CHAPITRE VI
INIoldaves, commandés par VAthlcte du Christ, Étienne IV, défirent une armée ottomane près de Rackowitz (1475); en Albanie et en Grèce, les Turcs échouèrent dans deux attacpies * contre Scutari et Lépante. Mahomet II n’était pas habitué aux défaites. Son orgueil s’irrita. D’un côté il lança sa flotte contre Gaffa, riche comptoir des Génois au fond de la mer Noire, qui fut ruiné, et de l’autre, une immense cavalerie qui pénétra jusqu’à la Piava et jeta la terreur dans toute l’Italie (1477).
Venise demanda humblement la paix, et l’obtint au prix de Scutari, qu’elle rendit, et d’un tribut annuel par lequel elle acheta la liberté de commercer dans la mer Noire (1479). L’année suivante, une flotte ottomane s’empara d’Otrante, sur les côtes du royaume de Naples. Mais cette ville fut reprise, et le grand maître des chevaliers de Saint-Jean, Pierre d’Aubusson, défendit Rhodes contre le grand vizir, qui, après trois mois d’efforts impuissants, leva le siège. Mahomet II n’en formait pas moins les plans les plus redoutables. Il voulait marcher contre les mameluks d’Égypte, jurait de faire manger Tavoine à son cheval sur l’autel de Saint-Pierre de Rome, et en entendant parler de la cérémonie dans laquelle le doge de Venise épousait l’Adriatique, se promettait i de l’envoyer bientôt au fond de cette mer consommer son mariage. » Une maladie arrêta tous ces desseins. R mourut à Nicomédie à l’âge de cinquante-trois ans (1481).
Bajaset H et Sellm
Bajazetll, plus lettré que soldat, eut à lutter contre son frère Zizim, qui lui disputait le pouvoir. Grâce au génie de son grand vizir Achmet, Bajazet l’emporta. Quelque temps après, il fit éj|rangler celui auquel il devait l’empire. Zizim vaincu s’était réfugié à Rhodes, Les chevaliers lui firent un brillant accueil. Mais, pour éviter une guerre avec le sultan, Pierre d’Aubusson consentit, moyennant un tribut annuel de 40 000 sequins, à empêcher Zizim de retourner en Turquie.
On l’interna dans une commanderie du Poitou. De là il passa entre les mains du pape Alexandre VI. Charles VUI, durant
son expédition d’Italie, exigea que ce frère de Bajazet lui fût remis. Zizim pouvait l’aider à conquérirClonstantinople. L’infortuné lui fut livré, mais empoisonné. Le bruit courut que le sultan avait promis 300 000 ducats au souverain pontife pour le débarrasser de son frère. Malgré son humeur pacifique, le sultan dut occuper les janissaires : il conquit la Bosnie, la Croatie et la Moldavie. Les Ottomans, déjà maîtres de la VaJachie, dominèrent alors sur les deux rives du Danube ( 1 489) . Mais Bajazet ^'evint bientôt à son goût favori, l’étude des lettres, et une courte guerre contre Venise troubla seule le repos de ce prince indolent et voluptueux. Les soldats mécontents le déposèrent. Sélim, son quatrième fils, ceignit le sabre, et commença son règne par im parricide : il fit empoisonner son père, puis égorger ses frères et leurs enfants, afin de n’avoir point de rivaux à craindre (1512).
Le mouvement de conquête, interrompu sous Bajazet II , recommença avec Sélim le Féroce. C’est à son ardeur belliqueuse que Sélim avait dû l’affection des janissaires, et par suite le pouvoir. Il justifia leurs espérances. Deux grands vizirs furent successiv ement mis àmort pour lui avoir demandé de quel côté devait être tournée la tente impériale, c’est-à-dire vers quelle contrée il devait porter ses armes. Un troisième dressa les tentes vers les quatre points du monde. « Voilà, ditil, comme je veux être servi. » U ne cessa, pendant les huit ans de son règne, de mener ses janissaires à de nouvelles entreprises. D’abord il attaqua la Perse, où Ismaël venait de fonder la dynastie des Sophis. Il n’y avait pas seulement rivabté politique entre les deux peuples, mais encore haine religieuse: les Persans sont schiites, c’est-à-dire n’admettent pour véritable successeur du prophète, qu’Ali, le quatrième khalife, et sa descendance; les Turcs reconnaissent la légitimité d’Aboubekre, d’Omar et d’Othman, et défèrent à leurs explications théologiques ; ils acceptent, en un mot, la tradition ou Sonna, d’où leur nom de sonnites. C’était chez eux un dicton populaire que la mort d’un seul schiite était plus agréable à Dieu que celle de soixante-dix chrétiens : aussi le sultan ne manqua-t-il pas, avant de se mettre en campagne, de faire dans son empire une exacte recherche des hérétiques : on en