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CHAPITRE VI

Hahomet II (1451-1481). — Bajazet II et Sélim (1481-1520).

nahomet II

Pour les Turcs, la prise de Constantinople avait été la sécurité de leur domination en Europe. Malgré leurs conquêtes jusque sur les bords du Danube et sur les rives de l’Adriatique, Constantinople, restée debout, était pour eux une m&nace perpétuelle. Un revers pouvait leur tout ôter, les rejeter en Asie, d’où les Grecs et les flottes des puissances chrétiennes, enfin averties du péril, les eussent empêchés de sortir. Constantinople tombée, leur établissement en Europe n’était plus ce campement qu’un ouragan eût emporté. Le château des Sept-Tdurs remplaçait la tente du désert.

Mahomet II, le neu\ième empereur ottoman, était alors obéi depuis les murs de Belgrade sur le Danube jusqu’au milieu de l’Asie Mineure. Cet empire, déjà formidable, avait deux ennemis ; à l’occident, le grand corps des nations chrétiennes, qui avait bien pu rester indifférent au sort des Grecs schismatiques, mais qui ne se laissera pas entamer par l’invasion, arrivée maintenant sur ses frontières; à l’orient, au centre de l’Asie Mineure, la principauté seldjoucide de la Caramanie (Konieh, Kaisariéh), et derrière cette principauté, quand elle sera tombée (1464), les Persans animés contre les Ottomans de la haine que le voisinage excite souvent entre deux peuples, et que des différences religieuses enveniment. On verra Mahomet II et ses successeurs se heurter contre ces deux barrières, et les deux ennemis du nouvel empire, qui menace à la fois l’Europe et l’Asie, se relayer pour arrêter

I ses progrès. A un succès sur le Danube répondra une attaque * sur l’Euphrate; à une victoire en Asie, une guerre nouvelle en Europe. N’oublions pas, parmi les ennemis des Turcs, la troupe intrépide des chevaliers de Rhodes, de cette île qui était sur les flancs de l’Asie, comme une vigilante sentinelle de la chrétienté.

Ajoutons encore les ràias (troupeaux), c’est-à-dire les sujets. Pour l’heure ils sont dociles et tremblants, mais plus nombreux que leurs maîtres, du moins en Europe ; ils seront plus tard un danger pour eux, car Mahomet U leur a concédé des privilèges qui les constituent en corps de nation, ayant leurs lois, leurs tribunaux, leurs chefs, comme ils ont leur langue et leur religion à part*.

Le gouvernement turc était, comme celui de tous les peuples asiatiques, le despotisme. Le sultan ou padischah jouissait d’un pouvoir absolu. Ses sujets n’étaient que ses esclaves, qu’il élevait ou faisait rentrer dans le néant, selon les caprices de sa volonté.

Ce despotisme trouvait des bornes dans les forces mêmes sur lesquelles il s’appuyait. Ainsi, le Coran était placé au-dessus du sultan. La loi du prophète était la loi de tous, du maître comme des sujets. Bien que le mufti et les ulémas, chargés d’interpréter le livre, n’eussent aucune attribution politique, on écoutait souvent leur voix, lorsqu’ils invoquaient le nom sacré de Dieu, contre une mesure inique ou dangereuse. Mais ceux que les sultans avaient le plus à craindre étaient ceux qui les servaient le mieux, les janissaires. Cette müice d’élite s’était déjà révoltée sous Amurath U.

I. Avec on «sprit de tolérance qtie nul alors en Europe n’eOl montré, Mahomet II avait laissé aux Grecs le libre exercice de leur culte, une partie ‘ de leurs églises, leurs lois civiles, leurs tribunaux, leurs écoles, et reconnu leur patriarche pour chef de sa communauté ou nation grecque [Roum milleti), eettti-ci étant responsable envers le gouverncnient du maintien de l’ordre dans sa natitm et de l’acquittement du kliaradj ou capitation et des autres impôts, et pour cela investi d’une grande autorité temporelle. Les Arméniens, les Juifs obtinrent les mêmes privilèges et la même organisation, de sorte qu’il y eut an-dessous de la nation doiniuanle trois autres nations régulièrement constituées. De nos jours, ce nombre a été doublé par la concession de semblables immunilés aux Arméniens catholiques (1829), aux Arméniens protestants (f850), et aux catholiques (4854).

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