‹ Histoire des temps modernesChapitre 51 sur 311 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

faire valoir, promit aux Vénitiens Crémone et la Ghiara d’Adda; à Florence, la soumission de Pise révoltée. César Borgia avait déjà reçu le duché français de Valentinois. Trivulce, Italien passé au service de Louis XII, n'eut qu’à se présenter dans le Milanais, à la tête de 8000 chevaux et de 12 000 fantassins. Ludovic, repoussé de tout le monde, s’enfuit dans le Tyrol (1499).

La mauvaise administration de Trivulce, ancien guelfe qui persécuta ses adversaires, rendit à Ludovic l’espoir de recouvrer ce qu’il avait perdu. Il revint avec un ramas d’aventuriers suisses et allemands, surprit Milan et en chassa les Français. Mais Louis XII descendit les Alpes avec une nouvelle armée, et rencontra son compétiteur près de Novare (1500). Les Suisses de Ludovic refusèrent de se battre contre leurs compatriotes qui étaient dans l’armée française. Ludovic espérait au moins sauver sa personne ; il fut vendu par un Suisse, au moment où il voulait s’échapper sous un déguisement de cordelier ou de soldat; il fut envoyé en France, enfermé dans un , cachot du château de Loches, et mourut de joie en apprenant, douze ans après, la fin de sa captivité.

Le Milanais conquis, Louis songea à Naples. Il s’assura d’abord de la neutralité ou de l’appui des États de l’Italie centrale. Les Florentins reçurent de lui des secours contre Pise, toujours révoltée. Alexandre VI voulait faire une principauté dans la Romagne à son fils. César Borgia, aux dépens des mille petits tyrans qui changeaient ce pays en un repaire de brigands. Quelques troupes françaises permirent à cet homme, passé maître en crimes et en trahisons, qui est devenu le héros de Machiavel, dans son livre du Prince, de balayer cette petite et sanguinaire féodalité romagnole.

Enfin, pour prendre le royaume de Naples sans coup férir, Louis le partagea d’avance avec Ferdinand le Catholique (1500). Il se réservait le titre de roi, avec la capitale, les Abruzzes et la Terre de Labour. Ferdinand ne demandait que la Pouille et la Calabre, avec le titre de duc. Le malheureux roi de Naples, alors Frédérie, prince tout populaire, avait eula confiance d’ouvrir ses forteresses au général même du roi d’Espagne, Gonzalve de Cordoue, « qui pensait que la toile d’honneur

«levait être d’un tissu lâche. » Quand il demanda des secours à celui-ci contre les Français, déjà sur la frontière (juin 1501), il s’aperçut qu’il était trahi. Plus irrité contre un traître que contre un ennemi, il livra aux Français Naples et le château Neuf, et se remit entre les mains de Louis XII, qui lui offrit une paisible retraite sur les bords de la Loire (1501).

La conquête faite, le partage ne s’opéra point aussi à l’amiable. Les Espagnols et les Français se disputèrent plusieurs cantons et l’impôt payé par les troupeaux qui, en automne, passent des hauteurs des Abruzzes dans les plaines de la Capitanate. Cet impôt était le revenu le plus clair du royaume. Le vice-roi, duc de Nemours, qui était en force, resserra Gonzalve dans la ville de Barletta (1502). Mais Ferdinand le Catholique laissa négocier par son gendre, Philippe le Beau, avec Louis XII, un traité qui suspyendit les hostilités et lui permit de faire passer des renforts à Gonzalve; puis, désavouant le négociateur, il continua la guerre. Nemours ne put tenir. Son lieutenant d’Aubigny, battu à Séminara, perdit la Calabre (21 avril 1503); lui-même attaqua fort imprudemment près de Cérignola (28 avril), fut défait et tué. Venouse et Gaéte restèrent seules aux Français.

Louis XII, pour tirer vengeance de cette trahison, envoya sur les Pyrénfes deux armées, qui échouèrent, et au delà des Alpes une troisième, sous la Trémoille, qui n’eut pas meilleur sort. Arrêté quelque temps aux environs de Rome par les intrigues auxquelles donna lieu l’élection d’un nouveau pape, la Trémoille laissa à Gonzalve le temps de se mettre en défense, fut vaincu sur le Garigliano, malgré le courage de Bayard, qui défendit seul un pont contre 200 Espagnols (27 déc.), et forcé dans Gaëte à se rendre (1" janvier 1504). Louis d’Ars, qui commandait à Venouse, s’ouvrit, avec les débris qui lui restaient, la route de France.

Il y avait à craindre que la perte du Milanais ne suivît celle du royaume de Naples. Louis XII désarma ses ennemis par le premier traité de Blois (1504). En retour de l’investiture du Milanais, il renonça au royaume de Naples, qui appartiendrait au souverain des Pays-Bas, à l’héritier de l’Autriche et dè l’Espagne, au prince Charles, lequel époiiserait la fille

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