‹ Histoire des temps modernesChapitre 282 sur 311 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

don de joyeux avènement levé sous Louis XV leur fut aban-> donné pour 23 millions, ils en tirèrent plus de 40. En six années, la ferme des droits sur les objets de consommation leur donna un bénéfice de 96 millions. Aussi n’y a-t-il pas à s’étonner de leur scandaleuse fortune. Un d’eux, Bouret, mangea 42 millions, plus de 70 d’aujourd’hui; et pourtant ils étaient forcés de partager avec les courtisans en leur assurant des croupes, c’est-à-dire des pensions ou des parts proportionnelles à leurs bénéfices. De grands seigneurs, de grandes dames, recevaient de ces honteux présents. Louis XV luimême tendait la main; il était ci'oupier.

Ces traitants avaient à leur disposition un code si compliqué que le contribuable ne le pouvait connaître, si rigoureux que pour le seul fait de la fraude sur le sel, il y avait constamment 1700 à 1800 personnes dans les prisons et plus de 300. aux galères. Le trésor n’était pas plus indulgent : si un receveur de la taille n’y versait point sa recette, on arrêtait les quatre principaux taillables de la localité, quoiqu’ils ne dussent rien à l’État, et on les retenait en prison jusqu’à ce qu’ils eussent comblé le déficit. C’était l’odieux système de l’administration romaine sur la responsabilité des curiales.

L’effectif réglementaire, en temps de paix, était de 170 000 honunes, dont 131 000 d’infanterie, 31 000 de cavalerie et 8000 pour la maison du roi ;.maisreffectif réel n’atteignait pas 140 000 hommes. Dans ce nombre sont comptés 12 régiments suisses, 8 allemands, 3 irlandais, 1 suédois, 21 000 canonniers gardes-côtes ne servaient guère en temps de paix, de même que les 60 000 miliciens des régiments provinciaux. Les grades étaient multipliés outre mesure, il n'y avait pas moins de 60 000 officiers en activité ou en retraite, et, d’après un règlement de 1 772, un régiment de cavalerie de 482 hommes comptait 146 officiers et sous-officiers, ce qui fait un chef pour moins de trois soldats. Les grades s’achetaient, même dans les armes spéciales, et les acquéreurs pouvaient, sans avoir fait aucun service, devenir officiers généraux. Le duc de Bouillon était colonel à 1 1 ans , le duc de Fronsac à 7 ; son major en avait 12. Malgré les réformes de Ghoiseul, il y avait encore bien des dilapidations dans l’armée, et un

'TENTATIVES DE RÉFORMES

mauvais système d’enrôlement en gâtait la composition. L’armée régulière était recrutée par des enrôlements volontaires, la milice par le sort qui désignait chaque année 10000 hommes astreints à servir six ans. Mais le tirage au sort de la milice, qui pesait principalement sur les campagnes, était marqué par les plus scandaleux abus, et si les volontaires donnaient de bons soldats, les racoleurs envoyaient souvent aux régiments la lie des grandes villes; aussi avions-nous alors annuellement 4000 désertions à l’étranger.

Le clergé se divisait en clergé de France, dans les anciennes provinces, et en clergé étranger dans des contrées conquises depuis François I*'. Cette distinction n’avait d’importance que pour les impositions. Mais les évêchés de Metz, Toul, Verdun et Strasbourg, suffragants de Trêves ou de Mayence, et les cinq évêchés de la Corse, suffragants de Pise ou de Gênes, ne prenaient point part aux assemblées générales du clergé. Les archevêques de Besançon et de Cambrai avaient au contraire des suffragants étrangers. Les diocèses étaient fort inégaux; celui de Rouen renfermait 1338 paroisses; ceux de Toulon et d’Orange 20. Les revenus ressemblaient aux diocèses. L’évêque de Strasbourg avait 500000 livres de rente, celui de Gap, 8000, et Fleury signait « évêque de Fréjus par l’indignation divine. » Un grand nombre d’abbés possédaient à peine 1000 livres de revenu; celui de Fécamp pouvait en dépenser 120000 ; celui de Saint-Germain près de trois fois autant. Beaucoup de curés étaient fort riches , mais beaucoup de vicaires mouraient de faim. Louis XVI mérita leur reconnaissance en fixant leur portion congrue à 350 livres. On voit que les uns avaient trop, les autres pas assez. Le roi nommait à toutes les places de quelque importance dans l’Eglise ; les évêques, les chapitres et les seigneurs laïques nommaient aux autres. En résumé, 1 2 000 évêques, abbés, prieurs et chanoines se partageaient près du tiers des revenus de l’Église, plus de 40 millions (valeur actuelle 70) ; les deux tiers restants devaient suffire à huit fois autant de prêtres et de rebgieux. Je ne parle point des •petits abbés qui n’étaient ni du monde, ni de l’Église, et qui scandalisaient l’un et l’autre.

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