CHAPITRE V
fut battu et eût été pris dans Vienne, sans un secours que Podiébrad lui amena. La mort d’Albert lui donna naturellement ce qu’il convoitait; mais, après celle de Podiébrad en 1471, la Bohême lui échappa encore. Wladislas, fils aîné du roi de Pologne, Casimir IV, fut élu. Frédéric espéra qu’au moins une longue rivalité allait épuiser la Bohême et la Hongrie, où Matthias, aidé des Vénitiens et de Scanderbeg, soutenait glorieusement la lutte contre les Ottomans. Mais les deux rois s’entendirent, et Matthias se trouva libre de demander compte à l’empereur de ses intrigues, de ses sourdes menées en Hongrie, et du lâche abandon qu’il faisait de la cause de la chrétienté et de la civilisation. Les troupes autri- ■ chiennes furent vaincues; Vienne fut prise en 1485, et resta entre les mains de Matthias jusqu’à sa mort, en 1490.
Cependant cet empereur de très-petit cœur, comme dit Comines, cet archiduc toujours battu, fonda la grandeur de sa maison. Le mariage de son fils Maximilien avec Marie de Bourgogne donna les Pays-Bas et plus tard l’Espagne à l’Autriche. On verra plus loin comment se fit ce mariage et les relations de Frédéric IH avec Charles le Téméraire.
Maximilien était instruit, éloquent et brave. Il aimait les lettres, les arts, les sciences, et les cultiva avec succès; mais esprit léger -et mobile, ne s’arrêtant jamais longtemps sur la même affaire ni au même lieu, toujours sur les grands chemins de l’Europe et dans toutes les aventures, faisant, en un mot, beaucoup de bruit et peu de besogne. Il s’occupa cependant un peu plus de l’Allemagne que son père. L’anarchie y était devenue telle, que certains Etats avaient pris l’initiative des mesures les plus énergiques. En 1488, les princes et les villes de Souabe s’étaient ligués à Eslingen, et l’on peut juger de l’étendue du mal par ce fait, qu’en quelques années la confédération n’avait pas rasé moins de 144 forteresses, dont les maîtres étaient de temps immémorial dans l’habitude de détrousser les voyageurs et de piller les campagnes.
Mais il ne suffisait pas d’un effort partiel et temporaire ; il fallait organiser un système de répression général et permanent, si l’on voulait fonder la paix publique. C’est le but que se proposa la diète de Worms, en promulguant la fameuse
constitution de 1495, qui défendait, sous peine d’amende et de déchéance, toute guerre contre les États. Pour punir les violations de cette loi fondamentale, ou pour les prévenir, on institua un tribunal inamovible, dont les membres étaient choisis par l’empereur, sur ime liste de candidats présentés par les États. Ce tribimal prit le nom de Chambre impériale.
Restait maintenant à faire exécuter les arrêts de la cour suprême. On y pourvut par la division de l’Allemagne en dix cercles, sage projet qu’avait déjà tenté l’empereur Albert II, et qui fut réalisé, sous le règne de Maximilien, par les diètes d’Augsbourg (1500) et de Trêves (1512). Tout le sol germanique, sauf la Bohême et ses annexes, fut partagé en dix circonscriptions, qui eurent chacune leur directeur. Chaque cercle entretenait à ses fréiis un corps de troupes placé sous le commandement du prince directeur, et chargé de maintenir la paix publique. Les postes, instituées par Maximilien à l’instar de celles que Louis XI avait organisées en France, furent aussi un lien entre les diverses parties du territoire.
Malheureusement pour l’Allemagne, ces institutions de police générale ne réussirent qu’à demi. La diète, qui possédait seule le pouvoir législatif, se défiait des empereurs autrichiens, et ceux-ci, par contre, entravaient la mise en œuvre des règlements et des lois établis par l’assemblée souveraine. C’est ainsi que le Conseil aulique, créé en 1501 par Maximilien, pour l’administration de ses États héréditaires et pour le jugement des causes réservées ^ l’empereur, amoindrit Tautorité 'de la Chambre impériale. Bornée d’abord aux États autrichiens, la juridiction du nouveau tribunal, tout en dépendant de la cour de Vienne, s’étendit peu à peu hors de ses limites, et fit une redoutable concurrence à la Chambre impériale, dont les membres étaient mal payés et les arrêts mal obéis L Les empiétements du conseil ’aulique seront une des causes de la guerre de trente ans.
En somme, à la fin de cette période, le saint-empire ger-
L La Chambre impériale, organisée à plusieurs reprises, ne Tut constituée (léflnitivetnenl qu’en t539 et rendue sédentaire à Spire. En <898, elle tut filée à Wetzlar, où elle resta jusqu’à la chute de l’empire d’Allemagne, en 4680.