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CHAPITRE XXX

Joseph II était peu lettré, il encouragea cependant les sciences et les arts ; il fonda des universités, des bibliothèques publiques, des chaires de sciences physiques et naturelles, et enleva la censure des livres aux ecclésiastiques pour la don- ner à des gens de lettres éclairés ; mais il défendit à ses su^^llb jets de voyager à l’étranger avant 27 ans. Le commerce et l’industrie nationale reçurent une vive impulsion : des manufactures furent établies ; les douanes provinciales supprimées; l’importation des marchandises étrangères frappée d’un droit énorme; les provinces autorisées pour la première fois à échanger entre elles leurs produits; Trieste et Fiume furent déclarés ports francs ; des routes nouvelles furent ouvertes ; des canaux creusés ou réparés.

Ainsi Joseph II touche à tout. Il veut tout renouveler au profit du bien-être matériel de ses sujets, au profit surtout de son pouvoir. Mais il a le tort de combiner cette œuvre de réformes intérieures avec mié|û^itique agressive et une ambition démesurée. Ses pr^M^s sur Maëstricht et le pays d’outre-Meuse l’impliquent dans des démêlés avec la Hollande, qui aboutissent à extorquer à,cette dernière 10 millions de florins et à lui faire contracter une alliance avec la France (1785). Ses projets sur la Bavière amènent la conclusion d’une nouvelle ligue offensive et défensive entre les rois de Prusse et d’Angleterre, les électeurs de Saxe et de Mayence, et une multitude de princes allemands. Il rêve le partage de l’empire turc avec la Russie , et quand le sultan qui se sent menacé déclare la guerre aux Eusses (1787), Joseph, alléguant qu’il est l’allié de la czarine, attaque la Porte sans sujet (1788) ; mais il échoue devant Belgrade; le grand vizir Yousouf pénètre dans la Hongrie , et il est battu lui-même à Temeswar.

Le feld-maréchal Laudon et le prince de Gobourg rétablissent* l’honneur de ses armes, sans toutefois que la paix de 1791 assure à l’Autriche , en cetour d’énormes dépenses , d’autres avantages que l’acquisition de deux petits territoires. Mais des troubles éclatent en Hongrie, où les nobles lui sont ennemis, parce qu’il a violé leurs privilèges féodaux ; où le peuple lui est contraire, parce qu’il l’a blessé par ses innovations religieuses ; les Pays-Bas se soulèvent , parce qu’il veut les

TENTATIVES DE RÉFORMES. 557

soumettre à de nouveaux impôts , tout en leur retirant leurs vieilles libertés; enfin la révolution française qui éclate ne menace pas seulement le pouvoir de sa sœur, Marie-Antoinette , elle menace tous les rois absolus. Joseph II regrette ce qu’il a fait, s’effraye de l’avenir et descend tristement au tombeau le 20 février 1790.

On a vu quelle place glorieuse le roi de Prusse Frédéric II avait prise parmi les princes réformateurs du dix-huitième siècle. Celle que la dépravation de ses mœurs a fait appeler la Messaline du Nord, et ses conquêtes Catherine la Grande, aspirait aussi à ce titre. Elle flattait la civilisation occidentale dans ses principaux représentants, entretenait une correspondance avec Voltaire, avec les encyclopédistes, invitait d’Alembert et Diderot à résider près d’elle, et traduisait elle-même le Bélisaire de Marmontel. Mais en même temps elle écrivait au gouverneur de Moscou qui se plaignait que les écoles fondées restassent vides : « Mon cher prince, ne vous plaignez pas de ce que les Russes n’ont pas le désir de s’instruire ; si j’institue des écoles, ce n’est pas pour nous, c’est pour l'Europe où il faut maintenir notre rang dans l’opinion. Mais du jour où nos paysans voudraient s’éclairer, ni vous ni moi nous ne resterions à nos places. »

En Suède, Gustave III, qui avait ressaisi le pouvoir absolu par la révolution de 1772, abolit la torture et réprima la vénalité des juges. Il fonda des maisons de travail pour les mendiants, ordonna que des médecins iraient aux frais de l’État visiter jusqu’aux derniers villages, et que tout journalier, père de quatre enfants, serait exempté d’impôt personnel. Il attira des ouvriers de tous les pays de l’Europé et doubla le produit des mines de fer et de cuivre, la grande richesse du pays. Le commerce favorisé par des privilèges accordés aux marins, par la franchise donnée au port de Marstrand, à l’entrée du Cattegat, prit l’essor; les grains purent circuler librement, et par la suppression de vingt-deux jours de fête, la somme du travail national s’accrut. Gomme Frédéric II, Gustave III écrivit beaucoup, même des drames, et, comme lui, admirait passionnément notre littérature.

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