CHAPITRE VII
zane; les Suisses s’altelèrent aux canons, les nobles euxmêmes portèrent les munitions. Au revers des montagnes, les Français découvrirent , dans la vallée du Taro, l’armée des confédérés, forte de 25000 hommes, qui barrait la route : ils n’étaient eux-mêmes que 10 000. Charles résolut néanmoins de passer. Pendant qu’il poussait son avant-garde le long du Taro, il fut attaqué sur les derrières; il fit face aux assaillants; en une heure 3500 de ceux-ci furent jetés à terre; les autres se débandèrent. Les Italiens attribuèrent ce prompt succès à la furia francese plutôt qu’à leur lâcheté. Au reste, la victoire de Fornoue ne servit aux Français qu’à leur ouvrir un chemin de retraite (6 juillet 1495).
Une fois en France, Charles parut oublierrilalie et ne prit aucune précaution pour conserver sa facile conquête. Gilbert de Montpensier, brave chevalier, mais qui « ne se levait jamais avant midi, » n’était pas homme à suppléer par lui-même aux secours qu’il ne recevait pas. Ferdinand II, parti de Sicile, avec quelques troupes espagnoles, surprit Naples le lendemain de la bataille de Fornoue, et resserra Montpensier dans Atella, où il mourut de la peste. D’Aubigny ramena en France les débris de nos garnisons. La domination française était tombée dans le royaume de Naples aussi vite qpi’elle s’était élevée, et au milieu des mêmes témoignages de joie de la part des habitants.
L’Italie, à peine délivrée, retourna à ses divisions, et la guerre civile ne tarda pas à ramener la guerre étrangère. Appelé par Ludovic, l’empereur Maximilien passa les Alpes à l’exemple de Charles YIII. Ses ressources ne répondaient guère à ses prétentions. Il voulait jouer le rôle d’Othon ou de Charlemagne, et pouvait à peine jouer celui d’un condottière. Avec une petite armée, il attaqua les Florentins, fut repoussé devant Livourne, et retourna en Allemagne. II n’avait gagné qu’un surnom à cette ridicule équipée : on l’appela Maximilien sans argent.
La guerre civile continua donc : dans la Romagne, entre le pape et les barons romains; dans la Toscane, entre Pise et Florence ; à Florence même, entre les partisans et les enne-
mis de Savonarole. Ce dernier périt sur le bûcher (1498); mais sa mort ne rétablit pas la concorde.
En France, Charles VIII, averti par les plaintes de ses peuples, mettait « son imagination, dit Comines, à vouloir vivre selon les commandements de Dieu, à mettre la justice en bon ordre et à ranger les finances, » lorsqu’il mourut des suites d’un accident, le 7 avril 1498, à l’âge de vingt-huit ans, au château d’Amboise, qu’il faisait réparer. Comines a dit de lui : « Il était si bon qu’il n’était pas possible de voir meilleure créature. » La branche des Valois directs s’éteignit avec lui, et fut remplacée par celle des Valois-d’Orléans.
Louis XII (1498-lSfS).
Charles VIII n’ayant pas laissé d’enfant, la couronne revenait de droit au duc Louis d’Orléans, alors âgé de trente-six ans, et petit-fils d’un frère de Charles VI. Louis XII était d’une famille aimable, remuante et spirituelle, qui plaisait pour ses qualités et même pour ses défauts. Son aïeul avait été un brillant chevalier; sou père un poète qui a laissé quelques pièces charmantes; son oncle, Duuois, le plus brave des capitaines de Charles VII et un des noms de la vieille France qui sont restés populaires. Louis, sans qualités supérieures, se distinguait par un grand fonds de débonnaireté. Il commença son règne en diminuant la taille, et il refusa le don de joyeux avènement ‘ qui s’élevait à 300 000 livres.
Pour empêcher la veuve de Charles VIII de porter son duché de Bretagne dans une autre maison, il l’épousa (1499). Malheureusement, après quelques soins donnés à l’administration du pays, il recommença la fatale expédition de son prédécesseur.
Héritier des droits de Charles VIII sur Naples, il tenait encore de sa grand’mère, Valentine Visconti, des prétentions sur le Milanais, usurpé par Ludovic Sforza. Il se résolut à les
•I. Ce don de joyeux avènement était nn tribut que tout anjct tenant de la couronne un privilège ou une charge, à quelque titre que ce fût, devait payer |K>ur obtenir d'élre conOrmé dans su place ou ses privilèges.