modes d’application : ragriculture, l’industrie et le commerce; ses élèves en reconnurent un quatrième : le travail intellectuel, je veux dire les arts, les lettres et les sciences.
Ainsi la pensée de l’homme, longtemps eivfermée dans les spéculations purement métaphysiques, ou bornée au culte désintéressé des Muses, prétendait aborder maintenant les plus difficiles problèmes qui intéressent la société humaine. Et tous, philosophes comme économistes, cherchaient la solution du côté de la liberté. De l’école de Quesnay était sorti l’axiome célèbre : « Laissez faire , laissez passer, > qui fut un moment appliqué, quand les édits de 1754 et de 1764 reconnurent la liberté du commerce des grains, que Tui^ot va de nouveau proclamer. Le marquis d’Argenson avait dit la même chose sous une autre forme : c Pas trop gouverner. »
Il y a deux parts h faire dans la littérature du dix-huitième siècle : l’une sérieuse, l’autre frivole. Les arts n’ont que celleci. La recherche exclusive de la grâce fait oublier la beauté des lignes et des types. On produit de charq^ants ouvrages , on décore avec esprit et une coquette élégance les hôtels des riches; on ne fait ni une grande statue ni im grand tableau. Et comme on déserte Versailles pour vivre dans les boudoirs, les architectes réduisent leurs plans aux proportions modestes d’une société qui ne sait plus avoir le grand air de l’âge précédent.
Ange Gabriel, mort en 1772, éleva les deux charmantes colonnades de la place de la Concorde, en s’inspirant de la colonnade du Louvre ; l’École militaire, jolie construction que l’immensité du champ de Mars écrase ; la salle d’opéra de Versailles et le château de Gompiègne ; Robert de Cotte (17 35), la colonnade de Trianon; Soufflet (1781), le Panthéon; Servandoni (1766), le portail de Saint-Sulpice, trop vanté et n’ayant pas la simple grandeur de celui du Panthéon; Antoine, le lourd édifice appelé l’hôtel des Monnaies. Les sculpteurs ont moins laissé encore; ce sont : G. Coustou (1745); Pigalle (1785, la statue de Voltaire à l’Institut, et le toi^eau du
LES SCIENCES ET lÆS LETTRES AU XVHl* SIÈCLE. 531
maréchal de Saxe, à Strasbourg); Bouchardon (1762, plusieurs statues à Saint-Sulpice et la lourde fontaine de la rue de Grenelle). Les peintres ont plus de valeur, surtout Watteau (1721), bien qu’il ne représente qu’un art conventionnel avec ses bergères d’opéra; Carie Vanloo (1780), dont on vante VÈnéè portant Anchise; et J. Vernet (1789) pour ses marines. Mais Boucher (1770), que ses contemporains ne craignaient pas d’appeler le Raphaël français, est justement oublié, ainsi que ses figures « nourries de roses. » Greuze (1726-1805) mérite ime place à part pour la simple et gracieuse naïveté de sa peinture. Quelques-uns de ses tableaux seront dans tous les temps des chefs-d’œuvre : V Accordée de village, le Père paralytique, la Bonne Mère, la Petite Fille au chien. Rameau, mort en 1764, avait fait une révolution dans la musique.