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CHAPITRE XXX

Maupeou supprima les parlements, qu’il remplaça par de nouvelles cours de justice. C’était un grave événement. Richelieu et Louis XIV avaient détruit l’importance politique de la noblesse : Louis XV détruisant le grand corps dë la magistrature, qu’allait-il rester pour étayer le vieil édifice et couvrir le monarque?

Et chaque jour lahonte de ce monarque augpnente. En 1773, c’est la Pologne, que l’Autriche, la Prusse et la Russie se partagent, sans que la France fasse rien pour empêcher cette exécution de tout un peuple. En 1767, c’est l’association dite le pacte de famine, qui renouvelle son bail pour l’accaparement des grains et qui crée les famines artificielles de 1 768 et de 1769*. Ce sont les lettres de cachet, qui se multiplient d’une effrayante manière et qui livrent la liberté des citoyens aux riches ou aux puissants qui ont une passion à assouvir on une vengeance à satisfaire. C’est l’abbé Terray enfin, qui ne trouva d’autre remède pour réduire la dette de l’État qu’une banqueroute. Aux clameurs qui s’élevaient de toutes parts, Terray répondait froidement : « Le roi est le maître, la nécessité justifie tout. » Il n’en laissa pas moins subsister un déficit annuel de 41 millions. Et cependant, depuis 1715, les impôts avaient plus que doublé, étant montés de 165 millions à 365. Louis XV n’était pas sans voir que quelque terrible expiation approchait; mais il s’en consolait en disant : « Ceci durera bien autant que moi, mon successeur s’en tirera comme il pourra. »

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Ce successeur n’était âgé que de 20 ans. C’était le fils du Dauphin, le petit-fils par conséquent de Louis XV, un prince de mœurs pures, d’un esprit peu étendu, d'une timidité de caractère et de parole extrême, aimant le bien, le voulant, malheureusement trop faible pour savoir imposer sa volonté

1. Louis XV était un des actionnaires de cette monstrueuse compagnie. Pour regagner ce que lui coûtaient ses plaisirs, il agiotait sur les blés, il spénilait sur la disette.

TENTATIVES DE RÉFORMES

à son entourage. D’abord il remit au peuple le don de joyeux avènement ; il réforma la loi qui rendait les taillables solidaires du payement de l’impôt, et, pour donner une première satisfaction à l’opinion publique, il rappela le parlement. Il fit rentrer au ministère le vieux et futile Maurepas ; mais il remplaça Maupeou et Terray par Malesherbes, qui dès 1771 avait demandé la convocation des états généraux, et par Turgot, esprit supérieur et le seul homme de ce temps qui eût pu prévenir la révolution en la faisant et la guidant lui-même. Plus tard, le roi donna le ministère de la guerre à un autre honnête homme, le comte de Saint-Germain, q!ui voulait réorganiser l’armée, comme ses collègues entendaient réorganiser les finances et l’administration, mais qui, touchant à la hâte à beaucoup de choses avec de bonnes idées et une mauvaise exécution, nuisit en somme à la cause générale de la réforme.

Turgot aurait voulu appliquer le vaste plan de réforme qu’il avait conçu, mais l’opposition qu’il rencontra dès les premiers pas l’obligea de procéder lentement. Il alla d’abord au plus pressé. Il autorisa la libre circulation des grains et farines par tout le royaume. Ses ennemis se hâtèrent de dire que l’exportation allait être permise ; on fit craindre au peuple la famine. Des émeutes éclatèrent dans les campagnes, même à Versailles, à Paris. Il fallut user de la force (mai 1775). Une explosion plus violente eut lieu contre Turgot lorsqu’il eut fait adopter au roi le projet de remplacer la corvée par un impôt que payeraient les propriétaires. L’abolition des jurandes et maîtrises, c’est-k-dire la liberté entrant dans l’industrie, comme il avait voulu la mettre dans le commerce, accrut encore le nombre de ses ennemis.

Le principal ministre, Maurepas, minait sourdement son crédit auprès du roi ; la reine attaquait un contrôleur général qui ne parlait que d’économies. Malesherbes, comme lui, poursuivi par la colère des privilégiés, faiblit le premier ; il donna sa démission. Turgot, d’une trempe plus forte, attendit la sienne. Le 12 mai 1776 il reçut l’ordre de quitter le ministère. Voltaire lui adressa VÉpître à un homme, et André Chénier le célébra dans son Hymne à la France. Quatre mois

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