CHAPITRE VIL
rant, la tête haute, la lance sur la cuisse, et voulut lever une contribution de guerre. Sur un refus, il fit des menaces : « Faites battre vos tambours, dit hardiment le gonfalonier Ga> ponni, pour mettre un terme aux exigences de ce vainqueur sans combat, et nous sonnerons nos cloches » (novembre).
A Rome, les cardinaux et les seigneurs, maltraités par Alexandre YI, ouvrirent les portes aux Français comme à des libérateurs, et pressèrent le roi de France de déposer ce pape incestueux et simoniaque. Il s’était réfugié dans le château Saint-Ange. Charles VIII fit braquer ses canons sur la vieille
forteresse ; il obtint de lui son fils César Borgia comme otage <le sa fidélité, et un prince turc, Djem ou Zizim, la frère du sultan Bajazet, qui devait servir aux projets ultérieurs des Français sur l’Orient (31 déc.). Quelques jours après, le premier s’échappa; le second, livré empoisonné, mourut. Mais on touchait au but de l’expédition, aux frontières de Naples.
Elles tombèrent d’elles-mêmes. Ferdinand B' venait de mourir. Son fils Alphonse II, effrayé, abdiqua. Le nouveau souverain, Ferdinand II, avait plus de cœur et voulait combattre; à San Germano,il se trouva pris entre deux trahisons,
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l’iine dans son armée, l’autre dans sa capitale, et fut réduit à s’enfuir dans l’ile d’Ischia, d’où il gagna la Sicile. Il n’y eut pas une lance à rompre. Les valets de l’armée allèrent marquer dans Naples, à la craie, les maisons que devaient habiter leurs maîtres. Charles VIII et les siens entrèrent dans cette capitale (22 février 1495), au milieu des fleurs que leur jetaient les habitants. C’était, comme tous les caprices populaires, un enthousiasme qui tenait du délire, «t Jamais peuple, disaient les Français, ne montra tant d’afl’ection à roi ni à nation. B Le bruit de cette rapide conquête passa les mers, et déjà les Grecs préparaient des armes en attendant leur libérateur, a le grand roi des Francs. »
Une fois là, cependant, les conquérants ne songèrent qu’à jouir de leur facile victoire. Charles VIII se fit couronner roi de Naples, empereur d’Orient et roi de Jérusalem. H se montra aux Napolitains, la pourpre sur l’épaule, avec le globe d’or dans la main, et « célébra force beaux tournois et passetemps. » Ses compagnons se partagèrent les fiefs et épousèrent les belles héritières, aux dépens des nobles du pays. Mais deu.x mois après, un soir, le futur conquérant de Constantinople et de Jérusalem reçut une lettre de son ambassadeur auprès de la république de Venise, Philippe de Comines l’historien. Une ligue formidable dés souverains de l’Europe avait été conclue contre lui, à l’effet de lui fermer la sortie de l’Italie et de faire rentrer la France dans ses limites. Ferdinand le Catholique, Maximilien, Henri VIII, en étaient les instigateurs ; les Italiens eux-mêmes, qui avaient appelé les Français, ou qui leur avaient promis fidélité, Ludovic le More, Alexandre VI, Venise, etc., en faisaient partie. 40 000 hommes devaient être réunis par les puissances italiennes dans la vallée du Pô, tandis que les frontières françaises seraient attaquées par les autres confédérés. Déjà le duc d’Orléans était pressé dans Novare. La jalousie de l’Europe contre la France se révélait pour la première fois.
Il fallait se hâter. Charles laissa 1 1 000 hommes à Gilbert de Montpensier, qu’il nomma vice-roi de Naples, et prit avec le reste la route des Apennins. On eut grand peine à franchir cette chaîne par l’étroit défilé de Pontremoli, au nord de Sar-