I. État politique
La constitution n’étant point écrite, tout reposait sur des usages et n’avait qu’une valeur d’opinion, variable par conséquent comme l’opinion même et qui avait sans cesse varié. La royauté était, en théorie, un pouvoir absolu; elle ne l’était point toujours en fait, car des intérêts nombreux et puissants, des traditions, des précédents qu’on érigeait en lois fondamentales, lui faisaient obstacle ; de sorte que le droit de personne n’étant nullement défini et les mœurs politiques manquant plus encore que les institutions, tous s’efiForçaient d’empiéter sur le domaine de chacun et nul ne se tenait à sa place. Les ministres mettaient au besoin la main sur la justice, comme les parlements sur la loi, pour faire violence à l’une et à l’autre. Un édit royal n’était exécutoire qu’après avoir été enregistré aux parlements, mais le conseil d’État rendait des arrêts en commandement qui se passaient de cette formalité. Le clergé et la noblesse avaient des tribunaux ; le tiers état les fonctions publiques, qu’il avait achetées espèces sonnantes; et, pour le plus grand nombre des charges, le roi était dépouillé d’une de ses plus importantes prérogatives, du droit d’appeler les plus capables et les meilleurs au service de l’État.
Il y avait six ministres : le chancelier, chef de la justice, mais qui n’avait plus guère qu’un titre quand il n’avait pas les sceaux ; le contrôleur général des finances et les quatre secrétaires d’État de la maison du roi, de la guerre, de la marine et des affaires étrangères. Ces ministères offraient le plus singulier enchevêtrement d’attributions, et ils se partageaient