‹ Histoire des temps modernesChapitre 36 sur 311 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

manique, de quelque titre que s’affublât l’oi^eil de son chef, était en réalité une agglomération sans consistance de princes et de villes, qui n’avaient guère d’autres liens que d’anciens souvenirs, la ressemblance des mœurs et l’identité du langage; liens qui deviendront bien fragiles le jour où grondera l’orage des passions religieuses.

Déjà même les plus puissants des princes allemands s’inquiétaient de cette activité de Maximilien. Ils avaient saisi sur leurs terres, comme les rois dans leurs royaumes, le pouvoir absolu. « Ils font tout ce qui leur plaît, » dit un écrivain presque contemporain; la révolution signalée en France, en Angleterre et en Espagne s’était donc opérée aussi dans l’Empire, mais au profit des princes, non à celui de l’empereur. En 1502, les sept électeurs conclurent Yunion électorale par laquelle ils s’engagèrent à se réunir tous les ans pour aviser aux moyens de maintenir leur indépendance et d’arrêter les empiétements de l’autorité impériale. Leurs craintes étaient mal fondées ; il manquait deux choses à Maximilien pour réussir, de l’argent et de la persévérance. Toute sa vie il courut d’un projet à un autre, et toute sa vie il fut, comme les Italiens l’appelaient, Massimiliano pochi danari, Maximilien sans argent.

L’histoire politique de l’Empire est aussi vide sous Maximilien I" que sous Frédéric III, et c’est moins comme empereur qu’il prend part aux grandes affaires de l’Europe, que comme père du souverain des Pays-Bas ou comme archiduc d’Autriche. C’est à ce titre qu’il signe avec Charles YIII le traité de Senlis qui lui vaut l’Artois et la Franche-Comté (1493), qu’il soutient une guerre désastreuse contre les Suisses et conclut avec eux la paix de Bâle (1499), qu’il entre dans la ligue contre Charles VIII, plus tard dans celle de Cambrai contre Venise (1508), plus tard encore dans la coalition contre Louis XII, et qu’il gagne la bataille de Guinegate (1513). Une querelle, survenue au sujet de la succession de Bavière et à laquelle il se mêla, lui valut plusieurs villes et domaines surl’Inn; la mort d’un comte de Goritz et de Gradisca le dota de ces deux terres; celle enfin de l’archiduc Sigismond de la branche du Tyrol réunit en ses mains toutes les posses-

sions de l’Autriche. II prolongea assez sa vie pour voir l’immense extension donnée à la puissance de sa maison par le mariage de Philippe le Beau avec Jeanne la Folle, héritière de l’Espagne, de Naples et du nouveau monde, et il prépara celui de son petit-fils Ferdinand avec la sœur de Louis II, qui lui assura la succession aux couronnes de Hongrie et de Bohême. Mais il vit aussi commencer ce qui fut un des principaux obstacles à cette puissance, la réforme. Il mourut en 1519, et Luther, à cette époque, avait déjà rompu avec Rome. On rapporte que, pour se familiariser avec la mort, Maximilien, depuis un an, portait avec lui son cercueil.

1,'ltalle dans la seconde moitié dn qalnsième siècle.

Au moment de l’invasion des Français, l'Italie était le centre de tout le commerce de la Méditerranée. II n’y avait alors en Europe aucune contrée qui possédât une agriculture aussi savante, une industrie aussi active. « Les manufactures de soierie, de laine, de lin, de pelleteries, l’exploitation des marbres de Carrare, les fonderies des Maremmes, les fabriques d’alun, de soufre, de bitume étaient encore en pleine activité. Le système de culture par des métayers, si supérieur peur cette époque à ce qui avait lieu dans le reste de l’Europe, assurait à l’Italie une fertilité augmentée en Lombardie par les travaux hydrauliques de Louis le More, en Toscane par les précautions prises contre les inondations et les eaux stagnantes, qui désolent encore aujourd’hui des pays autrefois fertiles. Les villages où se retranchaient les paysans, derrière des remparts, témoignaient d’une aisance qui répondait à la splendeur des grandes villes; et, dans celles-ci, tant d’agréments dans les relations de la vie, tant de politesse et ime politesse si exquise, tant d’intelligence enfin de ce qui rend la vie douce et facile, que l’Italien, le plus riche, le plus heureux, le plus civilisé des peuples européens, pouvait traiter de barbares les autres nations, toujours prêtes à' admirer ses villes splendides ou à s’asseoir à ses savantes écoles *. »

4. Zcller, Histoire de l’Italie, dans la colleclion de l’Eialoire universelle.

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