‹ Histoire des temps modernesChapitre 278 sur 311 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

PRÉLIMINAIRES DE LA REVOLUTION

Désaccord entre les idées et les institutions. — Agitation des esprits et demandes de réformes. — Réformes opérées par les gouvernements. — Dernières années de Louis XV (1763-1774); décadence politique et militaire de la France. — Essai , puis abandon des réformes sous Louis XVI (1774-1793).

DéMCcord entre lea Idéea et lea Inatltatieaa.

Le spectacle qui frappe le plus au dix-huitième siècle est celui du mouvement qui emportait les esprits. Le seizième siècle avait été témoin d’tm pareil élan , mais dans la sphère étroite des idées religieuses. Ce n’était plus de dogmes qu’on se préoccupait, et nul ne songe.ait plus, comme au temps de Luther et de Calvin, aux questions de la grâce et du libre arbitre; on étudiait l’homme et la société; on cherchait leurs droits, leurs devoirs. L’esprit d’examen, involontairement inauguré par Luther et Calvin, vraiment conquis, affermi, étendu par Descartes et Voltaire, par la science et la littérature brisait ses dernières chaînes. Jamais on n’avait vu ime curiosité aussi vive de toutes choses , une audace aussi grande à s’aventurer hors des sentiers battus. Longtemps on s’était consolé d’un abus par une épigramme et d’une iniquité par une chanson. < Us chantent, donc ils payeront, » disait Mazarin. Mais déjà l’on chantait moins; l’esprit devenait plus sérieux, partant plus redoutable. En face d’une royauté qui semblait se dégrader à plaisir, d’une noblesse qui ne savait plus nous donner de généraux , d’un clergé où il se trouvait trop peu de Bossuets et de Fénelons, on interrogeait les droits, on étudiait les titres de ces puissances jadis si respectées.

L’œuvre principale de la royauté, dans la société moderne, avait été de fonder l’unité de territoire et l’unité de comman-

TENTATIVES DE RÉFORMES

dement, en renversant la féodalité qui faisait de chaque fief un État et qui donnait mille chefs à chacime des nations européennes. Cette lutte commencée en France au douzième siècle fut achevée, au dix - septième , par Richelieu et Louis XIV. Mais la féodalité vaincue laissa le sol couvert de ses débris. Partout pour les personnes et pour les choses existaient les plus choquantes inégalités, la plus étrange confusion. Donnons-nous-en le spectacle en France, nous n’aurons pour rester dans la vérité qu’à concevoir des abus encore plus grands dans l’Europe absolutiste.

Page 1