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CHAPITRE IV

gne pour s’emparer du pouvoir. Mais il mourut presque aussitôt (1506), et Ferdinand, grâce à l’appui de l’archevêque de Tolède, le fameux cardinal Ximénès, fut reconnu par les Cortès régent de Castille, pendant la minorité de son petitfils Charles, fils de Philippe le Beau.

Cependant l’unité de l’Espagne n’était pas encore assurée. Ferdinand, par dépit contre Philippe le Beau, avait contracté un nouveau mariage avec Germaine de Foix, nièce de Louis XII, en faveur de laquelle le roi de France avait renoncé à Naples (1506) ; mais cette union fut stérile. Un projet de léguer l’Aragon à son second petit-fils, aux dépens du premier, qu’il n’aimait pas, n’eut pas de suite, et Ferdinand s’inspirant, au lit de mortes 16), de cette grande pensée de l’unité de l’Espagne, légua toutes ses couronnes à Charles, qui avait déjà recueilli l’héritage d’Isabelle et qui devait recueillir encore celui de son aïeul, l’empereur Maximilien. Philippe II avait bien raison de dire, en parlant du roi Ferdinand : « C’est à lui que nous devons tout. »

L’archevêque de Tolède et grand inquisiteur, Ximénès, fut régent de Castille jusqu’à l’arrivée du jeune roi, alors en Flandre. Homme austère, esprit d’ime rare vigueur, il avait prévenu la réforme en la faisant lui-même ; du moins il avait ramené plusieurs ordres monastiques de l’Espagne à une sévère discipline, et pour ranimer l’esprit religieux dans le pays, il avait conduit à ses frais une croisade en Afrique, sous les murs d’Oran, dont il s’empara. Il administra la Castille depuis la mort d’Isabelle, et la tint en repos, après la mort de Ferdinand. Dur aux autres comme à lui-même, il resta moine sous la pourpre romaine et dans le palais des rois ; mais il ne souffrait pas plus de résistance contre la foi que contre le prince. Il brûlait les hérétiques et domptait les seigneurs. Un jour les grands lui demandèrent quel;? étaient ses pouvoirs, oc Les voilà! » leur répondit-il, en montrant une formidable artillerie et un corps de troupes rangé sous les fenêtres du palais.

Charles, qui en Espagne est Charles I", et qui dans l’Empire fut Charles-Quint, ne commit d’abord que des fautes. Il disgracia Ximénès, et s’entoura de favoris flamands. Quand l’Es-

pagne apprit, en 1519, qu’il avait obtenu la couronne impériale et qu’il l’acceptait, elle craignit avec raison de voir son sang et son argent sacrifiés à l’ambition du nouvel empereur. Charles dédaigna ces murmures et s’embarqua pour l' Allemagne; mais son départ fut le signal d’une insurrection qui s’étendit de Tolède à toute la Castille. Les villes soulevées s’unirent par une confédération qui prit le nom de Ligue sainte {Junta santa), et refusèrent de poser les armes avant que l’empereur eût aboli les immunités pécuniaires de la noblesse. L’aristocratie sépara alors sa cause de celles des bourgeois, et se rallia autour du souverain. L’armée de la ligue fut battue à Villalar, et son chef, le noble don Juan de Padilla, mourut sur l’échafaud (1521).

Charles-Quint compléta alors l’œuvre de Ferdinand et d’Isabelle. Il obligea les Maures du royaume de Valence à se faire baptiser, et tous ceux de Grenade h renoncer à leur costume et k leur langue; il cita au tribunal du saint-office les évêques qui s’étaient déclarés pour les communeros.'Le clergé dut courber la tête sous l’arme qu’il avait lui -même fournie. Bien d’autres la courbèrent; les privilèges des villes furent abolis, et Charles ôta leur importance aux cortès, en les obligeant à voter l’impôt avant le redressement des griefs, et en défendant aux députés toute réunion préparatoire. Les nobles refusant de payer leur part des dépenses politiques, il cessa de les convoquer aux cortès. Ils ne parurent pas davantage aux armées, composées de mercenaires, ni k la cour peuplée de Flamands.

Ainsi le roi triomphait à la fois des bourgeois comme des nobles : victoire funeste qui fut pour l’Espagne une des premières causes de sa décadence ; car l’activité de cette grande nation se trouva dès lors comprimée par un despotisme qui ne sut pas, comme de l’autre côté des Pyrénées, donner la gloire en échange et préparer l’égalité civile.

A l’extrémité sud-ouest de la presqu’île, le petit royaume de Portugal jetait alors un vif éclat. La maison capétienne de Bourgogne, qui avait fondé ce royaume, n’y était plus continuée que par une branche illégitime, celle d’Avis, qui régnait depuis la glorieuse journée d’Aljubarota, où

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