‹ Histoire des temps modernesChapitre 41 sur 311 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

des Médicîs, celle d’un moine dominicain de Ferrare, Jérôme Savonarole. Il voulait rendre au clergé la pureté des mœurs, au peuple la liberté, aux lettres et aux arts le sentiment religieux. Quand Laurent fut sur son lit de mort, en 1492, il l’adjura de restituer la liberté à Florence, mettant son abscH Intion à ce prix. Laurent refusa. Alors le moine s’écria : c Le temps est arrivé ; un homme viendra qui envahira l’Italie en quelques semaines, sans tirer l’épée. Il passera les monts comme Cyrus , et les rochers et les forts tomberont devant lui. >

Le fils de Laurent, Pierre U, ne montra que de l’incapacité. Il s’isola des plébéiens, vécut en prince et souleva par ses débauches des haines violentes. Deux partis se formèrent alors dans la ville : celui des jeunes nobles, les arrabbiati ou enragés, et celui du peuple, les frateschi ou amis des moines. Savonarole était à la tête des derniers. Les désordres de Pierre ne firent que confirmer le moine dans la pensée qu’une grande punition était réservée à l’Italie ; et il fut, lui aussi, pn de ceux qui facilitèrent les voies au conquérant étranger. « O Italie 1 ô Rome 1 disait Savonarole' les barbares vont venir, affamés comme des lions.... Et la mortalité sera si grande, que les fossoyeurs iront par les rues, criant : « Qui a des morts? » et alors, l’un apportera son père, l’autre son fils.... O Rome! je te le répète, fais pénitence; faites pénitence, ô Venise ! ô Milan ! »

Le concile de Bâle avait mis fin ah schisme de l’Église, et, depuis 1447, la chrétienté n’avait plus qu’un seul chef. Nicolas Y, homme lettré et protecteur des savants. La conjuration de Stefano Porcari.Xf^^3)> rétablir dans

Rome le gouvernement répubhcain, et la prise de Constantinople par les Turcs, contre lesquels il prêcha lui-même une croisade en 1455, avaient troublé son pontificat. Son successeur, l’Espagnol Alphonse Borgia , pape sous le nom de Calixte III, avait frayé la route des honneurs à sa famille, destinée à une si honteuse célébrité. En 1458, la tiare pontificale avait été donnée à l’ancien secrétaire du concile de Bâle, Ænéas Silvius Piccolomini, célèbre sous le nom de Pie II. Le pape Paul II (1464-1471) fut bien encore animé par la

grande pensée de la croisade. Il soutint Scanderberg, il arma les Persans contre les Turcs ; mais après lui commence dans rhistoire de la papauté une période déplorable. Pendant plus d’un demi-siècle les pontifes, dont plusieurs furent pourtant remarquables par leur génie, oublièrent les intérêts de la chrétienté pour ne songer qu’à leur famille ou à leur domaine temporel. On a vu les efforts de Skte IV (1471-1484), pour créer une souveraineté à son neveu. Le faible Innocent VIII (1484-1492) ne fit pas rentrer le pontificat dans des voies meilleures. Après lui l’Église eut la douleur et la honte de voir dans la chaire de Saint-Pierre Alexandre VI, le second pape de la famille Borgia. Son élection fut souillée par la simonie la plus flagrante , son pontificat par la débauche, la cruauté et la perfidie. Il ne manquait pourtant ni d’habileté ni de pénétration ; il excellait dans le conseil et savait manier les grandes affaires avec une adresse et une activité merveilleuses. C’était toujours, il est vrai, en se jouant de sa parole ; mais l’Italie de ce temps-là, tenait en bien mince estime la probité et la bonne foi ‘.

L’État romain se trouvait alors en proie à une foule de pe-

<. Voici ce que Machiavel, dan* son livre du Prince, dil d'Alexandre VI, elles conseil* qu'il donne : « Le pape Alexandre VI ne Ht jamais autre chose que tromper; jamais homme ne fut plus persuasif, jamais personne ne promit rien avec de plus grands serments, ni ne tint moins sa parole; et néanmoins ses tromperies lui réussirent toujours, tant il savait bien par ou il fallait prendre les hommes. Il n'est pas nécessaire qu'un prince ait toutes les qualités qne j'ai marquées, mais seulement qu’il paraisse les avoir. J'oserais même avancer qu'il lui serait dangereux de les avoir et de les mettre en pratique, au lieu qu'il lui est utile de paraître les avoir. Tu dois paraître clément, 6dèle, courtois, intègre et religieux; mais avec cela tu dois être si bien ton maître, qu’au besoin tu saches et lu puisses faire tout le contraire.... faire sans scrupule le mal quand il le faut.... Chacun voit ce que tu parais être, mais presque personne ne connaît ce que tu es, et le petit nombre n’ose pas eontredirc la multitude.... Dans toutes les actions des hommes, et surtout des princes, contre lesquels il n’y a point déjugés à réclamer, on ne regarde qu’à l'issue qu’elles ont. Uu prince n’a qu’à maintenir son état. Tous les moyens dont il se sera servi seront toujours trouvés honnêtes , et chacun les louera, car le vulgaire est toujours pris par l’apparence, par le succès, et dans ce monde il n’y a que le vulgaire, etc. Un prince de ce temps-ci, qu’il n’est pas A propos de nommer, ajoute prudemment Machiavel en terminant son dix-tniiliërae chapitre et en faisant allusion à Ferdinand le Catholique, ne nous prêche rien que la paix et la boune foi; mais s’il eût gardé lui-même Tune et l’autre, il eût perdu bien des fois sa réputation et se* Etats. » Voilà le code politique et moral do l’Italie à la fin du quinxième siècle, ______

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