CHAPITRE I
Castille, cette année même (1453), les grands avaient fait décapiter le favori du roi Jean II, et cette tragédie montre qu’il j n’y avait là ni une royauté bien forte ni un pays bien tran- ^ quille. Aussi la croisade contre les Maures était-elle abandonnée, et c’était le roi musulman de Grenade qui osait intervenir ^ dans les troubles du royaume. Mais la Castille enveloppait de toutes parts ce dernier reste de la domination arabe, et le renversera dès qu’elle aura retrouvé l’union et la paix intérieure.
En Navarre, le père combattait contre le fils.
La Castille occupant le royaume de Murcie, V Aragon n’était plus en contact avec les Maures, aussi ses rois avaient-ils tourné leur ambition vers la Méditerranée et l’Italie. Mais ’ Alphonse V le Magnanime allait ruiner lui-même la grandeur de sa maison, en partageant ses couronnes d’Aragon, de Sardaigne, de Sicile et de Naples entre son frère et son fils (1458).
Le Portugal, séparé aussi des Maures d’Espagne depuis que Cordoue et Sé\'ille avaient été prises par les Castillans, et ne pouvant plus s’agrandir dans la Péninsule, était tout entier aux découvertes le long des côtes d’Afrique. Il allait trouver dans cette voie un siècle de prospérité et de puissance.
L’Italie s’était affranchie à peu près complètement de la suprématie allemande ; mais elle n’avait point su constituer son unité nationale, et se trouvait divisée en une foulé d’États. Alphonse V d’Aragon régnait à iVap/es depuis 1442, et essayait d’étendre son influence dans la haute Italie, où il eût voulu briser la fortune de Sforza. Gênes oubliait, dans des révolutions perpétuelles, et Galata, ce faubourg de Constantinople que les Turcs venaient de lui enlever, et les dangers qui menaçaient son commerce du Levant. Embarrassée de sa liberté, elle se donnait tour à tour à Milan et à la France. En 1453, par exception, elle n’appartenait à personne. Venise s’était laissé prendre à l’ambition des conquêtes continentales, et s’était créé des ennemis dans l’Italie même, quand elle eût dû employer toutes ses ressources à défendre contre les Turcs ses colonies et ses comptoirs. Un condottière, François Sforza, avait tout récemmment enlevé auxVisconti J/i/an, qu’il gardait, malgré l’empereur et malgré le roi de Naples (1447).
L’EUROPE AU MIIJEU DU QUINZTf-:ME SIÈCLE.
La paix venait d’être rétablie dans Y Église par l’abdication de Félix V et la déclaration d’obédience faite par les Pères du concile de Bâle au nouveau pape Nicolas V (1449). Ce pontife lettré accueillait les savants fugitifs de Constantinople ; mais la papauté, à peine échappée au schisme, n’avait pas la voix assez puissante pour soulever, comme autrefois, la chrétienté contre les infidèles; et, de retour à Rome après un si long exil, elle trouvait les États pontificaux en proie au plus affreux désordre. En Toscane, Gosme, fils du banquier Jean de Médicis, endormait les Florentins sous le charme des arts et de la poésie. Florence ne jouait plus, en Italie, qu’un rôle secondaire, et partageait même la Toscane avec plusieurs républiques et seigneuries. Vingt autres princes dominaient dans la Romagne, dans la Lombardie; et une civilisation brillante, mais corrompue, recouvrait ITtalie entière.
Les huit cantons helvétiques venaient dé conclure une alliance avec la France (1452). Les victoires sur l’Autriche à Moi^arten et à Sempach, la récente mais glorieuse défaite de Saint-Jacques, avaient porté au loin la réputation militaire de ces monta^ards.
KtatM du Word, de et du Centre.
Dans le Nord, l’union formée à Calmar, depuis 1397, entre le Danemark et la Suède, venait d’être rompue. Les Suédois avaient élu un prince de leur sang, Charles VIII Canutson (1448); cette élection allait devenir pour les deux peuples l’origine d’une guerre séculaire. La prépondérance appartient, de ce côté, au Danemark.
La Russie, intéressée plus directement que toute autre nation aux malheurs des Grecs byzantins, ne pouvait agir : les Tartares de la Horde d’or la tenaient sous le joug ; la république de Novogorod l’isolait de la Baltique; la Pologne lui fermait l’Europe. Legrand-duc de Moscou, Vassili III, avait été, en 1445, fait prisonnier par le khan de Kazan et contraint de se racheter. Un usurpateur, Dmitri, avait profité de ce revers pour renverser le grand-duc et lui faire crever les yeux Vassili fut rétabli ; mais, en 1451, les Tartares pénétrèrent