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CHAPITRE V

Avec tout cela, l’Italie était la plus faible des nations européennes. Elle avait des artistes et des marchands, mais point de peuple. Elle avait des condottieri, mais point de soldats. Les Italiens, si habiles à conspirer, ne savaient plus se battre : à la journée d’Anghiari, on lutta quatre heures, et il n’y eut de mort qu’un cavalier étouffé dans la presse. Tels étaient les fruits amers du despotisme : comme il n’y avait plus de liberté ni de patrie, il n’y avait plus de citoyens ni de courage.

Plus divisée que l’Allemagne, l’Italie n’avait même pas un nom qui fût accepté par tous, comme celui d’empereur, une autorité qu’on respectât au moins quelquefois, comme celle de la diète. Ses divers États, complètement indépendants, n’avaient d’autre lien entre eux que la similitude du langage et des mœurs.

Au milieu du quinzième siècle rme situation nouvelle commençait pour la Péninsule. Elle n’était plus en effet ni guelfe ni gibeline, ni pontificale ni impériale, surtout elle n’était plus républicaine, maisprincière.Un condottière, Sforza, avait fait souche ducale à Milan, et bien d’autres dans la Homagne et sur les rives du Pô. Une famille de banquiers, les Médicis, dominait à Florence ; le roi d’Aragon à Naples. Il s’agissait de savoir si ces princes allaient du moins s’entendre pour défendre contre l’étranger l’indépendance de l’Italie qu’ils avaient asservie. Sans parler des prétentions et des convoitises qui menaçaient du côté de la France et de l’Allemagne, la prise de Constantinople par les Turcs, et les efforts déjà heureux des Portugais pour trouver par mer une route vers l'Inde créaient à l’Italie de graves dangers. Il y allait peutêtre de son existence, certainement de sa fortune. Elle avait, en effet, perdu à la chute de l’empire d’Orient le principal aliment de son commerce. Si maintenant les Portugais lui fermaient la route de l’Inde par Alexandrie, en rendant cette route mutile ; si les Turcs, ses ennemis sur le continent grec, venaient encore à s’emparer de l’Égypte, le commerce italien se trouvait anéanti. Ajoutez que ces Turcs, qui prendront bientôt l’Égypte, lancent déjà leur cavalerie dans le Frioul, et leur flotte sur les rivages italiens. Le doge n’est plus le seul époux de l’Adriatique.

Il semble qu’en présence de tels périls, les Italiens ne deraient avoir qu’une pensée, l’union. Ce fut, en effet, le premier sentiment que leur inspira le coup terrible qui venait de frapper l’empire grec. On oublia les anciennes inimitiés, et l’on se jura une éternelle concorde à Lodi (1454), paix précaire, due à la sagesse des grands hommes qui étaient alors les arbitres des destinées italiennes : François Sforza, duc de Milan; Gosme de Médicis, à qui Florence avait décerné le beau surnom de Père de la patrie ; Alphonse V le Magnanime, les papes Calixte ni et Pie H (1455-1 464), qui voulaient qu’on sonnât chaque matin la cloche des Turcs dans toute la chrétienté.

Mais Alphonse meurt (1458). Le prince angevin Jean de Calabre revendique sa couronne, et l’Italie est rejetée dans une inextricable confusion. Le pape détourne Scanderberg de sa lutte héroïque pour le mêler à ces guerres impies (1462). D soutient Jean de Calabre. Fr. Sforza qui redoute lui aussi un prétendant français, le duc d’Orléans, héritier des Viscontî qu’il a dépossédés, prend parti pour l’Aragonais et aide le roi de Naples Ferdinand à repousser son compétiteur (1463).

La paix, rétablie dans la Péninsule par la défaite de Jean de Calabre à Troja, fut de nouveau compromise par la mort presque simultanée de Cosme (1464), de François Sforza (1466) et de Pie II, qui expira à Ancône, en vue de la flotte BurlaqueUe il devait passer en Grèce (1464). En 1478, coahtion contre Florence; en 1482, coalition contre Venise. Les Turcs en profitent. Ils surprennent Otrante (1480), égorgent ou font esclaves 1 2 000 chrétiens et scient en deux le gouverneur. L’Italie s’habitue à la crainte du Turc comme elle s’est habituée à ses tyrans. La génération d’hommes supérieurs qu’elle avait encore au milieu du siècle n’a laissé que d’indignes successeurs. Regardons dans l’intérieur de chaque État et nous y verrons, sous l'éclat d’une civilisation matérielle et corrompue, tous les signes de la mort politique et morale.

A Milan, les Sforza avaient remplacé, depuis 1450, les Visconti. C’était une singulière fortune que celle de cette famille. Le paysan Attendolo, voyant un jour, au commencement du qumzième siècle, passer des soldats pendant qu’il

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