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CHAPITRE IV

Jean I", le Bâtard, avait battu le roi de Castille, son compétiteur (1385).

La dynastie nouvelle, née d’une réaction populaire et du sentiment national, respecta d’abord les libertés publiques. Jean I" avait convoqué vingt-cinq fois les cortès. La minorité d’Alphonse V, surnommé l’Africain (1438-1481), fut favorable aux grands : une guerre civile éclata; puis vinrent d’inutiles mais glorieuses expéditions en Afrique, la prise d’Arzile et de Tanger, et une malheureuse intervention en Espagpne, où Alphonse soutint les droits de la fille de Henri IV, Jeanne de Castille. Vaincu à Toro (1476), il alla solliciter les secours de la France. Louis XI n’aimait guère les expéditions aventureuses ; il ne lui donna rien, mais il l’empêcha de s’enfermer dans un couvent, préférant voir à Lisbonne un prince ami de la France, ennemi de la Castille et de l’Aragon, que de compter un moine de plus, fût-ce un roi, dans ses abbayes.

Le successeur d’Alphonse V, Jean II (1481-1495), fut le Louis XI du Portugal, et un Louis XI encore plus énergique que le nôtre. Dès le commencement de son règne, il révoqua, dans les cortès d’Évora, toutes les concessions faites à la noblesse au détriment du domaine royal ; il enleva aux seigneurs le droit de vie et de mort sur leurs vassaux, et les soumit euxmêmes à la juridiction des officiers de la couroime (1482). Cette réforme excita une révolte : le duc de Bragance se mit à la tête des mécontents. Jean II le fit saisir et décapiter (1483). Les nobles eurent alors recours aux tentatives d’assassinat. Le roi poignarda de sa main leur chef, le duc de Viseu, son cousin (1484). Efi'rayée de tels exemples, la noblesse courba la tête. L’indépendance des assemblées nationales fut de même brisée : les cortès ne reparurent que trois fois en quatorze ans. Alors le despotisme royal se trouva solidement établi, mais en retour une impulsion paissante était donnée au commerce, à l’esprit d’aventures, et la renaissance était encouragée. Lisbonne, déclarée port franc, recevait les juifs chassés d’Espagne ; les îles du cap Vert étaient découvertes; le cap de Bonne- Espérance franchi, et la nation se lançait dans cette carrière de voyages où elle devait trouver, sous les pas de Vasco de

Gama et d’Albuquerque, iine grandeur éphémère, mais un moment éblouissante.

Emmanuel le Fortuné recueillit ce que Jean II avait semé. Dans le cours de son règne, aussi tranquille au dedans que glorieux au dehors(1495-1521), les découvertes se succédèrent avec une rapidité merveilleuse (voy. plus loin), et au milieu des richesses de l’Inde, le Portugal oublia son ancien esprit d’indépendance. Emmanuel laissa tomber les cortès en désuétude : dans les vingt dernières années de son règne, il ne les convoqua pas une seule fois.

Ainsi le grand fait que nous avons déjà reconnu en France, en Angleterre, en Aragon, en Castille, se reproduit en Portugal : la royauté y devient prépondérante. « Jean enseigna aux rois du monde l’art de régner, » dit le Gamoëns; et lorsque, en apprenant sa fîn, la grande Isabelle s’écria : c L’homme est mort I > tout le monde comprit que celui qui venait d’expirer était l’énergique roi de Portugal.

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