‹ Histoire des temps modernesChapitre 48 sur 311 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

ment était mal choisi pour une expédition lointaine. Les puissances voisines, mécontentes de la réunion de la Bretagne à la couronne, formaient une nouvelle ligue. Le fondateur de la maison des Tudors, Henri VII, débarquait une armée anglaise à Calais; Maximilien, que Charles VIII avait si vivement supplanté, attaquait l’Artois; le roi d’Espagne, Ferdinand le Catholique, promettait de franchir les Pyrénées. Il y avait là de belles occasions de guerroyer. Mais Charles VIII,, pressé de partir, aima mieux négocier : traité d’Étaples avec Henri VII, qui, sur la promesse d’une somme de 745 OOOécus d’or payables en quinze ans (40 millions de francs), se rembarque ; traité de Senlis avec Maximilien, qui recouvre pour son fils l’Artois, ia Franche-Comté et le Charolais, conquêtes de Louis XI ; traité de Narbonne avec Ferdinand le Catholique, à 'qui l’on rend la Cerdagne et le Roussillon sans exiger même les sommes déboursées, et malgré les protestations de Perpignan, qui voulait rester française. C’étaient là toutes provinces frontières, essentielles à la défense du royaume, puisqu’elles formaient les Pyrénées, le Jura et la Somme. Qu’importe à Charles VIII? la soumission de l’Italie était certaine, et cette conquête le commencement d’une fortune plus haute. De Naples, il espérait bien passer en Grèce, chasser les Turcs de Constantinople’, et remettre , en preux du moyen âge, le tombeau de Jésus-Christ sous la protection d’un royaume - chrétien de Jérusalem. C’est avec une telle imprudence que la France fut jetée dans ces expéditions hasardeuses qui la détournèrent d’améliorations intérieures et d’agrandissements à sa portée. Pour trouver un successeur à Louis XI, il faudra attendre Henri IV et Richelieu.

Une belle et bonne armée se rassembla promptement à la fin de l’été de 1494 au pied des Alpes; tant les Français « frétillaient » d’entrer dans ce pays de merveilles, qui allait devenir leur tombeau. C’étaient 3000 lances, 6000 archers bretons, 6000 arquebusiers gascons, 8000 Suisses, et 50 000 hommes avec 150 gros canons, « gaillarde compagnie, mais de peu d’obéissance. » Bayard y servait au rang d’écuyer. Beaucoup de choses nécessaires à une si grande entreprise manquaient; il n’y avait ni vivres préparés ni équipages de

campagne et nul argent comptant. Le ciel y pourvut; « le voyage, dit Comines, fut conduit de Dieu tant à l’aller qu’au retourner; car le chef et les conducteurs ne servirent de guère. »

Le roi de Naples avait envoyé son frère avec une flotte à Livourne et à Pise, et son fils avec une armée de l’autre côté des Apennins, vers Ferrare, l’un qui devait garder les approches par mer, l’autre la route de terre ; le duc d’Orléans ramassa quelques vaisseaux à Marseille et défit le premier à Rapallo; le second n’osa pas seulement attendre l’avant-garde française de d’Aubigny. Il savait que le duc d’Orléans avait tout tué à Rapallo ; ce n’était plus une guerre de condottieri, à belles passes d’armes, oii le pis était d’être .jeté terre et mis à rançon ; mais « la mauvaise guerre, » sans merci, sans quartier. L’effroi gagna la Péninsule entière. On se ressouvint des barbares; il était trop tard pour renvoyer l’étranger qu’on avait appelé.

Charles VIII avait franchi le mont Genèvre le 2 septembre. Il se trouva à court d’argent dès le début de la campagne. Après « avoir dansé et ballé » à Turin avec la duchesse de Savoie et la marquise de Montferrat, il se fit prêter leurs diamants pour continuer le voyage. A Gênes, il emprunta 100 000 francs, qui lui revinrent, tout compte fait, à l’intérêt de 42 pour 100. Malade quelque temps à Asti, il y fut rejoint par Ludovic le More, puis alla visiter Galéas, enfermé au château de Pavie, sans se laisser toucher par la douleur de sa jeune femme. Ludovic le More conduisit par la main le conquérant à travers son duché jusqu’aux frontières de la Toscane : son neveu mourut quelques jours après; on crut qu’il avait ainsi acheté le droit de l’empoisonner et de prendre sa place. Les deux forteresses de Sarzane et de Pietra Santa pouvaient arrêter l’armée française ; Pierre de Médicis vint les lui ouvrir, dans l’espoir d’être maintenu dans Florence, que Savonarole soulevait contre lui. Pierre n’en fut pas moins chassé par le peuple à son retour, aux cris de : « Plus de Médicis! » Mais le moine-tribun, (|pi regardait Charles YIII comme un envoyé de Dieu, pour flageller l’Italie, alla trouver le jeune roi et l’introduisit dans la ville. Il y entra en conqué-

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