‹ Histoire des temps modernesChapitre 31 sur 311 · CHAPITRE rV · texte numérisé non relu

CHAPITRE rV

bûcher, dans Séville, 298 nouveaux chrétiens, et 2000 dans les provinces de Séville et de Cadix. Placée sous la main des rois, et parfois suspecte à la cour de Rome, elle fut tout d’abord un moyen de gouvernement et un instrument de despotisme pour défendre « les deux majestés (ambas majestades) ; » car, Ferdinand qui avait gagné, à la prise de Grenade, pour lui et ses successeurs, le surnom de Catholique, confondit si bien la religion et la royauté, que le même nom servit à désigner Dieu et le roi, et que la révolte devint un sacrilège. « Ce qui indignait davantage les esprits, dit le jésuite Mariana, c’était de voir que ce tribunal sévère faisait porter aux enfants la peine de leur père, et que l’on ne connaissait point l’accusateur; qu’on ne le confrontait point avec le coupable ; qu’on ne faisait point connaître les témoins. Rien d’ailleurs ne semblait plus dur que ces perquisitions secrètes qui troublaient le commerce et la société. » Le dominicain Thomas de Torquemada fut le premier grand inquisiteur. Dans les dix-huit années qu’il dirigea ce tribunal de sang, 8800 personnes furent brûlées, 6500 le furent en effigie ou après leur mort, et 9000 subirent la peine de l’infamie, de la confiscation des biens ou de la prison perpétuelle.

Dès l’année 1492, l’inquisition se trouva assez forte pour obtenir l’expulsion des juifs après les avoir dépouillés. D leur fut en effet interdit d’emporter ni or ni argent, luffi.s seulement des marchandises. Des écrivains contemporains évaluent à 800 000 le nombre de ceux qui sortirent d’Espagne ; le plus grand nombre périt ou fut livré à d’atroces souffrances, c’était l’immolation par le fanatisme de tout un peuple, longtemps le principal, l’unique représentant de l’industrie et de la science. Un décret enleva aux Maures la liberté religieuse que le traité de Grenade (1499) leur avait laissée, et beaucoup aussi s’exilèrent ; leur expulsion définitive ne fut prononcée qu’un siècle après, en 1609. L’Espagne gagna ainsi son unité religieuse, mais elle perdait son industrie et son commerce, dont les juifs et les Maures étaient les agents les plus actifs.

Par l’inquisition, le roi dominait les consciences ; par le droit que le pape lui conféra de nommer à tous les bénéfices, il eut un grand ascendant sur le clergé; il acquit une puissance

militaire et des revenus considérables, en se faisant élire grand maître des ordres de Calatrava' d’Alcantara et de Saint-Jacqnes (1494). Ce dernier ordre, le plus important il est vrai, pouvait équiper 1000 lances. La réunion de ces dignités à la couronne n’était d’abord que personnelle, mais Ferdinand la fit déclarer par le pape perpétuelle. Par la réorganisation de la sainte hermandad, qu’il subordonna au conseil de Castille et dont il se déclara le protecteur, la royauté acquit le moyen de faire la police du pays; et, sous prétexte de punir ou de réprimer les guerres privées entre les barons, elle rasa leurs châteaux. En 1481, quarante-six forteresses furent démolies dans la seule province de Galice, et les têtes les plus hautes tombèrent. Des commissaires furent envoyés dans toutes les provinces pour écouter les plaintes des peuples contre les grands, et surveiller les juges, qui, en cas de prévarication, durent rendre au septuple. Enfin le roi catholique obtint du pape, parla fameuse bulle de la Cruzada, une part considérable dans la vente des indulgences.

Unie au dedans, l’Espagne prit au dehors une importance qu’elle n’avait jamais eue. Colomb découvrit pour la couronne de Castille le nouveau monde (voy. p. 2); Ximénès lui donna Oran, sur les côtes d’Afrique (1509), et Pierre de Vera, les Canaries, dont la population indigène, les Guanches, fut exterminée. Un point de relâche important pour la navigation de l’AÜantique fut ainsi assuré à l’Espagne. Ferdinand conquit, pour la couronne d’Aragon, le royaume de Naples (1504) et enleva la Navarre à Jean d’Albret (1512), ce qui fermait, au profit de l’Espagne, une des deux portes des Pyrénées. Il tenait déjà l’autre par le Roussillon, que Charles VIII lui avait rendu en 1493.

La mort d’Isabelle faillit de nouveau séparer les deux royaumes. Il n’était resté à la reine qu’une fille, Jeanne la Folle, mariée à l’archiduc Philippe le Beau, fils de Marie de Bourgogne et de Maximilien d’Autriche, par conséquent déjà souverain des Pays-Bas. Mécontente de son gendre, Isabelle donna par testament la régence de Castille à son mari. Les Castillans se soumirent avec peine aux dernières volontés de leur grande reine, et Philippe n’eut qu’à débarquer en Espa-

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